‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 12 sur 59 · SERMON DE L'ASCENSION · texte numérisé non relu

SERMON DE L'ASCENSION

S^ENSVIT XJHQ SERMON DV lOVR DE L^ASCENSION NOSTRE

SEIGNEVR.

IxpEDiT vobis vt ego vadam. Les paroles proposées dist Nostre Seigneur et rédempteur lesus le iour de sa glorieuse Ascension en départant ^ de ses amis et disciples, et valent autant à dire en François : Expédient vous est que ie m*en voise '. Et dist ces paroles Nostre Seigneur comme en respondant à vne prière deuote et piteuse * complainte que les apostres et disciples lui pouoient faire en disant :

— O souuerain maistre, nostre refuge et protecteur singulier, comment et pourquoy nous laissez vous maintenant, nous qui sommes voz poures brebiz, entre les grans perilz de ce monde, lesquelz nostre fragilité vaincre ne peut sans vous ? Helas, Sire, très périlleuse guerre, et non mie* tant seulement temporelle mais espirituelle, contre nous s'esmouuera, car Pennemy d'umaine nature faict très cruelz assaulx contre le chastel de nostre ame et dedens entrer vouldra, pour chasser hors et mettre à fin toute la

cheualerie de vertu * qui par vous nous est donnée^ commise et administrée. Las , Sire, quelle est nostre force pour résister contre si crueulx assaulx, se vous n^estes auecques voz seruiteurs ? Si vous prions, très bening maistre, que vous ne partez de nouft^ car pour vostre partement tristesse remplit nostre cueur. —

Respondit Nostre Seigneur par les paroles proposées, en disant : Expedit vobis vt ego vadam. O mes bons amis, dist Nostre Seigneur, ne vous desconforter point, car il vous est expédient que ie m'en voise. — Pourquoy , Sire ? — Car ' autrement le Saint Eap^db^ ne descendra point sur vous. — Lors oyans les MfBJ» de Dieu ces paroles, receurent aucune consolation.

Pour venir doncques à nostre matière et plaine» ment congnoistre les paroUes proposées, sçauoir deuons qu'il estoit expédient quil montast es cieuU, tant à cause de sa personne que pour nostre salut çt consolation.

Premièrement, à cause de sa personne, pour deux raisons. — La première est, car le lieu doit estre pro* porcionné au corps et semblablement le corps au lieu» Comme il soit ainsi doncques que le corps de Nostre Seigneur après sa résurrection fust très glorieulx, raison estoit qu'il fust colloque en lieu très glorieulx^ comme est le ciel empiré' : car ce monde est lieu de misère et de corruption. — La seconde est, car comme il auoit demonstré en sa résurrection la gloire de resur* reaion qu'il a promise à ses amis, tout ainsi il deuoU

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demonsurer rascenubn quUl a promise à se9 membres et amis. Et combien quUl fust très digne de monter aux cieulx incontinent après sa résurrection, commue celluy qui auoît eu victoire de son ennemy et gaigné, pour soy et pour ses membres, le royaume de paradû, fiéantmoins, de sa bénigne grâce, il a voulu estre qiiarante iours après sa résurrection auecques S€S5 disciples, pour trois causes principalement. — La première fut, pour instruire ses disciples des commaodemens de Dieu. Car comme Tangêde Dieu fut auecques Moyse en la montaigne de Synay pour luy bailler les commandemens de Dieu, ainsi Nostns Seigneur a voulu estre quarante iours auecques «fis disciples. — La seconde fut, pour monstrer reuideoa^ mem, p^r argumens et véritables apparicions, qu^jl •estoit ressuscité. ^— La ùerce fut, pour consoler jses Atais qui estoient moult désolez 4e 4a. Passion, et pour monstrer que la consolation diuioe ^j^cède * la trisitesse temporelles £t comme le iour excède Theur^ il a voulu estre autant de iours viuant auecques sf^ idisciples comme il fut de heures :mort| c^est assfi» #oirZL»

