‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 11 sur 59 · LE DIMANCHE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE LA PASSION

S^ENSIEVLT UNG SERMON QVE FIST FRERE OLIVIER MAILLARD, l\n MIL CINCQ CENS ', LE CINCQVIESME DIMENCE DE QVARKSME , EN LA VILLE DE BRVGES.

N nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, Amen, Le doulx Ihesus nostre Saulueur nous vcullc • donner sa paix, sa grâce et son amour. Amen.

Sit ciuitas Iherico anathema et omnia que in ea sunt. losue sexto capitulo origine primeua verba hec gra^ ficantur *, et pro fundamento huius quadragesimalis processus in presentiarum verba hec assumuntur^ secundum quodpluries allegatum fuit et récit atum. Emundauit conscientias vestras ab operibus mortuis, ad seruiendum Deo viuenti. Ad Hebreos, nono capittulo, et in epistola hodierna.

Seigneurs et poures pécheurs , sy vous avez détenu * la matière d'hier, l'on doit faire quelque chose pour auoir paradis I Isaye nous disoit hier que Dieu le Créateur deslye son peuple, par sa benoicte Passion, des lyens de l'ennemy d'enfer. Pour

ioindre la matière d^hier à celle du iourd^huy, saint Pol en nostre epistre nous présente Dieu le Créateur en fourme d'euesque prest pour dire la messe, ayant les sandales vermeilles aux piedz, les rubis vermeilz aux doys, la cappe rouge, la mittre sur la teste, et la croche en la main.

Il est anuyt * le cincquiesme dimence de Quaresme. A l'auenture qu'il y en a de vous aultres qui ne le verrez ^ iamais ! Et dès cy en auant se commence le mistère de la benoiste Passion du doulx Ihesu Crist.

— Frère mon amy, nous n'y entendons rien •.

Distes nous, s'il vous plaist, de quoy sert cette epistre du iourd'huy au mistère de la Passion ? Que veult dire cest euesque prest pour dire messe ? Que veult dire la croche, la mittre, les sandales, les rubis^ et la chappe vermeille? —

Seigneurs, tout à la manière que Peuesque se présente à la messe pour faire sacrifice à Dieu, en telle forme et manière se présenta Dieu le Créateur, le iour du grant vendredy, pour faire sacrifice à Dieu son père pour noz péchiez. Il porta la croche, ce fut sa croix ; la mittre sur la teste, ce fut la couronne d'espines ; les sandales et les rubis vermeilz, ce furent les doux qui luy perchèrent les mains et les piedz ; la cappe vermeille, ce fut son precieulx sang qui le couurist depuis la teste iusques aux piedz. Et, comme

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diftt nostre epistre, il ne sacrifia pas du sang des cheureaux ne des veaux, mais son propre sang il respandit tout pour Tamour de nous. Puis donc que le cas est tel *, que Dieu le Créateur a tant souffert pour Famour de nous, faisons quelque chose pour Famour de luy. Mettons la main à Peuure, lessons nostre meschante vie, rasons et destruisons la mauldite vile de Iherico, la vie des pechiésl

Et c^est de quoy ie veulx suader en mi le teusme allégué*®, secundum verba assumpta quepresunt: Sit ciuitas Iherico anathema et omma que in ea sunt. Velà, seigneurs, que disent les parolles **.

Hem Hem Hem

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Affin que, à Fhonneur de Dieu, au salut de voz âmes et de la mienne , ie vous puisse dire quelque chose dont vous soyez meilleurs, nous saluerons la doulce Vierge, bien eurée *' aduocate des pécheurs, et dirons le beau Aue Maria.

