‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 13 sur 59 · SERMON DE LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

SERMON DE LA PENTECOTE

s^Ensvrr ung attke petit sermon povr le ioyr de

PENTHSCOVSTE.

;^«siONEM apud eum/ociemus. Esiouyssez vouf^ ^ouy9sez vous , peuple cre$tien 1 le voun «porte bonne nouuelle. le vous annonce , commQ h.ejrault et messagier du benoist Filz du roy éternel^ qui porte lettres patentes et autentiques dç par luy« J#e9 nouuelles sont telles :

Dieu en Vame hébergera, Qui sa parolle accomplira 3.

Se ' ainsi est doncques, ô ame deuote, que tu peux estre hostellière de ton roy et souuerain Dieu, que]J[,9 folie, quelle vlUenie seroit ce à toy de reffu^r vng tel. ]^ostel Vray^mem tu n^en peux auoir aucun plu^ bpnnorable. Néantmoins n^ doublez pol^t de ces. bonnes nouuelles, car ilz ^ sont esçriptes pa^: l^ diuii^ secrétaire saint Jehan TEuangeliste, a^ qua^orziesnvi chapitre, publiées et çonfermées au io^rd'uy e^

l^euangille de la grant messe, par toute saincte Eglise.

Se tu désires doncques, ame deuote , receuoir cel » hoste, sur toutes choses garde que ton hostel, c'est à dire ta conscience, soit nette et despeschée * de tout ce qui luy pourroit desplaire ; garde ' que la portière soit tousiours à la porte, c'est assauoir Obéissance. Car quant le Saint Esperit vouldra venir en ton hostel et hurtera à Tuys, s'il ne treuue tou cueur prest pour le receuoir, s'il ne treuue à qui parler, n'est point de doubte que tantost * il se partira. Comme dit saint Grégoire en l'omelie de la présente solennité, se aucun prince vouloit venir en nostre hostel pour nous honnorer ou rémunérer, nous ferions toute diligence que nostre hostel fust bien net. Quant doncques ton Dieu et souuerain prince désire entrer en ta conscience, quelle diligence dois tu faire qu'elle soit pure et nette !

Tu dois en oultre auoir en l'ostel de ta conscience trois damoiselles, c'est assauoir, Oraison, Obéissance et Paix. L'office de Oraison est de appeller le Saint Esperit deuotement, en soy complaignant à basse chère •, à face espleurée, et en lermes et gemissemens. L'office de Obéissance est de ouurir apertement *® les portes à la venue du Saint Esperit. L'office de Paix est de le receuoir ioyeusement, selon ce que tu as veu **, deuote ame, que au iourd'uy les disciples prioient quant le Saint Esperit descendit et qu'ilz estoient ensemble au lieu que Dieu leur auoit assigné.

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Hélas! trop plus souuent que mestîer** ne fust, Oraison appelle son hoste, mais Obéissance fait la sourde oreille : ou elle est si endormie qu'elle n'ot *' goûte, ou elle tient ses portes fermées par les serreures et les verroux de diuers péchez. C'est à dire, que plusieurs font beaucoup de oraisons^ mais ilz sont pleins de leur propre voulenté et sont inobediens aux commandemens de Dieu et de leurs souuerains.

Apres doncques que le Saint Esperît est appelle par Oraison, et que Obéissance luy a ouuerte la porte, la tierce damoiselle le doibt receuoir et retenir, c'est assauoir Paix de conscience. Le benoist Saint Esperit ne veult pas longuement demourer en lieu noiseux ** : In face factus est îocus eius. Incontinent que tu as mené péché mortel en l'ostel de ta " conscience, elle *" fait vne telle noise qu'elle en chasse le Saint Esperit. Et rrayement c'est plus grant honte de le mettre ainsi vilainement hors que de ne le recepuoir point. Se tu desires doncques, 6 ame deuote, sçauoîr ijatmt le Saint Esperit est en ta maison, pense à toy mesmes se tu es bien en paix de ta conscience : car le souuerain signe de grâce est paix de conscience vrayc. le dis vraye, à la différence de ceulx qui ont paix de conscience, mais c'est vne paix de conscience mauuaise, comme les pécheurs obstinez.

