ETC
Depuis lors, une grave discussion a occupé les consistoires pour savoir dans quelles conditions on devait admettre les anciens prêtres au pastorat. On a pris des mesures pour leur rendre plus difficile et plus rare la vocation des églises. Il est certain que les rangs du clergé protestant semblent de plus en plus se fermer aux prêtres. Ceux-ci feront bien désormais de prendre une autre voie.
Le Chrelien Français s'est toujours abstenu de prendre part à ces polémiques. Il a seulement regretté que cette campagne fût surtout menée par deux exprêtres dont l’un avait été bien aise d'obtenir pour luimême les faveurs qu'il refusait à ses confrères et dont l'autre, après les avoir obtenues de la Faculté de Paris, les avait trouvées encore trop rigides et les avait dédaignées.
Quant à ma thèse pour le baccalauréat en théologie, elle a eu le don de faire beaucoup de bruit et je ne m'attendais certes .pas à un tel succès. J'ai cru que le texte Tu es Petrus, sur lequel reposent les prétentions romaines, n'est pas authentique. On a crié au scandale. L'Autorité, la Gazette de France, la Croix, l'Univers, ont trouvé stupides de telles prétentions, mais aucune de ces feuilles n’a voulu accepter sur le sujet une discussion loyale. Depuis lors, les idées ont marché : nous avons vu des autorités comme Auguste Sabatier et l'abbé Loisy accepter les mêmes conclusions: Les prétentions romaines reposent décidément sur un frêle échafaudage.
Nous avons voulu faire de l'évangélisation et nous l'avons fait toujours dans le même esprit et selon la même méthode. Avec les catholiques il faut peu insister
sur le dogme, l'essentiel est de réveiller en eux la conscience et de les jeter dans les bras du Christ. Quand ils ont la notion d’un Dieu qui les aime, d’un Dieu Père, qui se met directement en communication avec ses enfants, rejetant tous les intermédiaires inventés par les prêtres, les formules théologiques comme les rites magiques et les sanctuaires de prédilection, on peut dire que leur conversion estcomplète et que ces âmes sont définitivement arrachées à la superstition et gagnées à l'Evangile.
J'ai donné des séries de conférences dans les faubourgs de Paris et dans la province. M. Tarroux a parlé à Boulogne-sur-Mer dans le même sens; M. Philippot, dans diverses contrées du département de l'Aisne ; partout nous avons vu cette prédication laïque loyalement acceptée par les catholiques et mème par les. librespenseurs.
Voici d’ailleurs une correspondance de Guise qui fera mieux connaître la méthode et le résultat. Cette lettre a été publiée par le Chrétien Français du 1°" novembre 1898 :
Guise, 22 octobre 1898.
Lundi passé, nous avons vu placarder sur les murs de
notre ville des affiches qui ont aussitôt attiré l'attention géné-
rale et vivement piqué la curiosité populaire. Ces affiches 1nvitaient le public à trois conférences sur la réforme religieuse au Marché couvert de Guise, mis gracieusement à la disposition des conférenciers par M. le Maire.
Voici l'ordre des conférences :
Mercredi 19, M. Albert Kohler, bachelier en ihédlogie de l'Université de Paris, traitera La réforme dans le passé.
Jeudi 20. M. André Bourrier, ancien abbé, traitera La réforme dans le présent. ;
Vendredi 21, M. Alfred Philippot, ancien curé de Plomion, traitera La réforme dans l’avenir.
Une note au bas de l'affiche était particulièrement remarquée : « Tous ceux qu'intéressent ces questions et plus particulièrement l'effort actuel du clergé pour conquérir la liberté que: lui refuse l'Eglise romaine, seront heureux de témoigner leur sympathie aux courageux évadés. »
Au jour indiqué, le marché est envahi par une foule évaluée à plus de deux mille personnes; des hommes, des femmes et même des enfants, mais surtout des ouvriers. Tous debout, serrés les uns contre les autres, pendant près de trois heures ; mais nous ne le regrettons pas, nous recommencerions demain.
Mais comment cette masse compacte et houleuse, depuis longtemps brouillée avec le catholicisme très impopulaire chez nous, étrangère sinon hostile à toute idée religieuse, accueillera-t-elle des hommes qui viennent lui parler de religion ? Sur l’estrade prennent place M. le Maire, quelques conseillers municipaux et les orateurs. La séance commence.
M. Albert Kohler, un tout jeune pasteur, installé depuis peu dans la paroisse de Lemé, un petit village de notre département, ouvre le feu.