Sit ciuitas Iherico anathema et omma que in ea sunt. Loco et capitulo prelibatis et prenotatis. A la manière acoustumée en my mes sermons, nous aurons au commencement ** vne belle question diéolo* gale '* décidée et déterminée en my la doarine des théologiens, et Fanons notée de noz maistres, mes* mement du glorieux amy de Dieu, le doaeur deuot,

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monseigneur sainct Bonauenture, Distinctione sexta décima quarti Sententiarum. La question estoit hier à sauoir se nous deuons auoir repentance de noz péchiez, qui sont vne foiz bien confessez et examinez. Saint Bonauenture nous disoit y et quant il ne Pauroit iamais dit, il gist en raison **^ que Dieu le Créateur nous pardonne noz péchiez par itel si *^, que, à cesque *• foiz qu'il nous en souiengne, il nous desplaise de les auoir commys.Tirez oultre *•: Vtrum de maiori peccato sit habenda maior contricio ? Dit le glorieux amy de Dieu monseigneur saint Bonauenture , et dit bien , quod quanto tnaius est peccatum , tanto maior débet esse contricio. Voire dit le docteur soubtil , FEscot '® : Qui estoit vne faulse beste il veoit cler comme un lusar '* quod si capitur contricio tanquam displicencia offense ; sed si capitur tanquam deletiua culpe, tune vnica sufficit.

Qu'en dites- vous, dames? Serez vous bonnes théologiennes"? Et vous aultres, gens de court, que vous samble il? Metterez vous la main à l'euure? Vous y deuez le guet *'* Dictes moy par vostre ame '*, s'il vous plaist, auez vous point peur d'estre dampnez ?

— Et, Frère, direz vous, pourquoy serons nous dampnez? Ne véez vous point que nous sommes si soingneulx de venii; en voz sermons tous les iours ? Et puis, nous alons à la messe, nous ieusnons, nous faisons des aulmones, nous disons tant d'orisons ** I Dieu aura pitié de nous et nous exaulcera, —

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Seigneurs, vous diaes bien, mais vous ne dictespoint tout. le vous asseure , seigneurs, si vous estes en pechié monel, Dieu ne vous exaulcera pas en voz^ prières et oroisons. Erubescimus sine lege loqui. Ce nous seroit honte de dire quelque chose que ne fust fondée en raison et en droit. Si vous estes légistes nulz de vous, vous auez vne belle loy ciuile, là où dist TEmpereur que si vng homme est serf ou esclaue^ il doit estre degecté ** et débouté de toute procuration etaduocasserie et ne sera point ouy en iustice; que s^il a desserui *' la mort, il ne poura appeller qu^il n^aye la teste trenchie ou ne soye pendu au gibet. Je requiers au grant Empereur qui est là sus, qu^il ne nous face mie le tour**! — Après vient le Pape , qui ne porte point d^espée , et dist en sa Decretale que nul de seruile condicion ne peult estre promeu à quelque bénéfice espirituel. — Vous avez vne aultreloy ciuile^ qui dist que quant on *• achate vng heritaige, se le vendeur y met des condicions, il les fault toutes garder sans en laisser vne, aultrement le marchié est nul» Nous achetons Theritaige de paradis; le vendeur (c'est Dieu le Créateur) nous y met des condicions^ ce sont ses commandemens : si nous en laissons vng^ le marchié est nul. — Vous plait il oyr, non pas le droit ciuil ne le droit canon, mais le droit et commandement diuin? le cuyde '® que celluy là ne mentist oncques du premier , quant il dist : In pec-catis vestrismoriemini. lohannis octauo. Ce fust Dieu

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le Créateur qui le dist aux luifz : Vous morrez (dist il, ou peut ainsy dire) en voz péchiez ; et sy ne faites penitance et vous ostez hors de la seruitude du ^yable , iamais ne serez exaulcez en voz prières. Car tant que nous sommes en vng seul pechié mortel, nous sommes serfz et esclaues au dyable d'enfer!

— Et du second •*, Frère, qu'en direz vous ? — Or acoutez, m'entendez. Saint laques nous en parle en sa Canonique'^. Or dictes, saint laques mon amy : Si quis totam legem seruaueritf offenderit autem in vnum,factus est omnium reus.Ntlk le texte, à la paine du liure ". Il n'y a mot qu'il ne vaille son pesant d'or. Acoutez mot. Cailla '*. Ce n'est fable ne mensonge. Il est escript du doit de Dieu, dit le benoit saint laques, quiconcques aura gardé toutte la loy et deffaillera en l'vng des commandemens, il sera coupable de tous les autres. — Certes, seigneurs, il ne souffist mye de dire : le ne suys pas murtrier, ie ne suys pas larron, ie ne suys pas adultère. Se tu as failly au moindre, tu es coulpable de tous I

Il ne fault qu'vng petit trou pour noyer la plus grant navire qui soit sur la mer **. Il ne fault que vne petite faulse poterne pour prendre la plus forte vile ou le plus fort chasteau du monde. Il ne fault que vne petite fenestre ouuertepourdesrober la plus grant et puissant bouticle de marchant qui soit en Bruges. Helas, pécheurs, puisque pour defTaulte d'vng nous

sommes coulpables de tous, qu^est il de vous aultres, qui en rompez tant tous les iours I....