Secondementi îe dis qu^il estojit expédient pour ^Dsms^ salut et pcoffit espirituel qu^il montast aw 4CJeulx, pour plusieurs causes et principalement pou;r dcinq.''^ La première est, car autr^ement le Saint Espérât lae fust point descendu visiblen^snt et mani£estemeAt ;Wrles4isâplesi ainsi le dit Ijlostre Seigneur : Ni»

ego abierOy Paraclitus non veniet ad vos. Et se vous demandez pourquoy il ne fust point descendu, ie dy que raison n^estoit pas que II personnes de la Trinité fussent ensemble enuoiées visiblement en ce monde. — La seconde cause pour laquelle il est monté aux cieulz est confirmation de nostre foy. Car plusieurs simples gens eussent creu à grant peine qu'il fust semblable à son Père s'il ne fust monté à sa dextre. Et aussi, par ceste Ascension sont ilz plus faciles à croire leur ascension le iour du iugement^ s'ilz sont vrais membres de Nostre Seigneur. — La tierce est eleuation de nostre espérance. Car quant nous pécheurs considérons que Nostre Seigneur a fait vng si grant honneur à nature humaine en la colloquant *® sur tous les anges de paradis, nous sommes plus eleuez en ayant confiance de sa miséricorde. — La quarte est augmentation et perfection de charité. Car se Nostre Seigneur estoit tousiours auecques nous corporellement et visiblement, nous ficherions ** trop nostre amour en son humanité, comme faisoient les disciples, laquelle amour empesche la grâce du Saint Esperit. Affin doncques que nous eleuions noz cueurs à la diuinité, il nous a osté son humanité. Sur ce point saint Bernard fait vne exclamation, en disant : « Se l'amour delaquelle les disciples aimoient Nostre Seigneur, qui n'estoit pas mauvaise, neantmoins empeschoit la grâce du Saint Esperit, comment est-il possible que ceulx qui ayment desordonnéement les

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choses temporelles puissent receuoir la grâce du Saint Esperit ?» En vérité, elle est moult delicatiue et n'est point donnée à ceulx qui quièrent la mondaine et temporelle consolation. — La cinquiesme est, car il monté aux cieulx pour continuellement monstrer ses playes à la glorieuse Trinité, pour impetrer remission aux pécheurs. O quelle confiance ! quelle espérance 1 quelle consolation ! nostre iuge est nostre aduocat et continuel intercesseur.

Quant doncques l'heure fut venue que Nostre Seigneur deuoit monter aux cieulx, saint Michiel lors hastiuement alla quérir toute la cheuallerie de la court de paradis, laquelle incontinent, en grant reuerence, vint au deuant de son roy, et le mena en grant ioye et iubilation en son royaume. Qui est celluy qui pourroit expliquer les chans et mélodies que faisoient lors ces glorieux anges ? Qui sçauroit narrer leur ioye ? Qui sçauroit aussi estimer la consolation des sains ^ opères, quand ils furent associez auecques ces glorieux anges et qu'ilz furent mis en leur possession et héritage, lequel ilz auoient perdu par la fallace ** de Tennemy ? Et en vérité, il n'est cueur qui la peust comprendre, tant estoit grande ! O doulx maistre et seigneur lesus , comment auez vous souffert que vostre mère fust priuée de ceste compaignie, de ceste ioye ? Pourquoy l'auez vous laissée en ceste misère ? Vostre iugement est moult parfond. le croy qu'elle estoit encore nécessaire en ce monde pour le salut de voz amys.

SO SERMONS nUMÇAfS d'oUYIIR MAILLARD

Pour finale conclusion de aostre petite collatioii ^^ nous deuons considérer la Toye par laquelle Nostrt Seigneur est monté aux cieulx, affin que nous nous fniissons préparer à cheminer par icelle. Icelle voye est tribulation^ comme il dist : Oportuit Cristam pati et sic intrare in gloriam suant. Par IceUe voye ont theminé tous les amis de Dieu depuis le conmience* ment du monde. Nous sommes doncques bien abuses, se nous cuidons monter aux cieulx par autre voye. Pour tant, ie vous admonneste de paciemmeat porter toutes tribulations et de rendre grâces à Dieu pour iceUes : car quam il vous enuoie aucune tribulatio% il vous met en la voie de paradis. Auquel Dieu, par sa bonté, nous vueille faire monter : qui vit et tèg^ tans fin en gloire pardurable. Amen.

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