Il se donne carrément pour ce qu'il est : il est protestant et Sa conférence est l'histoire du protestantisme à tous les âges. Il remonte bien haut; le protestantisme, il le trouve déjà dans l'Ancien Testament avec les prophètes: c'est Nathan qui va reprocher à David le crime qu'il a commis ; c'est Elie, c’est Isaïe, c'est le Baptiste, qui paye de sa tête l'audace de sa protestation. 11 arrive au Christ, le grand protestant, qu'il salue avec les accents émus d’un disciple et qu'il fait voir mourant sur la croix, victime des prêtres. L'auditoire commence à être charmé par l’exposé historique, clair et éloquent de l’orateur, mais les protestations commencent aussi à s’élever. On interrompt, on crie, on ne veut pas de religion, on crie à l'orateur : « Vous nous faites une homélie ! » Mais le conférencier répond avec calme aux interrupteurs, il tient bon, il enlève à plusieurs reprises les applaudissements. Il est soutenu d’ailleurs par le président de la réunion, par la grande majorité et, disons-le, par un ouvrier qui est regardé comme le chef des socialistes et qui demande à ses collèsues un silence respectueux pour l’orateur, au nom de la liberté. Dès lors, l’orateur poursuit sa conférence avec un
plein succès, interrompu seulement par les applaudissèments.
Des apôtres et des martyrs, il passe à d'autres protestants; Wikleff et Jean-Huss, les Albigeois et ces admirables Vaudois, dont il retrace brièvement les persécutions et l'héroïsme..[l arrive à Luther et aux réformateurs; il salue en passant Savonarole, il parle de l'Inquisition, de l'Edit de Nantes, des dragonnades, des pasteurs du désert. Partout il montre les protestants luttant pied à pied contre le despotisme des prêtres. Il arrive à la Révolution française avec Rabaud-Saint-Etienne ; il parle des deux Pressensé: le père. demandant l'amnistie après la Commune : le fils faisant cette admirable campagne en faveur de la justice ; etces deux noms sont salués par les applaudissements de l'auditoire.
M. Kohler dit quelques mots de la Bible, de la foi des protestants etil montre que leur religion est ‘celle qui convient à des esprits libres et indépendants ennemis des superstitions et des despotismes.
La conférence a été un véritable succès et elle s’est achevée avec les applaudissements à peu près unanimes de l’auditoire. Mais un événement est venu à la fin transformer en triomphe les applaudissements. M. Bourrier ayant déclaré que la conférence était contradictoire, un membre des cercles catholiques est venu à la tribune, mais sa contenance a été si piteuse qu'il a dû redescendre sous les huées générales, après avoir été réfuté en quelques mots par M. Kohler de plus en plus applaudi.
Le deuxième jour, on était venu plus nombreux encore, pour entendre M. Bourrier. L’orateur s'est avancé au bord de la tribune et s'est cranement déclaré un « évadé ». Cette déclaration a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements. Le conférencier commence alors au milieu d’un silence général et je püis dire que cette longue et superbe conférence n'a été qu'un triomphe d'un bout à l’autre. Pas une protestation, pas une note discordante, une succession d'applaudissements et par instant des explosions de rires, car l'orateur manie l'ironie avec une fine dextérité et il fouette les erreurs et les superstitions romaines de main de maître.
C'était un fin régal d'entendre cette parole spirituelle et mordante et les habitants de Guise s'en souviendront longtemps. M. Bourrier avait eu soin d'inviter M. le Curé à venir
défendre la curie italienne. Oh ! que nous aurions voulu voir ce que pouvait répondre le clergé à un des siens qui dévoilait sans pitié et sans haine les ignobles dessous qu'il connaissait fort bien et dont il a dû cruellement souffrir, obligé si longtemps de les supporter et de les cacher.
Le catholicisme moderne est absurde, vénal, immoral, antichrétien, anti-français, tels sont les points principaux de cette conférence qui avait pour but de démontrer ce qu'il faut détruire dans le présent pour arriver à une réforme.
Le conférencier nous parle ensuite des moyens pratiques. Il raconte ce qui se passe actuellement dans le clergé catholique où les évadés sont de plus en plus nombreux. Il raconte l'histoire de la fondation du Chrétien français et l'ouverture d’une maison hospitalière pour recueillir les évadés. Il divise les prêtres en trois classes : les fanatiques, les habiles ou hypocrites, et les sincères. Parmi ces derniers sont les meilleurs, les plus intelligents, les hommes de l'avenir. Ce sont ceux-là qu'il faut éclairer et convertir et quand cette meilleure partie du clergé aura déserté les rangs de l'Eglise romaine, nous aurons facilement raison du reste et la victoire restera à la Réforme.
Après la conférence, un contradicteur que l’on dit être un pasteur est venu rendre hommage au talent oratoire du conféreuncier et lui reprocher d’avoir laissé trop de place à la partie négative, oubliant presque le côté affirmatif qui serait la méthode du contradicteur. M. Bourrier a regretté de ne pas avoir employé une méthode selon les préférences de son contradicteur, mais il a affirmé mieux connaître les besoins d’un auditoire catholique devant lequel il faut d’abord démo-
lir avant de construire. C'était d’ailleurs, dans le programme, la tâche de M. Philippot. Il a terminé par une profession de foi et un éloge de la prière, dit avec une telle crânerie, que l'auditoire l’a presque unanimement applaudi.
