CHAPITRE V
L’ARMEMENT CETTOIS
$ 1. Mouvement du Port. — $ 2. L'’armement cettois. — $ 3. Frojets de 1792. — & 4. Tentatives malheureuses. — $ 5. Essais de relations avéc les Etats-Unis. — $ 6. Coup d'œil rétrospectif, $ 1. — Mouvement pu PorrT
Le commerce des vins avait suivi la même rapide prosression que celui des eaux-de-vie, aussi le port de Cette était-il fréquenté par un grand nombre nombre de navires français et étrangers. La navigation acquit même une telle intensité que, dès 1786, les Etats envisageaient la création d’un second bassin.
Les bâtiments anglais, danois, suédois, hambourgeoïs, russes venaient chargés de bois, de fer, souvent sur lest et repartaient avec des vins de toutes sortes, des eaux-de-vie, des liqueurs diverses, des verdets etc, qu’ils chargeaient chez nos négociants en (produits du pays ». Les bâtiments italiens et espagnols apportaient des huiles, des bois merrains, du liège, des fruits et emportaient en échange du vin, des grains, des légumes, des produits manufacturés languedociens et lyonnais, Le Pert était également fréquenté par un assez grand nombre de bâtiments français ! Ge Toulon. la Ciotat, Dunkerque, Nantes, le Havre etc.
Quelle était, dans ce mouvement, la place tenue par l’ar-
1 Arch. dép. Hér.; C, 2922. D'après un Mémoire de 1787 au subdélégué de Cette.
mement cettois? Nous avons souvent effleuré la question au cours des chapitres précédents; le moment est venu d’y répondre un peu longuement.
$ 2. — L’ARMEMENT CETTOIS
Héritier du commerce de Montpellier, d’Aïguesmortes et du trafic des graus et petits ports des Etangs, Cette pouvait entrer dans la vie commerciale sans se préoccuper de la question de l’armement. Travaillant à la commission, avec un produit d’une supériorité incontestable, es négociants cettois n’avaient pas à s’embarrasser de la création d’une flotte locale, alors que les bâtiments génois et hollandais, heureux de disposer d’un abri sûr, venaient y chercher les vins et les eaux-de-vie pour Les distribuer sur les marchés étrangers.
Peut-être les négociants montpelliérains, qui faisaient ja majeure partie du commerce de Cette, se croyaient-1ils moins intéressés à la création d’un armemert cettois. Peut-être aussi le dessin inhospitalier de la côte languedocienne avait-il empêché la naissance de cet esprit maritime qu’on souhaiterait voir se développer dans notre belle région du Languedoc Méditerranéen, puisqu'il faut l'appeler d’un nom qui semble Jui ouvrir de nouveaux horizons et lui dicter de nouveaux devoirs.
Quoi qu'il en soit, l’armement cettois était à peu près inexistant pendant l’enfance du port. Son commerce était déjà développé qu’il y avait à peine quelques petites barques cettoises, et encore n’allaient-elles pas sur mer; perdues dans la foule des barques mézoises, agathoises et frontignanaises etc, elles trafiquaient sur lPétang et les canaux. Nous avons déjà signalé le fait, en étudiant Îles registres des Traites de 1698 à 1700. Peut-être était-elle déjà vraie l’observation que Pallainvillers devait faire bien plus tard: & Il n’y a pas, à Cette, de maison assez cpulente pour fournir aux avances d’un armement consi-
dérable et les jalousies empêchent les négociants de se concerter entre eux }).
Toutefois l’esprit généreux des Cettois ne pouvait rester complètement étranger à l’impulsion que Colbert s’était efforcé de donner à notre marine, pour nous dégager de la pénible servitude de l’Ktranger. Cette essaya donc de se livrer à quelques armements par des achats, des constructions sur les chantiers cettois, agathois ete. Généralement les navires appartenaient à une société par actions, ou chaque associé avait un certain nombre de quirats !, Les négociants n'étaient d’ailleurs pas les seuls à avoir des-intérêts dans ces entreprises. Dans les registres de l’Amirauté de 1747 à 1750 ? nous avons relevé dans les déclarations d'armement des noms d'avocats, de médecins, de financiers, de rentiers, à côté de ceux plus nombreux de négociants *.
Ainsi, en 1749, Etienne Laurens faisait construire € la Minerve », une tartane de 100 tonneaux, dont le commandement fut attribué au capitaine Pierre Masse. Ce navire appartenait à une société formée des personnes suivantes:
Etienne et Daniel Laurens et Cie......:... 14 quirats
Fr. Pouget, ancien capitaine d'infanterie... 2 — MRAVANEeTMDEVANTOUX EE 2 LR ee 2 — Dasse l’aîné, ingénieur à Cette....... AUTRE 1 —- DAT OA ATOUT ist ue Rom re ete 3 — NAS NE. RS ee Men 2 UNIES OST OUR De
1 On écrivait aussi cairat. M. J. Valéry, dans son étude « Un contrat de commande à la fin du xvH° sièele », in Annales de droit commercial (1904), signale un des plus anciens contrats d’armement relatif au port de Cette.
2 Arch. dép. Hér.; B, 296.
3 Les personnes qui étaient intéressées pour un quart dans la construction d’une barque de commerce du port de 500 quintaux pouvaient être admises dans le conseil général de la communauté de Cette. C’est en 1685 que la première administration municipale fut établie à Cette, en la forme de deux consuls.