le te prie, 6 âme deuote, pour conclusion finale, que tu appelles et huches à haulte voix ton hoste le

1^4 SCiOlONS FRANÇAIS

Séiint Ks(>crit fvir les saias*' désirs de la bonne «clic Oniison. Puis, quant il vouldra entrer, ounre ^ luy api^crtcmcnt par la seconde damoiselle Obéissence. l\\ puis« v)uant la tierce damoiselle Paix le aurarecea^ alor» luy fauldra mettre la table de sobresse *% la chandelle de vrayc fo\\ le pain de sapience, le vin de compuuction« le sel de discrétion , le fruit de bonnes oeuure»« les belles herbes de bonnes pensées, auecqueslen tievireites de sainctes méditations. Lors tu lu]r icra« tris bonne chère , et luy donneras à lauer de Teauc de deuivion « chaufée par le feu de bonne ainovir et de dilection. Puis luy rendras grâces, puis le Ciuicheras purement et nettement au beau lit de eliAiitotf}*

1) i|\ic bien est eureusc la personne qui tel hoste rc<i>lt eu «a conscience : qui tant est riche, tant large,, uni bon et tant gracieulx I Bien payer scet son hoste« tclUre en ce monde, et trop mieulx en Fautrel

PiUir iMiu ic ic udmonncstc que tu ayes cel hoste en xm lUuiMitu, lequel tu auras se tu veulx, comme il dit: /ùïv A'/o «1»/ iisiium c*( puiso ; si cuis aperuerit michi, hihaho H iVlltl^o cum iiiiK Car tous ceulx qui hebergtiui le Stiliu Ksperit en leur ame ont tousiours conso» Ittiloa eu leur cueur, quelque aduersité qui leur vienne, Ki uV»t pas merveille, car ilz ont le vray Coiuoluteur auecques eulx. Telz '®, comme nous vuyonii, meurent seurement et promptement sans reyreu : car ils vont de chartre '' et de prison ea

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gloire et pardurable délectation. Bien sceuent ** que cil '* qui bon maistre sert bon loyer en attent. Mais, au contraire, ceulx qui ont contempné cest hoste, ceulx qui Pont mis hors par la noise de leurs péchez, sont tousiours tristes etfinablement meurent mauuaisement.

Et pour ce, à toy , très doulx et benoist Saint Esperit, qui es protecteur certain et confortateur des désolez, père des poures, lumière des aueuglez, deuant les yeulx de ta miséricorde, devant le trosne de ta haulte maiesté, ie fais ma complainte et oraison :

Helas ! très doulx seigneur, vous sauez comment Postel de ma conscience est durement assiégé. Vous sauez comment de toutes pars on luy fait crueulx assaulx sans cesser: maintenant le monde, maintenant la char, maintenant l'ennemy. Helas, Sire, il est vostre , car vous Tauez fait par création et iadis le aomastes ** par grâce au saint baptesme, et pour tant vous seul y deuez demourer par raison. Venez y, Sire, doncques apertement , ne tardez plus. Chassez hors ces traistres adversaires. A vostre venue seulement se partiront et seront dissipez comme vng peu de fumée, car ilz vous redoubtent merueilleusement. Iadis, Sire, en telle iournée comme est ce iour de la Penthecouste, descendîtes visiblement en Postel des sains '* disciples, pour les conforter, establir et consoler. Sire, ainsy comme vray est, descendez maintenant en vostre poure hostel de mon ame, et quant

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TOUS serez entré dedens, enseignes mon ame qui est folle, nourrissez la qui meurt de fain, eschaufez la du feu de Yostre amour, car elle est plus froide que glace, vestez la de belles robes de vertus, car elle est toute desnuée honteusement de toute vertu !

Et briefment, ie vous prie, remplissez la de voz sept dons et la gardez des sept péchez mortelz : affîn que soyez tousiours avec mon ame, en ce monde par grâce et en Tautre par gloire : laquelle vous plaise nous donner, qui estes vray Dieu et vray Roy par tous les siècles sans fin. Amen !

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