UNE OPINION A RETENIR
Que faire, aujourd’hui, pour encourager les exportateurs et accroître leurs affaires? Faut-il voir la panacée désirée dans l’organisation des longs crédits à la clientèle extérieure? On sait ce que les Allemands ont fait; pouvons: nous et devons-nous le faire, en France? Des hommes considérables apportent des propositions et des projets ! auxquels nous devons souhaiter de müûrir rapidement. A ce sujet, voiei l’opinion du président actuel de notre Chambre de Commerce, qui ne croit pas à la nécessité d’une organisation spéciale du crédit en vue d’accroître nos exportations. La chose lui paraît insuffisante. (€ Nos banques, ditil, ne répugnent pas à l’escompte du papier sur l’étranger. Le réescompte du papier est facilité par les nombreuses agences des banques étrangères établies à Paris. 11 n’est pas téméraire d’affirmer qu'il y à à Paris des banques de toutes les nations européennes et des pays d’outre-mer. Mais on se fait une fausse idée, si on considère qu’il suffira à l’exportateur d’escompter une traite sans se soucier de la facon dont elle sera présentée au tiré à son échéance, et avant son échéance si elle doit être acceptée. Il ne suffit pas de mettre une traite en circulation, il convient surtout de s’assurer qu’elle sera payée à son échéance, et pour cela il faut un endosseur, qui ne soit pas un simple tiers porteur anonyme mais une sorte de mandataire chargé de l’acquittement...
» Avoir raison d’un mauvais payeur à l’étranger ‘ou simplement d’un débiteur de mauvaise foi c’est presque impossible et on peut dire que e’est ce qui a découragé nos exportateurs. Qu’on ne dise pas que si nous n’exportons
1 Voir sur le «crédit à l’exportation »: R.-G. Lévy, in Bul. de l'Ass. italo-française d’exp. écon., mars 1918; A. Hervet, in Bul. chamb. de com. de Bourges, 3 oct. 1912 et 24 juin 1915, ete.
pas, c’est que nous sommes trop chers ou que le commerçant français est timoré ou qu’il manque d’esprit d’initiative.
» Les produits français, quoique chers, plaisent à la clientèle. Beaucoup de fabricants ont échoué dans leurs tentatives, parce que leur erreur à été de croire que, pour certains débouchés exotiques, il convenait de eréer des produits à bon marché capables de soutenir la concurrence des Allemands, alors qu'ils auraient dû exporter ce qu’ils fabriquaient de meilleur et de mieux... Il est nécessaire de fournir à nos commerçants et industriels les moyens de crédit nécessaires qui consistent uniquement dans des moyens d’escompte et dans la sécurité des recouvrements.
» On reproche aux commerçants français de ne pas oser, de ne pas aventurer leurs capitaux dans les crédits à longs termes à l’étranger. Ce reproche est-il fondé? N’est:il pas absurde? N’ont-ils pas parfaitement raison, nos commercants, de se détourner d’une clientèle insolvable ou de mauvaise foi? Est-ce qu’on s’imaginerait par hasard que les étrangers, quand ils vendent leurs marchandises en France, nous consentent des termes de paiemeut? Les gens bien informés savent que c’est le contraire. C’est au comptant rigoureux que se font les importations, très heureux quand il ñe faut pas payer d’avance ou se faire cautionner au moven de crédits confirmés.
» Mais si les commerçants et les industriels allemands se sont lancés dans cette voie, est-ce à dire qu’ils aient eu plus que nous le goût du risque? C’est qu'ils se sentent garantis, protégés. C’est ici qu'apparaît la nécessité du banquier mandataire du tireur.
» Pour cela, il importe que nos établissements bancaires, qui ont multiplié jusqu’à l’abus le nombre de leurs succursales en France, cessent cette méthode stérile qui consiste à ouvrir sans nécessité appréciable leurs guichets dans les centres les plus reculés...
» .….Nos établissements bancaires, mieux inspirés, se devraient à eux-mêmes de discipliner et de réserver leurs ressources d'organisation et de personnel et, par une en-
tente commune, par un accord tacite, créer des agences à l’étranger, partout où les produits de notre sol et de notre industrie peuvent être exportés. C’est par la création et la coordination de ces maisons de banque, arborant à leur facade le pavillon français, qu’on peut réaliser cet organisme seul capable d’inspirer la confiance nécessaire à, nos exportateurs, en leur fournissant les moyens de se renseigner sur la solvabilité des acheteurs et de se préserver contre leur mauvaise foi » !
1 Chambre de com., compte rendu, 1916, p. 151.