LE VINS D’IMITATION
Nous avons déjà relevé, avant la Révolution, des textes nombreux, où il était parlé des soins divers et minutieux que l’en donnait aux vins dans le Languedoc mais il n’est Jamais question d'imitation des produits de l’Etranger. Nous sommes disposé à penser que pendant la période du blocus continental, au cours de ces années eù le commerce extérieur était à peu près supprimé, naquit à Cette la technique et le commerce des vins d’imitation, alors que les vins d’origine, d’Espagne principalement, ne rentraient plus en France avec la même facilité ?.
De cette même époque, nous pouvons citer, à titre de euriosité, le passage suivant relatif au vin muté qui contenait en germe la pratique étendue des vins de liqueur: € On fait, à Marseillan, près de la commune de Cette en
1 D’après Privat, Le Régime douanier du vin; Thèse 1904. = No AINS;pe chape
Languedoc, avee du raisin blane un vin qu’on appelle muet et qui sert à soufrer les autres. On presse et foule la vendange et on la coule de suite sans lui donner le temps de fermenter; on la met dans des tonneaux qu’on remplit au quart, on brûle plusieurs mêches dessus, on férme le bouchon et on agite fortement le tonneau jusqu’à ce qu'il ne sorte plus de gaz par le bondon, lorsqu'on l’ouvre. On met alors une nouvelle quantité de vin, on y brûle dessus et on agite avec les mêmes précautions; on v réitère cette manœuvre Jusqu'à ce que le tonneau soit plein. Ce vin ne fermente Jamais et c’est pour cette raison qu’on l'appelle vin muet, Îl a une saveur douceâtre, une forte odeur de soufre et il est emplové à être mêlé avec l’autre vin blanc; on en met deux ou trois bouteilles par tonneau, ce mélange équivaut au soufrage » !.
Nous n’avons pas de chiffres relatifs au commerce des vins à Cette pour ces diverses années, mais nous savons amplement qu'il était dans un état fort précaire. Une délibération du Conseil Municipal de 1807 signale que la misère publique était manifeste ?. En cette même année, le commerce des vins à Bordeaux était complètement anmihilé. C’était l’époque du blocus continental: Angleterre obligeait tout navire neutre à toucher un port anglais (Londres, Malte etc), pour y subir la visite de sa cargaison et se voir délivrer une licence moyennant un droit énorme. Napoléon, en retour, décrétait la saisie de tout navire ayant touché l'Angleterre *. Avant le blocus, et malgré l’état de guerre, les belligérants avaient en fait accordé des licences de navigation, et notre commerce, comme au siècle précédent, avait pu continuer ainsi avec le-Nord et même l’Angleterre. Depuis le blocus, il n’y avait plus place que pour un maigre commerce de contrebande, et on conçoit aisément que nos clients du Nord (Hollandais, Hambourgeois,
1 Bul. Soc. d’Agr. de L’Hér., 1811.
2 Cons. Mun. Délibération du 3 janvier 1807.
3 Voir Arnauné, Le commerce extérieur et les tarifs de douane p 158.
Suédois) devaient hésiter à braver les croisières anglaises et les corsaires des deux partis. Les flottes anglaises rôdaient près du port et, le 13 prairial an XIII, elles tentèrent même d’incendier un convoi de 120 navires qui s’y était réfugié.
D'ailleurs Cette, comme la plupart des autres ports, armait pour la course pendant cette période de guerres {. Aussi le commerce continuait-il à décliner; la ferme de l’Octroi, en 1811, ne rapportait plus que 44000 francs, alors qu’en 1807 elle donnait encore 61.000 francs ?. Le maire Grangent demandait au Préfet de dégrever la Commune d’une partie des contributions foncière et personnelle, arguant que € la majeure partie des magasins et appartements sont sans location. que huit cents artisans sont dans l’impuissance.., » *. La question du chômage se posait done avec acuité. Aussi fut-il question de rétablir l’ancienne manufacture de tabacs pour donner du travail aux ouvriers et € procurer du pain aux familles » #.
La stagnation du commerce avait amené l’émigration des ouvriers tonneliers de notre ville et des petites villes voisines, et même l’exode de plusieurs négociants. Certains, parmi ces derniers, allèrent s’établir à Châlon-sur- Saône notamment « pour favoriser par leur présence les expéditions en vins, esprits et eaux-de-vie qui se font par la voie de la navigation intérieure... A l’occasion, ils appeljent auprès d’eux quelques-uns de ces ouvriers tonneliers, qui s’empressent de rentrer à Cette ou à Frontignan dès qu'ils ont quelques maigres économies » *, IT était même à craindre que cet exode ne s’étendit, si l’on aggravait encore les droits d’octroi sur les boissons, ainsi que le Ministre l’avait proposé. Grangent craignait fort qu’on ne supprimât l’exemption des droits pour les boissons en entrepôt,
1 Daruty, notice sur Cette, 1845.
2 Cons. Mun. Délibération du 9 août 1811.
3 Tbid.
4 Cons. Mun. Délibération du 16 janvier 1811.
5 Bul. Soc. Lang. Géogr., t. XXXVIII, p. 302.
destinées à l’exportation, qui « suivant leur qualité et leur nature exigent quelquefois des années entières de soins pour les travailler et les épurer !. Aussi le Conseil Municipal demandait-il le maintient à Cette de l’entrepôt illimaté pour les vins destinés à l’exportation. «€ Dans le temps où la navigation du grand cabotage était libre au port de Cette, disait-il, on exportait année commune aux environs de 80.000 muids de vin de 36 veltes et de 40.000 muids d’eau-de-vie; les exportations employaient à Cette 600 à 700 tonneaux et donnaient lieu à la fabrication de plus de 100.000 futailles par an, qui consommaient plus de 3 millions 300.000 douelles ?.
Nous arrivons ainsi à l’année 1814, l’année de la paix. Avec quel erithousiasme fut-elle fêtée par les Cettois ! C’était la mer libre et le commerce maritime rendu possible à nouveau. Avec la paix, le mouvement du port s'était subitement accru. Les navires affluèrent à nouveau. Certains de nos clients de toujours, des gens du Nord (Allemands, Danois, Hollandais etc) vinrent même s'établir à Cette où ils fondaient généralement des maisons en s’associant un négociant de la localité; c’est alors qu’on voit apparaître les noms de Krüger Künholtz etc.
1 Cons. Mun. Délibération du 22 mai 1812.
2 Cons. Mu. Délib. du 22 mai 1812.