‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 21 sur 159 · Q 1. — ILES DÉBOUCHÉS VOISINS · texte numérisé non relu

Q 1. — ILES DÉBOUCHÉS VOISINS

Nous avons vu les vins arriver à Cette par les canaux et les ports des Etangs; nous allons maintenant voir où allaient ces vins: c’est la question des débouchés.

Déjà il en a été dit quelques mots, lorsque nous avons parlé du trafic fait par les Génois qui, dès la fondation du port, venaient charger pour l’Italie et pour l’Espagne. Et leur rôle a été de grande importance puisque, selon Boissonnade, ils ont, à la fin du xvri‘ siècle, détourné ce commerce vers Cette au détriment de Bordeaux. Il y avait longtemps d’ailleurs que l’Italie connaissait nos vins : depuis longtemps, selon Expilly , le diocèse de Montpellier fournissait des vins blanes et des rouges à la côte de Gênes et à Livourne. Cette continua ce commerce en le développant; nous avons noté, on l’a vu, tant dans les registres de la Ferme vers 1700 que dans ceux de l’Amirauté vers 1750, de nombreuses expéditions à destination de l'Italie, de la

1 Diction., art. Languedoc, cité par Dutil.

es

Rivière de Gênes et de Livourne. En plus des achats faits directement par des patrons génois déjà mentionnés cidessus (p. 41), nous ajouterons les expéditions suivantes faites par des négociants français à destination de l’Italie.

Ainsi Damiel Troussel fit, en 1699, d’assez nombreuses expéditions pour Livourne soit: 10 fûts venus par acquit de Frontignan sur barque frontignanaise; 10 fûts venus par acquit de Frontignan par barque agathoise ; 24 bouttes venues par acquit de Frontignan sur barque frontignanaise; 9 fûts reçus par acquit de Montpellier sur barque agathoise ; 54 fûts venus par acquit de Frontignan par barque agathoise ; 5 fûts vin blanc venus de Mèze sur barque agathoise, ete.

Basset et Nicolin, de Béziers, firent, la même année, d'importantes expéditions à lävourne, se montant à 112 tonneaux faisant 35 muids 1/2. En avril 1699, un négociant de Bouzigues charge 88 tonneaux faisant 35 muids, pour Livourne. En juillet, J. Rigal, de Frontignan, expédie à Livourne 86 tonneaux faisant 42 muids vin rouge de Frontignan, sur une tartane commändée par J. Ballard, de Frontignan. En juillet également, Ribes, de Mèze, expédie à Livourne 83 tonneaux faisant 53 muids, sur la tartane agathoise € Notre-Dame-de-la-Genouillade ». En septembre, Viguié charge, sur sa barque, pour Livourne 97 tonneaux faisant 58 muids vin rouge de Frontignan. Le 8 mai 1700, Griffon, d'Antibes, expédie en Italie, sur sa barque « Notre-Dame-de-la-Garde », 22 muids 5 Jeyrans de vin rouge,

Nous avons relevé assez souvent des chargements pour l’Italie faits à Cette par des négociants-armateurs d’Antibes. Par contre, nous avons relevé rarement des expéditions pour l'Espagne: ainsi le 8 et le 10 mai 1700, Vallat, de Montpellier, charge sur le navire anglais € Saint-Jacaues » 38 muids de vin blane ou rouge pour Barcelone. Mais il faut remarquer que souvent les chargements étaient faits par des bateaux génois qui déclaraient simplement charger pour « l’Etranger ».

Voilà pour le débouché italien et espagnol; mais les vins

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aui sortaient par Cette allaient dans d’autres contrées: dans les diverses provinces francaises et à Paris, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et dans les pays du Nord.

$ 2. — DÉBOUCHÉS FRANCAIS: LES PRovINCES ET Paris

Dès les premières années de fonctionnement du Port, les négociants chargent pour les différents ports du royaume. Au cours des années 1698, 1699, 1700, nous avons relevé des chargements de vin pour Dunkerque, Saint-Malo, Nantes, Bordeaux, le Havre, Honfleur, Toulon, la Ciotat, par Troussel, Portalès, Galdy, Azéma, Dossaux, Tendonet et Angelin, de Montpellier; Bernard, commissaire de la marine à Agde; Lapart, de Perpignan; Mazel, de Calvisson.

Certains négociants de Paris, comme Mercier, venaient faire leurs achats en Languedoc, et expédiaient les vins par la voie Cette-le Havre (on disait alors le Havre-de-Grâce) d’où ils remontaient la Seine jusqu’à Paris. Plus souvent, les négociants de la Capitale opéraient par l’intermédiaire d’un commissionnaire méridional: c’est ainsi que Verdery, € faisant » pour la Naspe et Cie de Paris, expédie 135 tonneaux faisant 83 muids, pour le Havre et Honfleur.

