‹ Cette et Son Commerce Des Vins: de 1666 à 1920Chapitre 49 sur 159 · TENTATIVES MALHEUREUSES · texte numérisé non relu

TENTATIVES MALHEUREUSES

Ce n’était pas d’ailleurs la première tentative d’organisation de sociétés commerciales à Cette. Bien que celà ne soit pas, à proprement parler, le commerce des vins, l’étroite parenté qui unit toutes ces questions commerciales nous oblige à en dire un mot.

Lorsqu’en 1713 la Paix d’Utrecht avait ramené la prosrérité dans le port, (une compagnie de riches négociants de Montpellier et des villes voisines s’y forma pour exploiter le commerce du Levant et faire concurrence aux Marseillais qui en avaient jusqu'alors le monopole; ce n’est pas sans peine que le roi consentit à l’établissement de la Cie » (Daruty) qu’on appelait, nous ne savons pourquoi, «le Grand Parti ». C’eût été un bon moyen de faire connaître nos vins et autres produits dans ces lointaines contrées sans passer par l’entremise de Marseille. Mais la Cie n’eut pas une longue existence; en butte, déjà, aux tracasseries des Marseillais, elle arrêta ses opérations après quelques années.

En 1717, eut heu une tentative analogue qui visait cette fois à l’organtsation d’un commerce avec les îles francaises de l’Amérique. La société fit construire de nombreux navires, des magasins, une raffinerie de sucre. Elle avait un privilège exclusif pour quinze ans. Elle pouvait envoyer ces sucres à la foire de Beaucaire et, en échange des produits bruts qu’elle importait, elle devait exporter un poids égal (conception étroite de la balance du commerce) d’étoffes, vins, eaux-de-vie et autres denrées du Languedoc. Mais « les opérations de cette compagnie ne furent pas plus heureuses que celles de la Cie du Levant » *.

À plusieurs reprises, on essaya de nouer des relations avec les colonies, mais toujours sans beaucoup de succès. Quant aux relations avec l'Amérique, alors à peu près

1 Daruty et Arch. mun. de Cette, HI, 15.

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nulles, les essais tentés, même à la fin de l’ancien régime, eurent, nous le verrons, peu de résultats. Nous devons toutefois signaler que le libre développement du port de Cette ne souffrait pas seulement de vices internes. La seule proximité du port de Marseille, avec ses nombreux privilèges, jaloux observateur des succès de son jeune satellite, était un obstacle redoutable pour notre port. Cette gêné par le droit de fret (droit de 50 sols par tonneau de jauge à l’entrée, établi en 1681) fut plus tard grevé du droit d’équivalent à l’instigation de Marseille. Enfin, un arrêt du 14 octobre 1762 portait défense de faire quarantaine en tout autre port et lazarel que ceux de Marseille et Toulon. Cette protesta contre toutes ces mesures mais en vain, et nous aurons l’occasion de retrouver après la Révolution les mêmes iniquités et les mêmes plaintes. Marseille avait encore le grand avantage d’être le point de transit entre Orient, d’une part, et, PAllemagne et la Suisse, de l’auire. Pour combattre la concurrence possible de Gênes et Trieste, Colbert, dès 1670, l’exempta de tous les droits intérieurs qui frappatent les marchandises le long du Rhône (douanes de Valence, de Lyon, denier Saint-Andrérete.)t,

Cette d’ailleurs, avec l’orgueilleuse ténacité qu’elle a conservé dans ses murs, avec aussi l’aide de la chambre de commerce de Montpellier, n’épargnait pas les démarches de tout ordre qui pussent donner de l’air à son commerce. Il s’enthousiasmait pour les idées généreuses et libérales qui flottaient dans l’air; il demandait l’unification des droits de Traite, l’institution d’entrepôts, le libre transit des marchandises à travers le territoire. Il voyait grand et savait placer haut son idéal, trop haut quelquefois, peut-être. Au point que Joubert, syndic du Languedoc, dans une lettre du 10 avril 1760, se voyait obligé de modérer pareils élans. Le passage mérite d’être reproduit, c’est une page de sage politique et de fine psychologie, et

