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Pour entrer maintenant dans le domaine des réalisations, rous signalerons qu’en 1786, imitant en celà une méthode déjà suivie par les marchands anglais, la chambre de commerce de Montpellier dressait un prix-courant mensuel des produits Ianguedociens qu’elle envoyait à nos consuls en Amérique, pour les faire publier « dans les papiers publies » !.
Les négociants cettois expédièrent aux Etats-Unis des vins, des eaux-de-vie, des étoffes et de la bonneterie; ils en rapportèrent des merrains et des tabacs pour la manufacture de Cette. Ce trafic aurait dû prospérer, semble-t-il. ; ourtant il périclita presque aussitôt car, en 1787, Cette chargea seulement 6 vaisseaux pour les Etats-Unis, et l’année suivante un seulement. Cette faillite était due à deux causes. La première, c'était chez les chargeurs cettors une certaine inexpérience du marché américain. Alors que la vente des vins et des eaux-de-vie avait été fructueuse, par contre les autres articles avaient donné des déboires; on avait porté & des bas de soie noirs, ignorant aue le goût du pays est pour les bas gris et noirs; des draperies de couleurs vives et on y préfère les couleurs sombres et rembrunies; 1ls y ont porté en vénte des étoffes de Nismes camelées et on n’y consomme que celles unies ». La seconde cause fut la baisse subite dans le cours des tabacs. Les bateaux avaient, en effet, comme fret de retour des merrains et surtout des tabacs. Durant la traversée, le cours des tabacs baissa de 38 livres à 30 livres le quintal. Mais ce n’était pas là, paraît-il, un simple hasard: e’était plutôt le résultat d’une habile manœuvre des Marseillais. Ceux-ci, informés de l’affaire, avaient jeté sur le marché, au moment du retour des navires, le stock de tabacs au’ils avaient en magasin. Is étaient venus l’offrir à la manufacture cettoise.
C'était, on doit le reconnaître, plus qu’il n’en fallait pour tuer dans l’œuf ce commerce naissant. Pourtant, dans ses lignes générales, la tentative était bien montée ;
1 Arch. dép. Hér.; C, 2170, également cité par Dutil,
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avec nos vins, nous avions de nombreuy-produits à charger pour l’Amérique, et la question déjà si importante du fret de retour était facilement résolue, grâce aux tabacs. Sans doute, l’Amérique avait d’autres productions, telles que des cuirs, des peaux, des poils, des laines (mais ces objets sont encore trop rares et dispersés pour composer le prompt chargement d’un navire et c’est la célérité dans les chargements qui économise les frais » ‘. A [à rigueur, on pouvait sans doute charger des merrains et des bois de construction qui étaient abondants; cependant c'était là un fret encombrant et de peu de valeur.
Malgré ces avantages, frappés dans leurs espoirs par cette cruelle expérience, les Cettois se tournèrent vers le pouvoir central. C'était d’ailleurs, nous l’avons déjà dit, l’époque où les réformes douanières étaient à l’ordre du jour. Alors que des arrêts successifs avaient maintenu seulement la modération du tiers des droits de sortie sur les vins, l’arrêt de 1784 supprima complètement ceux qui erevaient la sortie des eaux-de-vie. L'Espagne avait excessivement réduit le taux des droits de sortie sur ses vins. De plus, le fret dans les ports espagnols était bien meilleur marché qu’à Cette car de nombreux bateaux portaient en Espagne des cargaisons de blé. Le commerce des vins était également en meilleure posture à Bordeaux qu’à Cette, le taux des frets.et des assurances y étant inférieur. Les futailles étaient, de plus, fort chères en Languedoc. Un arrêt du 10 septembre 1766 avait autorisé l’exportation des bois feuillards (bois pour cercles de tonneaux); il en sortit beaucoup pour l'Espagne et nous risquâmes d’en manquer, aussi, en 1786, interdit-on cette exportation. De tout ceci, il résulte que le commerce des vins du Languetdoc en général et celui de Cette avec l'Amérique en partieuliér avaient besoin d’encouragements et de protection.
Les Etats de Languedoc, soutenus par la chambre de commerce de Montpellier ?, demandaient l’exemption
1 Arch. dép. Hér.; C, 2687. Mémoire de 1789.
2 Arch. dép. Hér.; C, 2687. Mémoire du Roi à l’Intendant. Instructions de Colonia, maître des requêtes,
totale des droits de Traites sur les vins. L’Intendant, solheité de donner son avis, approuvait la demande d’exempfhion en donnant: quelques détails intéressants: @ Il est vrai que les différentes circonstances que les députés des Etats relèvent dans leur Mémoire sont autant d’obstacles qui s’opposent à l’exportation des vins. ces mêmes circonstances ont éloigné les Génois du port... ils apportaient, en échange des vins qu'ils exportaient, des faïences noires etils se Hivraient avec d’autant plus d’empressement à ce genre de commerce que les droits, au lieu d’être perçus à la rigueur sur leurs marchandises comme ils le sont à présent, n'étaient exigés que par approximation et de manière à les encourager, La modération du tiers des droits de sortie et de fret n’a pu les garantir de la diminution de l’exportation et de la retraite des Génois ». (Lettre de l’Intendant à de Colonia, rapporteur à la commission du Commerce extérieur) !. L’Intendant concluait en demandant l’exemption totale, proposant de ne Jaisser subsister, comme pour les eaux-de-vie, qu’un droit uniforme de 5 sols par muid € pour en constater l’exportation »; nous dirions aujourd’hui un droit de statistique.
