SECOND CHANT ROYAL
Le Roy de paix , prudent et vertueux , Qui voit le faict deuant qu'on le commence , Bailla iadis vng trésor sumptueux A son subiect , par bonté et clémence , Et , en vertu de sa puissance immense , Luy commanda qu'il en feist bonne garde Et que tousiours des larrons il se garde.
Mais il survint vng crocheteur mauldict *, Qui Pabusa par les motz qu'il luy dia Et crocheta l'escrin, comme il voulut :
Dont le subiect trop follement perdist Le grand trésor de grâce et de salut.
Le subiect fut fol et défectueux ! Quand il presta au larron audience.
Car le crochet d'orgueil presumptueux , Trempé d'enuye et d'inobedience , Ouurist l'escrin de pure conscience Et en rompist la serrure et la garde.
Lors le grand Roy, qui tout voit et regarde , Ce fol subiect de sa court interdist ,
5o POÉSIES FRANÇAISES
Où tout honneur et gloire resplendit, Et Tenuoya en lieu d^horreurpoUut, Où il plouroit a£Bn qu^on lui rendist Le grand trésor de grâce et de salut.
Le très bon Roy , prince des bieneureux , Voyant les pleurs et Pextreme indigence De son subiect , tant poure et malheureux , Digne de mort pour sa grand négligence , Affin qu^il eust pardon et indulgence , Luy a transmys, si qu^il se contregarde ', Son cabinet ' soubz bonne sauuegarde , Plain de richesse, en grand honneur predict , Où il a mys , et par faict et par dict , Pour effacer tout péché dissolut , Le bien que Adam longuement attendit :
Le grand trésor de grâce et de salut.
Le cabinet du Roy victorieux ,
Plain de tout bien et grand magnificence ,
Obtint cy bas triumphe glorieux
En resplendeur de très pure innocence.
Par le vouloir de la divine essence ,
Faueur de Dieu luy seruit d'auant garde ;
Exemption fut en l'arrière garde :
Tant que péché oncques n'y prétendit ,
Ne ver infect n'y toucha ne mordit *.
Car le grand roy iadis le préesleut ,
d'olivier maillard 5i
Pour et afEn que au monde respandit Le grand trésor de grâce et de salut.
Du cabinet Dieu fut tant amoureux , Pour sa valeur et parfaicte excellence, Que sont subgect Genre ' humain, langoureux, En fut remys en très grand opulence.
Cest le sacraire où Dieu print corpulence Pour ses subgectz garder qu^on ne les arde.
Le crocheteur , plus infect que lézarde ', Au feu d'enfer s'enfuyt, où il ardit.
Car ceste vierge obtint si bon crédit Qu'elle apporta, ainsi qu'il le fallut , En son concept sacré et benedict , Le grand trésor de grâce et de salut.
La Vierge donc, comme Dieu l'entendit , En son concept toute erreur confondit Et le pouuoir que le serpent sale eust , Pour nous donner , sans aucun contredia , Le grand trésor de grâce et de salut.