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On remarque que, comparativement à 1874, les importations de vins italiens marquèrent une progression importante jusqu’en 1881. Les importations totales de vins italiens en France suivaient le même mouvement ; elles étaient de 90.213 hl en 1874, de 267.656 Hl en 1876, de 522,754 hl en 1879; elles atteignaient 1.532.257 h1 én 1881. Cette année-là, Cette importa le 30 % environ des vins italiens entrant en France.
Cette affluence des Vins italiens s'explique facilement d’abord par ies droits de 30 centimes et de 3 fr. 50 à dater de 1877. De plus notre viticulture était en pleine cerise phylloxérique; elle avait done intérêt à attirer sur le marché français les vins d’Italie en même temps que ceux d’Espagene, pour bénéficier « de la concurrence qu'ils étaient appelés à se faire pour lui fournir ses coupages » !. En effet, les vins italiens qui entraient à Cette étaient surtout, comme les vins espagnols, des vins de coupage. Ils provenaient des provinces méridionales de l’Italie, de la Sicile, de la Sardaigne, toutes contrées qui produisaient des vins titrant en movenne 14° et que le libre vinage pouvait encore élever notablement. Notons que la majeure partie de ces vins entrant à Cette ne faisaient qu’y tränsiter; les vins restant sur notre place étaient surtout des vins de liqueur et des vins blanes à fort degré, utilisés par #0s vermoutheries ?.
Le traité franco-italien du 3 novembre 1881 accordant à l'Italie le bénéfice de la nation la plus favorisée, le tarif
1 Piétri. La question des vins en Italie.
2 Chambre de com., €. r. 1880.
NE
de ? francs par hecto stipulé dans le traité franco-espaenol du 6 février 1882 lui devint applicable Aussi les entrées de vins italiens en France progressèrent sensiblement: elles étaient de 1.532.257 HN] en 1881, de 2.148.623 hl en 1584, de 2.702.881 hl en 1887. Par contre, pareille progression ne se manifesta pas dans les entrées de vins italiens par Cette. À la consultation du tableau précédent, on constate que cette importation resta stationnaire de 1881 à 1888. Aussi la chambre de commerce de Cette, consultée par le ministre du Commerce sur le renouvellement du traité franco-italien, répondit que ce renouvellement n’était pas désirable, puisque l’influence du traité avait été nulle quant au port de Cette !. Elle précisait d’ailleurs son cpinion en ajoutant:.4@ la Chambre de commerce de Cette a pu sé convaincre du sérieux dommage qui peut être causé désormais à la viticulture française, si l’on permet toujours aux vins exotiques quels qu’ils soient, portés par le vinage à 15°9 d’alcool, de pénétrer en France moyennant un droit minime de 2? fr par hl, alors que ce droit est le plus souvent neutralisé par l’abus excessif que les compagnies de chemins de fer font de l’application des tarifs communs dits de pénétration, au moyen desquels les vins étrangers voyagent sur rails français à de bien meilleures conditions que les vins français » ?. Le conseil général de l'Hérault * exprimait clairement une opinion identique: « Sous peine de jouer un rôle de dupes, disait-il, il convient de ne pas maintenir les dispositions de traités de commerce onéreux et d’adopter pour base de nos résolutions non pas des principes absolus, dont la vérité est bien incertaine, mais seulement l’intérêt bien entendu de l’agriculture, de l’industrie et du commerce français ».
Il faut reconnaître qu’en 1888, bien que la erise phylloxérique ne fut pas encore passée, la production du vignoble méridional, celle de l'Hérault en particulier, revenait
1 La chambre de commerce de Montpellier émit la même opinion. 2 Chambre de com., lettre du 18 mars 1887.
3 Cons. gén. Session extraordinaire de 1888. (
mer on
graduellement à son chiffre normal. Sans doute nous avions encore besoin de l’appoint des vins étrangers, mais la Chambre de Commerce agissait sagement, en conseillant d’endiguer un peu ce flot dangereux. Elle proposait en conséquence de frapper les vins italiens d’un droit de 4 à 6 francs par hectolitre. Le Conseil général, à tendances naturellement protectionnistes, demandait un droit de 8 franes. Le gouvernement français alla plus loin que ne l’espérait la Chambre, et en raison de la lutte douanière qui s’engagea entre les deux nations, entrant parallèlement dans la voie du protectionnisme !, nous imposâmes les vins italiens à 20 francs par hl. C'était là un droit absolument prohibitif; il arrêta l'importation italienne qui, dès 1889, tombait à 110.936 hl pour la France entière et à 22,308 hl pour Cette.
Ce fut un véritable krach pour la viticulture de l’Italie méridionale: les prix tombèrent de 35 à 9 franes. Aussi le gouvernement italien essaya-t-il de maintenir l’exportation par des moyens artificiels. Il institua un système de primes indirectes dont on trouve l’analogue dans notre ancienne législation sur les sucres. Voici l’économie de ce système: le gouvernement fixait à 11° le titrage moyen alcoolique des vins indigènes et accordait un rembourse ment de 1 fr. 60 par degré excédent, considéré comme alcool de vinag'e. Or le titre réel naturel étant supérieur, soit. 13° et même 14°, ce prétendu remboursement constituait done une prime de + franes environ par hectolitre ?.
Mais cette prime était impuissante à permettre aux vins italiens d’aborder de front la nouvelle barrière établie par la douane française. Aussi les exportateurs italiens eurentils recours à une contrebande habile. Ts envoyèrent leurs vins en Espagne et, de là, ceux-ci entraient en France comme vins espagnols au tarif de 2 franes. Les droits espagnols ajoutés aux droits français étaient bien inférieurs aux droits de 20 francs. Une certaine quantité de vin ita-
2 Voir Moye et Nogaro, op. eit., p. 47.
2 Piétri, loc. cit.
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lien entra à Cette dans ces conditions, en provenance de Valence, mais cet habile détour fut découvert et rendu déscrmais impossible. La douane française exigea la produetion d’un certificat d’origine délivré par les consuls français. L'Italie dut se résigner à la perte définitive du marché français et chercher ailleurs de nouveaux débouchés à ses vins de coupage. Les entrées de vins italiens à Cette restèrent donc, par la suite, insignifiantes sinon nulles. IT est au moins curieux de noter que les quelques vins italiens qui entrèrent dès lors à Cette étaient souvent destinés à des coupages en entrepôt et allaient ensuite faire concurrence à nos propres vins dans nos colonies qui, étant autonomes au point de vue douanier, n’appliquaient pas aux vins d’Italie le tarif de 20 francs. La chambre de commerce de Cette se plaignit de cette concurrence anormale !. Le ministre du Commerce fit remarquer que la faculté de coupage en entrepôt avait été accordée en 1872 à la demande même de la Chambre de commerce elle-même ; mais celle-ci répondit que la situation n’était plus la même: « Notre vignoble, disait-elle, est reconstitué, et la France ra bientôt produire plus de vin qu'il n’en faut à sa propre consommation » ?,