‹ CEUVRES FRANCAISES D'OLIVIER MAILLARDChapitre 17 sur 59 · LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA VIERGE

Sathan mauldict, de la guerre inuenteur^ Et conducteur dVne secte damnée , S^est mys aux champs comme bellicateur, Incitateur de mortelle menée, Et a tyré, par art dyabolique, Tous ses souldarts du gouffre plutonique, Qu^il estimoit hardis, fuiasans et fors :

Et pour monstrerses périlleux efiFortz, Tendant auoir victorieuse gloire.

Il a cuidé, par armes ou par sors*, Prendre à butin, pour luy et ses consors.

Le lys croissant en triumphe et victoire.

Ledict Sathan, faulx et adullateur, Cauillateur ', a terme ^ la iournée Pour inuader le lys triumphateur^ Expugnateur de la gent erronée.

En quoy faisant, il a trouué praticque ' De desployer son guidon basilique *, Et faict sonner ses trompes et ses cors

POÉSIES d'olivier MAILLARD

En mugemens et estranges accordz :

Liurant Passault, sans raison peremptoire, Pour usurper villes chasteaulx et fortz Et en chasser et du tout mettre hors Le lys croissant en triumphe et victoire.

Le Roy des roys, sur tous dominateur, Grand correcteur de la bende obstinée, A du beau lys esté conseruateur Et zélateur : car la guerre est finée.

N'a pas Sathan ', debellateur inique, Perdu aux champs hamoys, armes et picques, Les grandz guidons des aigles ours et tors *, Et la pluspart de tous ses souldartz mors ?

E'St pas cela bien digne de mémoire ?

Chacun en doibt estre à tousiours recordz.

Car nous voyons à présent, sans discordz.

Le lys croissant en triumphe et victoire.

Je prens Sathan pour Pesprit tentateur.

Médiateur de la mort, assignée

A nous humains par Adam infracteur,

Coadiuteur de Eue contaminée.

Car le seul mors * du fruit arromatique

Nous priua tous de repos pacifique.

Mais Dieu, voyant la tristesse et remors

De nos parentz, pour reparer ce mordz ",

Il transmyst lors, du sacré consistoire,

48 POÉSIES d'olivier maillard

Pour conterer les faulx serpents très ordz *^

Et exalter, dessus tous, ses trésors,

Le lys croissant en triumphe et victoire.

Ce plaisant lys, de tous deffensateur, Restaurateur en grâce illuminée, C^est la Vierge, mère du Rédempteur, Son plasmateur **, d^amour préordonnée .

Qui a froissé la teste vénéfique *', En demonstrant son saina concept pudique Malgré tous feulx hérétiques rapportz.

Cest des humains le support des supports, Du Fils de Dieu le sainct reclinatoire.

Chacun luy doibt donner faneurs et portz.

Et la nommer, aux champs, villes et portz.

Le lys croissant en triumphe et victoire.

Prince des cieulx, puissant et magnifique, Régnant sans fin sur nature angelique, Donnez au roy ** tousiours telz reconfortz QuUl puisse viure en paix, sans desconfortz, Et qu^en la fin, par œuure méritoire.

Vous nous soyez si très misericordz Que nous puissons voir, en ame et en corps.

Le lys croissant en triumphe et victoire.

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