A qui commenceray ie le premier? A ceulx qui sont en ceste counine^ le Prince et la Stia Altese la Princesse ••. le vous asseure, seigneur, qu'il ne souffit mye d'estre bon homme : il fault estre bon prince, il fault faire iustice, il fault regarder que voz subgetz se gouuernent bien. Et vokis, dame la Princesse, il ne souffist mye d'estre bonne femme : il fault avoir regarda vostre famille, qu'elle se gouuerne bien, selon droit et raison. Ten diaz autant à tous autres de tous estatz. A ceulx qui maintiennent la iustice, qu'ilz facent droit et raison à chascun *'. Les cheualiers de PQrdre '* qui faites les sermeos qui appaniennent à vostre Ordre, les sermens som bien grans, comme Ten dist; mais vous en auez fait vng aultre premier, que vous, gardez mieulx : c'est que ne ferez riens de tout ce que vous iurerez ! Ditz ie vray — qu'en que vous piaist '• ?

— En bonne foy. Frère, il est ainsy. Tirez oultre. — Estes-vous là, les officiers de la pannetrye, de la

frutterie, de la boutillerie ? Quant vous ne deuriez desrober que vng demy lot *® de vin ou vue torche, vous n'y fauldrez mye.

— En bonne foy, Frère, vous ne dictes que du moins. —

Où sont les trésoriers ? Les argentiers, estes vous là? qui faictes les besoingnes de vostre maistre... et

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les vostres bien! Acoustez, à bon entendeur il ne faalt que demi mot. Les dames de la court, ieunes garches **, illecques il faut laisser voz aliances , il n'y a ne sjr ne qua **. Jeune gaudisseur, là, bonnet rouge ! il fault laisser voz regardz... Il n'y a de quoi rire, non*'! Femmes d'estat, bourgoises, marchandes, tous et touttes généralement, quelz qu'ilz soient, il se fault oster hors de la seruitude du diable et garder de tous les commandemens de Dieu **. En les gardant vous raserez et destruirez la cité de Iherico. Et c'est de quoy ie veulx suader en my le teusme allégué , secundum verba assumpta que prestmt : Sit ciuitas Iherico anathema et omnia que in ea sunt. Velà, seigneurs, que disent les parolles.

Hem Hem Hem

Nous aurons deux parties. Et les deux parties déclarées, nous aurons la fin. La première, elle sera sacri Euuangelii expositiua. La seconde, elle sera vanitatis mondane sub typo ciuitatis Iherico deS" tructiua **.

L'euuangile du iourd'huy **, seigneurs, c'est l'vne des belles de touttes celles de Quaresme, ceteris pari" bus, Pource qu'il est anuyt dimence, elle sera deuisée en deux parties. La première, nous la dirons en ce présent sermon, comment les luifz reprindrent nostre Saulueur en ses sermons et la responce qu'il leur fist.

La seconde, nous la dirons après disner^à vne heure ^% comment les luifz voulurent lapider Nostre Seigneur et comment il se sauua.

