VIVEMENT, VERDUN
Nous cantonnons à Lavallée un jour, puis, le lendemain matin, avant Taube, nous repartons.
La pluie n'a pas cessé de la nuit. Elle nous accompagnera tout le long de la route. Au début, les capotes esisayent d'opposer une digue au déluge. Mais elles doivent bientôt s'avouer vaincues. L'eau traverse leurs ôls saturés et gonflés, comme elle traverserait une écumoire.
, A même la peau les cascades ruissellent.
Un de mes loustics, essaie de dérider les fronts. Comme la section se raidit pour gravir une côte, il s'écrie :
— Faut-il qu'ils soient feignants les gens du pays ! Au lieu de laisser esquinter de malheureux poilus, pourquoi qu'ils ne bouchent pas leurs descentes avec leurs
montées ? Comme ça on pourrait marcher à plat !
Mais la plaisanterie n'a aucun succès auprès de ses camarades.
— Ah ! dit l'un, vivement Verdun ^
— Oh ! oui, répond le chœur, vivement ! vivement !
Deux semaines plus tard, sous le bombardement de Douaumont, je me rappellerai ce : <( Vivement Verdun ! » et malîjré le tragique de la situation, je ne pourrai m'empêcher de sourire.
La plupart de nos souhaits, de nos désirs, de nos ambitions, de nos convoitises sont aussi naïfs que le vœu de mes hommes : pour échapper à l'ennui d'une pluie, nous supplions le Ciel de nous envoyer une averse d'obus 1
Entrée à Rosnes.
Les hommes du troisième bataillon sont répartis dans les cantonnements.
— Peut-on faire du feu ?
Telle est la première question que je m'empresse de poser aux habitants.
Hélas non ! Comme il faut aller chercher le bois dans la forêt, très loin, par des chemins épouvantables, chaque foyer
ADIEU, TRANCHEES ! 2d
n*a qu'une toute petite provision de bûches sur laquelle il veille avec des yeux de vieillard amoureux.-
Mes propositions d'achat se heurtent à des refus opiniâtres.
Les hommes devront se contenter de changer de linge et de souliers. Pour sécher leurs vêtements ils n'auront que la ehaleur de leur corps.
De nouveau, dans l'imagination, resplendissent les casemates promises « à quinze mètres sous terre ». Là au moins la pluie ne sera pas à craindre.
— Ah ! vivemient Verdun, vivement, vivement !