Cette suppression du Groit de sortie par Cette sur les “ins languedociens aurait eu, suivant la chambre de commerce de Montpellier, de multiples avantages : « Elle dédommagerait l’étranger du haut prix du fret toujours double de celui de Bordeaux et de la perte de coulages qu’occasionne une traversée plus longue. On éviterait aussi les vexations des préposés de la Ferme générale qui ne manquaient pas de faire payer le quadruple des droits sur le moindre retard dans le rapport des acquits-à-cau-
tion ».
On devait également s’efforcer d’obtenir la réduction des droits d’entrée de nos marchandises à l’Etranger. En cette matière, nous avions obtenu quelques résultats avec l'Angleterre, grâce au traité de 1786 qui avait réduit de moitié le tarif applicable aux vins français. Néanmoins,
1 Arch. dép. Hér.; C, 2687.
dt dir
comme le traité de Méthuen jouait toujours, le Portugal bénéficiait d’une réduction d’un tiers sur notre propre tarif !, L'amélioration du logement pouvait également favoriser les exportations. Au demi-muid de 45 veltes, fabriqué en chataignier, souvent vicieux et que la chambre de commerce de Montpellier déclarait abhoré par l'Etranger et les trois quarts du Royaume, elle proposait de substituer la barrique de 30 veltes dite «à la bordelaise ». En fin de compte, la Chambre de commerce n’hésitait pas à demander une prime à l’exportation pour chaque muid de vin languedocien sorti par le port de Cette et autres ports de la Province. Cette dernière solution était assez dangereuse, ainsi que le signale un mémoire anonyme de l’époque. Cette prime porterait préjudice aux vins de Guyenne, de Provence et de Roussillon; il était même à craindre que l'Espagne et le Portugal, suivant notre pratique, n’accordassent de primes à l’exportation de leurs crus. Enfin c'était provoquer l’Angleterre à augmenter d'autant le tarif de ses droits d’entrée, puisque l’article 13 du traité de 1786 stipulait « que si l’une des deux puissances jugeait à propos d'accorder une prime pour encourager l’exportation des articles du cru de son sol... l’autre puissance serait libre d’imposer un droit d’entrée de Ia inême somme ).
La véritable mesure efficace, quoique indirecte, c'était la prime à l’importation-accordée à des objets dont le Languedoc avait besoin, merrains, tabacs, laines. En facilitant ainsi gertaines importations, on assurait un fret de retour aux navires. C’est de cette facon que pouvait être créé un mouvement direct entre Cette, l'Amérique et les îles francaises. En réduisant de cette façon, autant que possible, les entrées et sorties sur lest, on abaissait considérablement le taux du fret. Avoir un tonnage propre à sa disposition; se créer des relations directes, en se délivrant de la coûteuse servitude des grands ports, tel devait être l’idéal
1 Arnauné, op. cit. Chapitre: Le traité de commerce francoanglais de 1786.
d’un port comme Cette, jeune encore mais plein d'avenir. La question n’est pas résolue, encore aujourd’hui. Nous avons fait peu de progrès en cette matière et, sans entrer maintenant dans l’étude des causes, et elles sont nombreuses, de cette pénible situation, n’est-il pas regrettable de voir les trop rares fûts de vin que notre place exporte à l'Etranger prendre, à fin de transbordement, le chemin de Marseille par caboteurs marseillais, quand ils ne vont pas, par fer, embarquer à Bordeaux ou au Havre, sous pavillon étranger encore.
Avant la Révolution, on le voit, se posaient beaucoup des problèmes d’aujourd’hui.
$ 6. — Cour D'ŒIL RÉTROSPECTIF
Si nous voulons maintenant, avant d’arriver au grand bouleversement de 89, jeter un coup d’œil d'ensemble sur Je chemin parcouru, nous pourrons dire que néanmoins l’œuvre de Colbert avait magnifiquement prospéré. A la place où, en 1666, une plage déserte et inhéspitalière voyait la pose de la première pierre, un port était né qui avait même dépassé, dans son développement, la conception de ses fondateurs. L'idée première des fondateurs avait été de créer là seulement un abri et d’aménager les abords d’un grau, pour suppléer à l’insuffisance des autres !. Et c'était une véritable place commerciale qui était née rapidement. Avec des imperfections inséparables de toute en-
1 «La province n'ayant besoin que d’une simple ouverture par laquelle elle put retirer dans les étangs de Thau et autres les barques dont elle a besoin pour l’entretien de son commerce. ainsi qu'elle à fait par le passé, espérait que par les avantages du eap de Cette elle trouverait aussi commodément cette ouverture dans la simple excavation d’un canal artificiel qu'elle avait autrefois rencontré à Palavas par le seul bénéfice de la nature ». Procèsverbal et avis des Commissaires du 6 février 1665; Arch. des Ponts et Chaussées, documents anciens, n° 1.
treprise humaine, malgré l’hostilité de la nature et la redoutable proximité de Marseille, cent vingt ans seulement d’existence avaient consacré pour toujours la vitalité du grand port languedocien. La vieille place phocéenne, grâce à ses traditions et à ses précieux privilèges, gardait sans doute et sans conteste le premier rang dans la Méditerranée, mais Cette pouvait fort bien remplir son rôle de grand port régional. Aïguesmortes endormie à jamais dans les sables, Narbonne vouée à la fertilisation de sa riche plaine alluviale, et bien loin au-dessus des petits havres voisins, Cette était vraiment le port du Languedoc. Il avait concentré un commerce jusque-là épars et Pavait merveilleusement développé; il était déjà par excellence le port du Vin.