L^histoirc est tele. Vng iour, après plusieurs argumcns et répliques qu^auoient fait les luifz à Nostre Sauucur, il leur respondit en tele manière : Quis ex ViiHs arguet me depeccato? Si veritatem dico vobis^ ^Miiri* fffifi crcditis michi ? Qui ex Deo est verba Dei ifM«/fV : pmptcrea \h)s non auditis, quia ex Deo mm

VoU le texte tout ront. En ceste partie nous sont (Iviiuiiiiitr<}c9 les condicions que doit auoir vng bon IMenilioiir. La première si est, qu^il doit estre de Immiiio vto. Kt ce nous demonstre nostre Sauueur par tiM|iril Jiiaux luifz: Quis ex vobis arguet me de p^n-tUo ? {)\\l sera cclluy de vous qui me reprochera Av |M*k hio f Lcii luifz ne sceurent que respondre, car il lu» |«»uh« oncques. Pource que c'estoit la rigle *• MiMt^n lMi|uele tous cristiens se doiuent gouuemer, iVnhii) itiinoii i|ue la rigle fust iuste. — La seconde iMhdMnii t|ue iloit auoir vng bon prescheur, c'est i|M'il ilnit pu'Mihicr vérité. Et ce nousest demonstre par II* i|M*ll »li«i Si Vi'riutem dico vobis, quare noncre^ \UHf méihi* SI ie vou» dis vérité, pourquoy ne me ihmN MMiii |»rt» • ICucore ne sceurent que respondre, l'M» iUnsMMMltiu l»U»n qu'il disoit vérité.

l'M H|<u^, wwwtk eut viemonstré qui sont ceulx qui IMmhIIMhui fUi »ioihu»n, et qui sont ceulx qui n'y

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prouffitent pas, par ce qu'il dist: Quiex Deoestverba Dei audit : propterea vos non auditis, quia ex Dec non estis. Qui est de la part de Dieu il ot *• la paroUe de Dieu, et pour ce vous ne Poez pas, car vous n'estes point de sa part. Saint Grégoire vient, qui florette *• ceste matère et dit qu'il sont quatre manières d'auditteurs. Les premiers, ceulx qui ne ** viennent synon pour reprendre le prescheur ou pour veoir ceulx qui sont au sermon. Les seconds sont ceulx qui oyent preschier et n'en retiennent riens et n'en font conte. Les tiers sont ceulx qui ouent et retiennent, mais ne s'amendent point pourtant. Et touttes ces *' trois manières de gens s'en vont auec les dyables. Les quatriesmes sont ceulx qui ouent et retiennent, et mettent la doctrine à execucion et s'amendent. Ceulx cy *' sont de la part de Dieu et profitent au sermon. Or, leuez les esperitz : qu'en dictes vous, seigneurs ? Estes vous de la part de Dieu ? Le Prince et la Princesse en estes vous? Baissez le front! Vous aultres,gros fourrez, en estes vous? Baissez ** le front ! Les chevaliers de l'Ordre, en estes vous? Baissez le front! Gentilz hommes, ieunes gaudisseurs, en estes vous? Baissez le front ! Et vous, ieunes garches, fines fu* melles de court, en estes-vous? Baissez le front I Vous estes escriptes auliuredesdampnez, vostre chambre" est toutte merquée auec les dyables ! Dictez moi , s'il vous plaist, ne vous estes vous pas myrées au iourd'huy, lauées et espoussetées?

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— Oy bien. Frère. —

A ma voulenté que vous fussiez aussi soingneuses de nectoyer vos âmes !

— Quel remède, Frère ? —

le veulx dire que le temps passe. Sij pro quia '% proch dolor / il y a eu des faultes, laissons nostre mauvaise vie, Dieu ayra pityé de nous. Si que non, le vous conuie auec tous les diables !

Retournons à Dieu ; rasons les murs de la cité de lerico, la vie de péchiez. Et c'est de quoy i'ay volu touchier tout au long de ce Quaresme , secundum verba assumpta que presunt : Sit ciuitas Iherico ana» thema et omnia que in ea sunt. Velà, seigneurs, que disent les paroUes.

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Il reste le second ". C'est de destruire et raser la mauldicte vile de Iherico.