1 JL. Bergasse, Notice historique sur la chambre de commerce de Marseille, 1913, ,p. 33-34.

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qui n'a pas viedli. (Nous ne devons, dit-il, ni espérer, ni demander, pour le port de Cette, les mêmes privilèges dont jouit le port de Marseille, et le moyen de ne rien obtea1r est de former une demande aussi étendue. Ce n’est que par degrés qu’on peut arriver à augmenter les faveurs qui peuvent servir à augmenter le commerce de ce port. Je serai d’avis de nous borner à demander l’entrepôt général ou du moins pour les différents commerces qui peuvent se faire par le port de Cette, ZI y «a aussi d’autres demandes à former qui peuvent être également utiles, mais le moyen le plus assuré de les obtenir est de montrer des dispositions prochaines d’en faire usage, et c’est à quoi il faut s'attacher ».

Les idées libérales en matière douanière étaient dans lai; la Société d'Agriculture d'Orléans mettait au concours, en 1769, la question suivante : «Le commerce de tous ies Etats de l’Europe étant assujetti à des droits d’entrée et de sortie et à des prohibitions souvent réciproques des productions de leur territoire et des ouvrages de leur industrie, quel serait l’avantage ou le désavantage d’un royaume qui rendrait le premier à son commerce une ñiberté et une immunité complètes? » Les demandes du commerce cettois étaient moins générales et d’ordre plus pratique; elles se manifestèrent à l’occasion de tentatives de commerce avec les Etats-Unis d'Amérique.

$ D. — Essais DE RELATIONS AVEC LES [Tars-UNIs D'AMÉRIQUE

Vers 1783, paraît un mémoire anonyme sur «(le port de Cette et les avantages respectifs qui résulteraient d’une liaison de Commerce entre les Etats-Unis et ce port, s’il obteénait pour cela quelque protection du Gouvernement ». L'auteur y rappelle les essais malheureux de commerce avec l’Inde et l’Amérique, et déplore le peu de développement du commerce cettois pendant la guerre, alors que d’autres ports, protégés par la proximité des escadres, purent se livrer à d’heureuses expéditions. La rareté des navires fréquentant le port avait amené la hausse des

jee frets. De plus, comme depuis de nombreuses années les plantations allaient sans cesse croissant, la production vinicole était surabondante. C'’étaient là des raisons largement suffisantes pour rompre l'équilibre de la balance économique.

Le port de Cette, l’auteur du mémoire n’hésite pas à le dire, méritait mieux que cà: (aux ports voisins, des prisilèges sans nombre; pour lui, peu de protection et presque point de faveur ». Après plus d’un siècle d’existence, sa population n’est que de 8.000 habitants. Il est donc urgent de développer ses relations maritimes. Et l’auteur de vanter la bonne position du port, la profondeur de ses eaux qui peuvent recevoir des bateaux de 500 tonneaux. Et il ajoute: « Le climat y est beau, la vie médiocrement chère et les habitants y sont prévenants et officienx envers les étrangers et ont assez de goût pour le travail quoiqu’ils soient d’ailleurs enclins au plaisir ». Après cet agréable tableau, suit l’exposé proprement dit des possibilités d’un commerce entre Cette et l’Amérique.

Cette pouvait offrir aux Américains: des étoffes, des gazes, des bas, des sels, des huiles, enfin et surtout des eaux-de-vie et des vins (tant des vins ordinaires mais de bonne qualité et peu dangereux, quoique assez forts, que des vins vieux et des muscats de Frontignan, Lunel et Béziers ». Les Américains pouvaient porter à Cette: des bois de construction, des merrains, des potasses, du riz de la Caroline, des viandes, du poisson sec et du tabac de la Caroline et du Maryland. Le marquis de Montferrier, syndie du Languedoc, et son fils s’étaient déjà occupés de la question du commerce avec les (€ Insurgents », et l’on parlait même de faire une démarche auprès du Ministre et de Franklin. L’archevêque de Narbonne écrivait alors: « Le moyen de les attirer est de leur offrir au prix modique tous les objets de débouché de votre port (Cette) qu’ils viendront prendre annuellement dès qu’ils y trouveront leur avantage » !.

+ Arch: mun. de Cette, HH, 19.

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