Cette Port-Vendres et Nice
La situation oréographique de la France, ses traditions historiques et son action dans le Levant, l'importance croissante de nos possessions dans l'Afrique du Nord, nous imposent le devoir de rester une puissance méditerranéenne. Les divers ports que nous avons en Méditerranée méritent donc d'attirer l'attention de tous les Français. Or beaucoup les ignorent et les méconnaissent. Que d'inexactitudes, — souvent volontaires d'ailleurs, — que de légendes même, aussi bien dans les manuels de géographie que dans les articles de presse, sur le port de Cette, par exemple. Cependant la nature et l'importance de son trafic, — qui fréquemment a dépassé un million de tonnes par an, — le fait qu'il est au centre du pays des grands vignobles et à proximité des pays viticoles espagnols, algériens, italiens, lui réservent un rôle dans notre économie nationale.
La méconnaissance de Cette s'explique aisément. Marseille est la reine de la Méditerranée, la ville tentaculaire. Savants et publicistes ont décrit et étudié Marseille et n'ont point pensé aux ports voisins, plus modestes, malgré l'intérêt régional et quelquefois national qui pouvait s'attacher à eux. D'ailleurs l'affirmation de l'inutilité des ports moyens et secondaires que certains spécialistes de l'armement sou-
tenaient à l'égal d'un dogme contribuait au maintien de nos ports régionaux dans une situation plu» que médiocre. La guerre est venue, et avec elle la crise des transports, l'encombrement des ports, le blocus. On a pu apprécier alors les avantages que notre pays pouvait retirer de la multiplicité et de la variété de ses ports. En août 191/I, Cette vit débarquer 90.000 hommes et 12.000 chevaux, venus de l'Afrique du Nord. En 1916, 1916, 1917, 1918, lorsque tous nos grands ports furent encombrés, on put consacrer Cette au ravitaillement de la Suisse. C'est alors que l'opinion apprit par des articles de presse, que le port de Cette existait et qu'il rendait de nombreux services. Ces services auraient pu être plus importants, sans les inconvénients et l'attitude dédaigneuse d'avant-guerre à l'égard des ports moyens. La paix revenue, le dédain des compagnies de chemins de fer, des administrations publiques reparaît. Mais le port de Cette a éveillé l'attention. Il nous a paru utile d'exposer son histoire, les circonstances, qui entourent sa création, les conditions de son développement, les causes actuelles de la crise qu'il traverse et ses possibilités d'avenir. Des travaux, au premier rang desquels il faut signaler l'ouvrage de M. Cazalet sur le commerce des vins à Cette de 1660 à 1920, monographie documentée et originale ; l'étude de la Chambre de Commerce de Cette sur le port, permettant aujourd'hui de faire ce travail.
Saint-Louis-du-Rhône par son activité pendant la guerre, et Nice par ses relations avec l'Italie et la Corse, encore qu'ils ne puissent être comparés à Cette et qu'ils soient uniquement destinés à jouer un rôle local, sont des ports modestes mais utiles. Par l'excel-
lence de sa rade et sa proximité de l'Algérie, ses possibilités régionales et méditerranéennes, Port-Vendres méritait également de retenir l'attention.
Mais c'est surtout vers Cette que nos regards se sont portés. Nous avons dû traiter des questions délicates, dont le caractère actuel fait la difficulté. Notre attachement au Languedoc viticole et à tout ce qui touche à la défense de ses légitimes intérêts seront notre seule excuse, auprès de ceux qui trouveraient matière à critique dans certaines parties de ce travail. La région économique nous a. toujours paru un des moyens les plus puissants de reconstruction, dans la période d'après-guerre. Le port de Cette est un des instruments indispensables à l'action régionale. Son essor aurait d'ailleurs une utilité nationale. A côté de Marseille, il faciliterait les relations avec l'Afrique du Nord. Il souderait notre grande colonie à la mère patrie et fournirait aux autres ports secondaires du bassin des éléments d'activité. Cette affirmation est également vraie de Port-Vendres et de Nice.
La large compréhension de ce problème justifie cette monographie. N'est-ce-pas l'exposé de la vie même d'une partie de la France, riche en souvenirs du passé et en légtimes espérances pour l'avenir ?
Les membres de la Chambre de Commerce de Cette et surtout son ancien secrétaire M. Maurin ; M. Forgas, maire de Port-Vendres nous ont facilité notre tâche. Qu'ils veuillent bien trouver ici l'expression de nos remerciements.
CETTE