— Frère mon amy, que nous en direz-vous ? — Seigneurs, ie vous ay dit, au commencement de ce

Quaresme, que quant losué vint deuant la cité de Iherico pour la destruire avec les enffans d'Ysraël, qui estoient en nombre six cens mile combatans. Dieu le Créateur luy dist : — losué (dist-il) tu feras porter Tarche du Testament par sept prestres, lesquelz auront chascun vne trompille en leur main, et six iours de routte circuiront et feront vng tour autour de la cité ;

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et tu les syeuras et tout ton ost. Au septimc *• iour, chascun prestre sonnera sa trompille : Don don don 4oH don^ et criera : Viie gaingnie 1 Lors les murailles de la vile fonderont en abisme ; tu entreras dedens et mettras à mort les sept capitaines qui j sont, assauoir , Amoreum^ Etheum^ Eueum, Eretium^ Pheretium^ Oelmseum et Chansoieum, tt tous aultres hommes et femmes et enfans, que nul nVn eschappe, fors Raab^ la bonne femme qui loga et sauua les explorateur! et espies ** que tu y enuoyas ; laquele aura pour signe yfùt corde rotige pendant hors de sa fe^fiestre. Et toutift la yile et ce qui est dedens tu bmleras, reserué For^ rangent, Tarain, Tescaing et le ht : ces choses gardeiras tu pour ftiire sacrifice à IHai. — losué vint lors 4efvant la Vile et la maûktist, disant : Sit ciuitas Ike» rico ^maihefMi ^t omma que in ea sunt. La cité de Ibetico soit tilaiïklite «t to\ft ce qui est dedens 1 Puis fist ce qxiè Dteuloleot ^® commandé. Et lors fondirent les murs eft «abislfte^ et ta cité fut toutte destruitte <et têBéo. Et tt^€ù escfe^ppa^e Raab, k bonne hostesse: atncry que PcM orrez atiam Pasques, se Dieu plaist **. En après^ iay volù dire et demonstrer que ceste vlte4t Ihel!k^> avec ces sept capitaines, c^est nostre vye mondalM, f)lsfîne des sept pedttiea mortelz, laquele M mralditte 4e Dieu le Créateur. PcKer la raser et destitiire^ il Ssmlt faire ^mt et qve Dieu ^commanda à losrué. Et pittoier, fiiult at>atre te boBewcrcq ^^ Pauant-mur, et la muraille. Le bollewercq qtii ^nous

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empesche à destruire nostre vie mondaine, c^est De^ lectatiopeccatif le plaisir que Ton prend au pechié. L^auant-mur, c^est Amormundi^ Pamour du monde et des vanitez. La muraille, c^est Contemptus Dei^ contempner *', habandonner, ne tenir compte de Dieu. Après, il fault faire *^ les six circuytes autour de la ville. Ce sont six consideracions que deupns auoir touchant nostre vie de péchiez. — La première, Vili» taspeccatif la vilité, la meschanceté du pechié. Dont dist Senèque le payen : Si scirem deos ignoscituros et komines ignoraturos, non tamen dignarer peccare, propter vilitatem ipsius peccati. Quand je sçauroye que les dieux me deussent pardonner et les hommes n^en deussent riens sçauoir, touttesfois si *' ne daigneroye ie pechier, pour la vilité du pechié. — La seconde consideracion est Peccati instabilitas, la muableté de pechié. Car pechié rent vng homme muable ** et lui oste son bon propos quUl a de bien faire. — La tierce, c'est Peccati cecitas, Taueuglissement de pechié. Car pechié aueuglist le pécheur, qui ne congnoitne Dieu ne soy mesmes. — La quatrième, Peccati periculositas, le péril de pechié. Car IVng pechié attire l'autre. — La cinquième, Peccati grauitas, la pesanteur du pechié. Car pechié ape-» santist le pécheur telement qu'en la fin le boute en enfer. — La sixième •', Peccati dampnositas^ le dommaige de pechié. Car par*pechié nous perdons le royaulme de paradis.

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Après que les six circuites sont faitz, il faut sonner les sept trompilles. Ce sont sept choses que Ton doit prescher aux mondains. La première, c'est là foy : comment nous deuons auoir vraye foy. La seconde^ ce sont les dix commandemens : comment nous les deuons garder. La troisième •• , c'est confession : comment nous deuons confesser. La quatrième*^, c'est restitucion : comment l'on doit restituer. Nous auons parlé des trois premières ; nous . encommencherons en ce présent sermon la quatrième.

