‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 10 sur 59 · SERMON PRÊCHÉ A POITIERS · texte numérisé non relu

SERMON PRÊCHÉ A POITIERS

LE DIKANCHE DE LA QniNQUAGdsiHB * (FRAGHBIfTS}

SERHOn DEVOT POVK CONGNOISTRE LE BIEN QVE C'EST DE A'nCER DIEV ET AVOIR CHARITÉ A iON PROESME *.

g^ggi caritatem non kabuero, tàckil sum (Prime S^^ ^ Corintkios tercîo decimo). Nostre benoist Sauueur, désirant que nous ayons charité et amour en luy, propose en TEunangile vae parabole, en laquelle il desclaire le mal qui peult arriuer à celuy qui n'a cherité, et dit ainssy * :

Vne foys, vng grant seigneur fi«t vnes nopces et

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conuya pluseurs à la feste. Après, le seigneur en-* tra pour veoir la compagnie, et vit vng homme qui n^auoit pas la robe nupcialle. Prenés le moy, dit le seigneur à ses serviteurs , et piez et mains liez getés le moi en my les ténèbres exteriores. Morallement à parler , le seigneur qui a fait les nopces, c^est le Saulueur du monde, qui a ordonné la crestienté, là où on peult prendre les viandes espirituelles. Et plusieurs y sont conuiez , ce sont les crestiens . Mais le Seigneur veult veoir comme chascun est habillé et vestu spirituellement. Geste visitacion il fait à Teure de la mon , et qui n'a la robe de charité , qui est la robe des nopces, il conuendra qu'il soit gecté en enffer, là où est toute misère. Pour ce , sur toute rien deuons labourer à auoir charité. Car qui n'a charité il n'a rien, jouxte ce que dit mons' saint Paol ou lieu ailegué: tt Se je n'ay charité, je n'ay rien. »

Pour congnoistre ceste manière de charité, icy sont desclairez quatre points , par lesquelz l'en pourra bien entendre ceste matière. Le premier est, comment estroitement il nous est commandé auoir charité. Le second, comment est grant bien que d'auoir charité. Le tiers , comment parfaitement l'on doit acomplir charité. Le quart , de qui et où l'en peult trouuer celle charité.

Quant au tiers point, comment l'en doit Dieu aymer :

d'olivier maillard

^elon les théologiens , l'en le doit aymer plaisante^ ment, — ordinablement , v- et appreciablement *

Quant à la seconde manière de aymer Dieu , c'est l'aymer ordinablement, c'est-à-dire, référer en luy et faire pour l'amour de Dieu ce que l'en fait. ... Et non seullement les f uures qui de leur nature sont religieuses ou morales doiuent estre faites pour l'amour d.e Dieu, maiz aussi [les naturelles], quant l'en propose en estât de grâce*, elles sont méritoires: comme, nonobstant que l'on ait besoing ou nécessité de menger, toutesfoiz quant l'en propose de le faire affin de servir à Dieu, il est méritoire : ainssi de dormir et des aultres. Pareillement les gens mariez, combien qu'ilz soient subgetz à grans vilitez qui sont en leur mariage, toutesfoiz quant ilz proposent à le acomplir pour l'amour de Dieu, en désirant lignée qui soit à l'onneur de Dieu nourie, ou pour obayr à sa partie* ou pour se garder de péché, en tout ce peult auoir mérite. Quant vne femme nourit ses enffans, quaiit elle pense de son mesnage, où " elle propose à le faire pour l'amour de Dieu, c'est euure méritoire. Tout ce que nous faisons doncques nous le deuons faire pour l'amour de Dieu, à l'exemple d'vn bon seruiteur, qui • tout ce qu'il fait il le fait pour plaire à son seigneur et maistre, quant il l'ayme bien. . . .

Quant est pour le quart article, qui enseigne là où l'en treuue et l'en peult achater cherité, l'on ne la peult trouuer synon à la Croix. Mais là l'on la treuue

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parfaitement y car là est le mérite comme infiny, aouffiaant pour nous impotrer toute grâce qui nous est nécessaire pour nostre sauuement.

Et qui n^a le cueur plus dur que pierre, en pen^ sant à la Croix et Passion de nostre Sauueur, il a matière de Dieu aymer. Car plainement apparoist comment Nostre Seigneur nous a monstre tous les signes d^amour qu^il est possible de nous monstrer : en ce que tant voulentiers il est mort pour nous qui le auons offensé : en ce que tant misericordieusement 11 se offre à nous les bras estendus pour nous embrasser, la teste encline pour nous baiser, les piez cousus * pour nous attendre en différant de nous pugnir, et le costé ouuen pour son cueur nous donner.

Toute personne doncques, qui désire auoir charité et Dieu aymer, se rende au pié de la Croix, regarde le sang qui decourt, à Dieu le Créateur le présente en pleurant et soupirant, en requérant à Dieu pardon, en demandant sa grâce, et sans point de faulte, se elle perseuere, elle obtiendra ce qu^elle demande. Car vne goûte de sang sacré est souffisante pour aoirs laipetrer toute grâce et toute bénédiction.

Prions nostre doulx Sauueur, pour amour de sa douloureuse Passion, que en ce monde nous vueille donner grâce -sur toute rien de le aymer et de auoir à luy charité, tellement que puissons finablement paruenir à étemelle félicité. Amen.

d'olivier maillard

Çyfinist le premier sermon^ de latin enfranqqys translaté, que/eist frère Oliuier en la cité de Poi'tiers, le dimencke de la Quinquagesime au matin.

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