‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 18 sur 59 · SECOND CHANT ROYAL · texte numérisé non relu

SECOND CHANT ROYAL

Le Roy de paix , prudent et vertueux , Qui voit le faict deuant qu'on le commence , Bailla iadis vng trésor sumptueux A son subiect , par bonté et clémence , Et , en vertu de sa puissance immense , Luy commanda qu'il en feist bonne garde Et que tousiours des larrons il se garde.

Mais il survint vng crocheteur mauldict *, Qui Pabusa par les motz qu'il luy dia Et crocheta l'escrin, comme il voulut :

Dont le subiect trop follement perdist Le grand trésor de grâce et de salut.

Le subiect fut fol et défectueux ! Quand il presta au larron audience.

Car le crochet d'orgueil presumptueux , Trempé d'enuye et d'inobedience , Ouurist l'escrin de pure conscience Et en rompist la serrure et la garde.

Lors le grand Roy, qui tout voit et regarde , Ce fol subiect de sa court interdist ,

5o POÉSIES FRANÇAISES

Où tout honneur et gloire resplendit, Et Tenuoya en lieu d^horreurpoUut, Où il plouroit a£Bn qu^on lui rendist Le grand trésor de grâce et de salut.

Le très bon Roy , prince des bieneureux , Voyant les pleurs et Pextreme indigence De son subiect , tant poure et malheureux , Digne de mort pour sa grand négligence , Affin qu^il eust pardon et indulgence , Luy a transmys, si qu^il se contregarde ', Son cabinet ' soubz bonne sauuegarde , Plain de richesse, en grand honneur predict , Où il a mys , et par faict et par dict , Pour effacer tout péché dissolut , Le bien que Adam longuement attendit :

Le grand trésor de grâce et de salut.

Le cabinet du Roy victorieux ,

Plain de tout bien et grand magnificence ,

Obtint cy bas triumphe glorieux

En resplendeur de très pure innocence.

Par le vouloir de la divine essence ,

Faueur de Dieu luy seruit d'auant garde ;

Exemption fut en l'arrière garde :

Tant que péché oncques n'y prétendit ,

Ne ver infect n'y toucha ne mordit *.

Car le grand roy iadis le préesleut ,

d'olivier maillard 5i

Pour et afEn que au monde respandit Le grand trésor de grâce et de salut.

Du cabinet Dieu fut tant amoureux , Pour sa valeur et parfaicte excellence, Que sont subgect Genre ' humain, langoureux, En fut remys en très grand opulence.

Cest le sacraire où Dieu print corpulence Pour ses subgectz garder qu^on ne les arde.

Le crocheteur , plus infect que lézarde ', Au feu d'enfer s'enfuyt, où il ardit.

Car ceste vierge obtint si bon crédit Qu'elle apporta, ainsi qu'il le fallut , En son concept sacré et benedict , Le grand trésor de grâce et de salut.

La Vierge donc, comme Dieu l'entendit , En son concept toute erreur confondit Et le pouuoir que le serpent sale eust , Pour nous donner , sans aucun contredia , Le grand trésor de grâce et de salut.

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