— Frère mon amy, que nous direz vous de ceste quatrième '® trompille ? —

Seigneur, ie veulx dire qu'il fault restituer ce qu'on a d'aultry. l'en ai preschié aultresfoiz en France, il y a enuiron cincq ans, petit plus ou petit moins '*. Mais pour bien restituer, il faut sçauoir cincq choses. La première, Propter quid, pourquoy l'on est tenu de restituer. Seigneurs, la raison est bonne : car iustice le veult, charité le requiert, la loi diuine le commande. Justice le veult, car il est escript en droit: luris preceptasunt hec : honeste viuere, alterum non ledere, ius suum vnicuique tribuere. Les commandemens de iustice sonttelz: honnestement viure, nonbleschier '■ aultruy, et rendre à chascun ce qu'il luy appartient. Charité le requiert, car il est escript : Alteri non feceris quod tibi fieri non vis. Ne fais à aultruy ce que tu ne '' vouldrois que l'on te fist. La loy diuine le commande ; nous l'auons Mathei quinto, là où

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dist Dieu le Créateur : Si offers tmmus tuum ante altare et recordatus fu^ris quia /rater tuus hahet aliquid adtiersum te, rade frius reconeiliare fratri tua, et ttmc veniens offer Tmmus tuum. Dist le Créa» teur, ou peult ainsy dire: Se tu veulx o£Erir ton offrande à Dieu et ton frère, ton proiesme, se plaint de toy , ya f en prejuier appaisier ton frère, et puis cfEre ce que tu veolx : aiultremeat ton offrande ne me sera point agréable.

La seconde chose que Ton doit sçauoir touchant restitucion, c^est Quândo, quant l^on doit restituer. Dieu le Créateur le nous demonstre, quand il dist : Vadeprius, va t'en premier. C'est à dire qu'il nous fault restituer le^ustost que nous porroas: anltre* ment noz. bonnes oemires sid nous &eroi<ent poinit méritoires. Demain, nous dirons Cui, à qui il fault restituer. Après, dirons Quid ei qualiter, quoy ^ comment.

Or, leuez les esprictz. Qu'en dictes vous, seigneurs l Regardez moy tous. Estes-vous là, les vsuriers plains d'aïuarïce? Cènes il fauh restitsier, et ne souilit my^ de dire: le ieray dire iles messes, ie ^onneray povT Vamour de Dieu. Il fault rendre ks biens à <ceulK à qui ilz sont, ou tamais n'entrerez en paradis se le gfranddyable nevous y porte! BaiUifz, Escouttestetes'*, Escabins, et toutte tele manière de bu^llon ", ^ut composez ^' les poures gens, et ne laissez voz rapinos ne péchiez pour preschement ou doctrine que vous

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ojre^, «eigfteurs, «tous estes durs, mais vous trouuereK plus dur que tousI ,.^

^^ Quel vemède , Pr^^-^

Il iau^ hdssier yoz "^ ^é^hiez cet rendre à chascun ce qu^îl lUy^ipjpardpn|. Vous y pensex«ez, Etieu tous en itoint U grâce. 1^ iPSitar noster ^ Aue Marid. Et va^ 4 ue Maria «pour lOQti imouioia. ^ ^

Pater no^â^ ,^i«e ife^

En après, iirèi« 'Otii}|er Maillaft prescha «Rcm« iusques au mardy d&^^'f^ques au matin. Esquefas iours il deCiara lia cinquie^me ^' trompille, ce fust ftulffîoane. Et^ur ce^oint, print Tbistc^e du petit Zachée, >quiestoit Ipyeur de gabelles et .maltottes, et fot 4:elluy ^ui monta sur Parbre pour yeoir Npstpe Seigneur qu^nt >il passoit. dSt quant . nostpe Sauueur le ^vtystj '41 iuy dkt : Zachée, ie vveulgc ^enir en ta 'Watà» son. Lors descendit, ^ inocMatinept dist à nostrt Sauueur : Ecce dimidium Inmorummeormm, Domine, âo pauperibns. iPar ces motz remionstraque.aulmon&e d^ît auoir'SilLCondicions. «- La{M:emièi?e, parce qu^il tâm Eccey -regardez, €ille doit estre £aicte tost, sans «étendre. ^^ L^^econde, parce -qviHl dist 4JJiiiiiiiMf^ ^la ino$ctié,on doit-donner selonoe qu'k>n a. — • La dierce,

parce qu'il dit de mes biens, bonorum meorum, ce doit estre de noz propres biens, non pas de Pautruy. — La quatriesme '•, parce qu'il dit Domine, Sire, ce doit estre pour l'amour de Dieu, non pas par vaine gloire ne par yppcrisie. — La cincquiesme •*, parce qu'il dist do, ie donne, on doit donner de bon coeur, libéralement , sans constrainte — La sixiesme '* , parce qu'il dist pauperibus, aux poures, on doit donner *' à ceulx qui ont disette.