Ce commerce se développa graduellement, et Paris apprécia de plus en plus les vins du Languedoc, comme le signalait, en 1744, l’intendant Le Nain !; d’autant plus que la capitale fut souvent obligée de recourir au vignoble méridional, à cause des mauvaises récoltes des pays franqais qui étaient ses fournisseurs habituels. Mais l’éloignement devait rendre l’opératicon très coûteuse, et l’on pensa que, pour encourager ce commerce, il était nécessaire d’alléger le lourd fardeau des droits qui grevaient le transport des vins vers Paris soit par la voie Cette-le Havre, soit par la voie du Rhône. C’est ainsi que, dès le 19 novembre 1726, un arrêt portait modération des droits d’entrée des

1 Cité par Dutil.

DSP A 5 grosses fermes, péages et autres sur les vins du Languedoc et de la sénéchaussée de Bordeaux qui seront amenés à Paris jusqu’au dernier juin*1727. Cet arrêt fut suivi de beaucoup d’autres: nous reproduisons les termes de celui du 17 mars 1737: & La récolte des vins ayant été très médiocre dans les provinces d’où les marchands de vin de la ville de Paris le tirent ordinairement, les dits marchands qui se détermineront à en faire venir par mer du Roussillon et du Languedoc seront exemptés tant du droit de Massicault en entier que de moitié des droits du tarif de 1664, des droits de double subvention et de ceux des grandes entrées, à la charge par les marchands et conducteurs de prendre dans les bureaux du Havre et de Rouen, avec l’acquit de paiement des droits, un acquit-à-caution pour assurer la destination des dits vins dans la ville de Paris ».

La voie de Cette-le Havre n’était d’ailleurs pas la seule employée pour rendre à Paris les vins du Languedoc. Par le Rhône également montaient les vins du Rhône, de Roquemaure, les Saint-Georges, les Frontignan, comme le rappelle un Mémoire de Chatal présenté aux Etats pour faire connaître les avantages que présentent les verreries alimentées au charbon de terre en 1755, et un Mémoire de Grangent sur le commerce des vins et eaux-de-vie du Languedoc en août 1792.

Arrivés dans la capitale, les coupages et l’habile fantaisie des marchands transformaient souvent nos vins en bourgognes ou bordeaux. Et ceci se produisait d’ailleurs aussi à l'Etranger. [] arrivait ainsi que nos bons vins ordinaires du Midi vendus sous d’autres noms plus connus (eomme aujourd’hui en Allemagne et en Belgique) leur faisaient une réclame... dont nous ne profitions pas.

En ce qui concerne les vins portés à la Ciotat et à Toulon, il faut remarquer qu’ils y étaient presque toujours transbordés, « renversés » selon l’expression du temps, à destination de l’Etranger.

$ 3. — LE DÉBOUCHÉ ANGIAIS

Depuis bien longtemps, les Anglais connaissaient les vins de France. Quant les rois d'Angleterre devinrent ducs d'Aquitaine, le marché anglais s’ouvrit complètement aux vins du Bordelais et du Languedoc qui sortaient par la Girende. Uoibert estimait même que ce marché nous étui, définitivement acquis; à tel point que lorsque les Anglus, frappés par les augmentations de tarifs de 1664, menacaient nos vins et eaux-de-vie de représailles, il pouvait écrire avec une certaine sérénité qu'il (était bien difficile, voire même impossible que les Anglais se passent de nos vins » !. Les Anglais mirent leur menace à exécution: ils augmentèrent à différentes reprises les tarifs, établirent des tarifs différentiels qui favorisèrent les vins portugais et espagnols. On trouvera un exposé fort documenté de cette législation douanière dans le livre d’Arnauné « Le Commerce extérieur et les tarifs en douane »; on y voit les nombreuses mesures successives prises au sujet de l’importation des vins et eaux-de-vie, qui aboutirent en 1698 aux impositions suivantes:

Vins portugais et espagnols. 211.12 sh., 4 d. par tonneau Vans rames ee Re AR RS LES EE MA.

« Ces mesures, remarque fort judicieusement Arnauné, portèrent un coup funeste à l'importation de nos vins. Lorsque, plus tard, l’abaissement des droits rendit de nouveau possible leur introduction en Angleterre, le goût des vins fortement alcoolisés y était acclimaté et on avait cessé d’y apprécier la délicatesse de nos crus ».

A cette époque, le marché anglais était done assez peu accueillant aux vins de France. Ceux-ei avaient à supporter les droits anglais, énormes, auxquels s’ajoutaient les

1 D'après Arnuané. Le commerce extérieur,

droits français, à l’exportation. En l’occurence, le fardeau tait bien plus lourd pour les vins du Languedoc que pour les vins du Bordelais qui avaient une plus grande valeur. Aussi les exportations de Cette à destination de l’Angleterre ne devaient pas être très nombreuses, et ceci d’autant plus que nous fûmes, au cours de cette époque, très souvent en guerre avec elle. Boissonnade mentionne cependant que, dès 1693, les bateaux anglais venaient charger à Cette des vins et des eaux-de-vie. Dans le Registre des deschargements et renversements de 1699 nous avons relevé seulement: une expédition à destination de Cork (rlande) de 82 tonneaux faisant 40 muids, faite par A. Carré de Cork sur la barque anglaise (1’Accomodment ». € L’Exportation » de Londres, qui chargeait principalement pour Amsterdam, embarqua également quelques fûts pour Londres.

$ 4 — Les péÉBoucHÉs pu NorD: HOLLANDE,

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