‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 13 sur 159 · DU LANGUEDOC · texte numérisé non relu

DU LANGUEDOC

En effet, dès la création dn port, les vins du Languedoe, au lieu de prendre des chemins longs’et difficiles, se dirigèrent vers Cette, qui concentra ainsi un mouvement commercial dispersé sur de nombreux points. Et la translation à Cette de ce mouvement commercial n’attendit même pas l’achèvement du port pour s’opérer, puisque « à peine les premières pierres du môle étaient-elles jetées à la mer que le mouvement commercial commençait ». Cela seul prouvait, à sa naissance, l'utilité de notre grand port languedocien, et donnait l’heureuse assurance de son développenent futur. Il n’était pas seulement un port de refuge, artificiellement créé sur une côte inhospitalière, il se révélait, dès sa création, comme un point de transit, et contenait en germe la place commerciale dont l’avenir devait consacrer le rôle et assurer la prospérité.

À peine le Môle était-il en état d’assurer un abri aux modestes navires de l’époque, qu’ils opéraient, en 1670, des chargements de vin'. Ainsi M. de Froidour, lieutenant général civil et criminel, grand maître des eaux et forêts en Languedoc, dans une lettre du 6 mai 1671, signale, qu’au dernier voyage qu'il fit à Cette, il y trouva: « neuf bâtiments, dont trois étaient des barques de Gênes qui charveaient des vins » ?. C'était déjà un progrès sur la pratique ancienne avec laquelle on était parfois obligé de charger sur allèges et tartanes pour transborder en pleine mer, à découvert. Dans une autre lettre, du 15 décembre 1671, le même M. de Froidour rapporte que le 22 octobre il y a « compté 52 barques presque toutes chargées de vin...;

1 Vers la fin de 1670 le Môle avait 140 toises et ie Canal était creusé sur 776.

2 Arch. P. et C.; documents anciens.

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il n'y en avait que 13 de France, tout le reste était d'Italie où d’Espagne. Le canal qui doit servir de communication des étangs à la mer était encore rempli de petits vaisseaux chargés de vin pour en faire un nouvel embarquement sur les vaisseaux qui arrivent journellement au port ». A cette époque le Canal, creusé entre Toulouse et le seuil de Naurouze, permet déjà € aux marchands de Gaillac qui n’ont pas trouvé du côté dé Bordeaux à vendre leur vin, de le transporter dans le Lauraguais. S'il avait été aussi ouvert du côté de la Méditerranée, la Province aurait tiré cette année plus d’un million par le débit de ses grains, dont il y avait disette à Malte, en Sicile et plusieurs contrées de l'Italie » !.

L’achèvement du port, le creusement du canal de Cette à l’Etang ? et du canal du Languedoc, en accroissant les facultés du port, furent d’importants facteurs du développement du commerce des vins et eaux-de-vie. C’est intentionnellement que nous réunissons ces deux produits, longtemps inséparables l’un de l’autre. A cette époque, les eaux-de-vie du Languedoc avaient déjà acquis une grande réputation, tant dans l’intérieur du royaume qu’à l’Etranser. Sous leur forme, elles permettaient d'utiliser certains vins peu marchands, ceux du Haut-Languedoc par exemple dont la qualité était réputée médiocre et inapte aux transports. Plus tard, lorsque la culture de la vigne devint progressivement plus importante, la distillation devint aussi un moyen d'utiliser les productions parfois surabondantes et de dégager, dans une certaine mesure, le marché vinicole.

Par les canaux, les vins et les eaux-de-vie venaient à Cette sur des embarcations à faible tirant d’eau. Après avoir descendu le Rhône, les vins de Côte-Rôtie et de Roquemaure venaient s’embarquer à Cette. Par la voie des étangs, arrivaient ceux d’Aramon, d’Aiguesmortes, de

1 Archives des P. et C.; documents anciens.

2? Le Canal fut exécuté en grande partie dès 1668, mais il ne fut livré à la navigation que vers 1681.

Lunel, de Frontignan; les crus renommés de Saint-Christol, Saint-Georges, Saint-Drézéry qui s’embarquaient à Montpellier. Certains chargements venaient parfois de Montpellier par charrettes, mais ceci était exceptionnel :. Agde en envoyait par le canal du Midi; il en venait enfin par les divers ports de l’étang de Thau: Mèze, Marseillan principalement.

Nous n’avons pas, pour la fin du xvrr° siècle, de tableau général donnant par année les quantités déchargées dans le port. Nous possédons cependant, pour les années 1698, 1699 et 1700, des documents précieux: ce sont divers registres de la ferme des Traites en Languedoe.

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