Après , il déclaira la sixième trompille , ce fust oroison. De laquele dist que oroison de coeur vault mieulx que celle de bouche, et de celles de bouche la Pater nostre est la meilleure : car nostre Sauueur l'a luy mesme faicte et nous a commandé de la dire.

Après, il déclaira la septiesme •* trompille: ce fust non estre ingratz des biens de Dieu qu'il *^ nous a faictz, et singulièrement de ce qu'il nous auoit lessé son précieux corps ou Sacrement de l'autel. Et ce sermon fist il venir à point sur le blancq ioeudi *'. Il commença ceste septiesme trompille six iours deuant Pasques, et dist que pour dignement aller au saint Sacrement, il failloit auoir six choses. La première, Peccati cognitio, congnoissance de son pechié : c'est à dire, remettre en sa mémoire tous les péchiez que l'on a faictz et en auoir repentance. La seconde ^st Cogniti detestatio : quant on les a remys à mémoire, de les détester et abhominer. La tierce est Detestati

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cessaùio": quant on les a détesté, il fault cesser d^en plus faire» La quatriesme '*, c^est Cessait occasionis euitacio: quant on ne le fait plus, il fault euiter les occasions. La cincquiesme *% c*estCommissi confessio : c'est de ceulx qu'on a commis s'en confesser. La sixiesme ••, c'est Perpetrati satisfacio : des péchiez faictz satisfacîon.

Le iour du grant vendredi, dit que l'arche, que losué fist poner deuant Iherico, c'est que deuons porter la Croix et la Passion de Ihesu Crist deuant nostre vie mondaine, par mémoire et contemplacion; et que nulz n'eschappa^de Iherico que Raab, qui auoit la corde rouge deuant sa fenestre. Aussy, nul moyen n'est si bon, pour eschapper de ceste vye mondaine et dépêchiez, que la corde rouge : c'est mémoire de la Passion de nostre Sauueur.

Après, dit que losué, en soy partant de la ville quant elle fut rasée, dit : Maledictus a Domino qui reedificauerit et suscitauerit ciuitatem Iherico. Mauldit soit il de Dieu qui redijSiera et remettra sus la vile de Iherico. Et ce fut son teusme, le samedi et les iours ensieuans. C'estoit à dire que celluy est mauldit de Dieu qui, après qu'il aura esté confessé et aura receu "son Créateur à Pasques, retourne à ses pechiés à la vye mondaine.

Au dernier sermon, en prendant congié, dist en la fin : Seigneurs, ie n'ay ne or ne argent pour vous donner ; mais ie vous donray de ce que i'ay. Premier,

SBRMOHS FRANÇAIS b'OLnm MAn.I.ARI)

eu Prince et à Id Princesse, ie leur doontiâtt^l&DBttl^ àiiié et stabilité. A la dame veofiie **, lOatj^jimt^^pfh dence et humilité : car Dieu Vm hkaa^ viStHkft Aml seigneurs de FOrdre et de la iustice^ ie lev doacae iustice et équité. Aux gemilz hommes, homette çooh uersacion. Aux teooss fitks, boimeste pudicMu Ans

femmes marieez, amour et dileçtips. Att^ ttflktei É^ foy et lojaulté. Aux mHfchans,' qs^ilz se^gasdeat^de tromper en leurs marchandiset. Vou» y penseflff: Dieu vous en doint la grsce ! Le PiOêr nosUr m \^. VAue Maria, et vne Aue Maria ponr mon idie» ^ cion. ' <

Pater noster. Aua Maria,

ChY FIKIST le sermon FRERE OuVlER MaILLARSP *^.

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