Mais, restait ie gros morceau, la partie reconstitutive de l'édifice religieux, et cette œuvre incombait à M. Philippot. Ce soir-là, la vaste salle était comble, l'auditoire n’était probablement pas éloigné des trois mille que Jaurès y avait réunis dans une autre circonstance.
Disons-le tout de suite, malgré les bruits qui avaient circulé sur les projets de quelques athées qui voulaient empêcher
l'orateur de faire sa démonstration religieuse, la conférence
a été un véritable triomphe. On a voulu sans doute acclamer,
en la personne de M. Philippot, le curé excommunié dont tous connaissaient l’admirable profession de foi. Mais il faut convenir que M. Philippot sait unir à un esprit philosophique très élevé un rare talent de mettre à la portée du peuple les vérités les plus ardues. Il commence par reconnaître les crimes de Dieu; mais ce Dieu, ce sont les prêtres et la Superstition qui l'ont inventé. Son Dieu n'est pas celui du déisme, qui place Dieu en dehors du monde, dans je ne sais quel paradis, mais un pur théisme qui fait descendre Dieu des nuages et le place dans la nature et dans la conscience humaine. |
«La religion de l’avenir sera rationnelle et scientifique. Mon
Dieu, c’est le Père de la nature, l'Ouvrier du monde, l'Ame.
de l'humanité, l’Ame de la patrie, l'Ame de la famille, l'Ame de mon âme, l'Idéal de mes rêves, la Conscience de ma conscience, le Devoir qui me lie, la Force qui me soulève. Ce
Dieu-là,les Eglises l'avaient un peu perdu de vue, il appartient :
aux incrédules de nous le rendre.
« La religion de l'avenir sera.un progrès sur le catholicisme et le protéstantisme traditionnels. La religion de l'avenir ne sera point celle d'une Eglise, d'un homme ou d’un livre, elle sera celle de la conscience. La religion de l'avenir sera libre
et personnelle, car toutes les infaillibilités humaines auront
vécu et l'autorité sera intérieure comme le Dieu de cette foi. La religion de l'avenir sera laïque. Plus de prêtres ni de simili-prêtres. Les Eglises seront séparées de l'Etat et elles iront en se multipliant à l'infini. L'Etat adoptera la religion rationnelle, celle de la conscience. Il n'aura ni dogme, ni culte, et il n'aura plus rien à redouter d’une religion dépouillée de tout esprit clérical. La religion de l'avenir sera Socialiste. La fraternité universelle, c’est le dogme essentiel du socialisme. Mais la fraternité humaine ne va pas sans la paternité de Dieu. S'il n'existe point une âme collective, une âme de l'humanité, la solidarité sociale manque de point d'appui. Ma philosophie religieuse n’est que la formule exacte et scientifique des aspirations socialistes.
«Enfin, la religion de l'avenir sera chrétiénne. L'’orateur
prend le sermon sur la montagne et montre que le Christ fut ee
individualiste, qu'il mit sa conscience religieuse au-dessus des Ecritures. Là, le Christ parle en laïque et fait le procès au clergé de son temps ; là, le Christ affirme la paternité diviné et la fraternité humaïne, fondement du socialisme. Parler de fraternité cela ne suffit pas, Dire : Seigneur, Seigneur ! cela n’est rien encore si l'on ne fait pas la volonté du Père. Qui donc est parfait comme le Père Céleste est
* parfait ? C'est-à-dire. « Qui est-ce qui pratique réellement la
fraternité, la solidarité, la justice? Celui-là est un parfait socialiste. »
Tel est le pâlé résumé de cette belle conférence qui a été écoutée avec une religieuse attention, coupée seulement par de nombreux applaudissements.
Au nom du groupe des libres penseurs, un ouvrier, chef du parti socialiste, est venu affirmer avec un vrai talent oratoire que Dieu n'existe pas, que la conscience suffit à la direction de l'homme. Il nie la conscience universelle, il ne croit qu’à la conscience individuelle. Sur une question de M. Philippot, le contradicteur. ayant avoué qu'il croit au développement de la conscience, le conférencier n’a pas de peine à démontrer que ce développement se fait sous une certaine influence et il ramène ainsi à l'idée de Dieu.
Le contradicteur ayant de nouveau affirmé que la morale est indépendante de la croyance en Dieu, le conférencier admet bien qu'il y a des athées qui pratiquent la morale, mais il démontre qu'il faut un idéal qui nous élève et nous transporte ; notre impuissance a besoin d’une force divine qui nous pousse malgré les résistances de la nature et les sophismes de la raison. De là, quelques beaux accents sur la communion de l'âme avec Dieu.
Tels sont les résultats: des masses ouvrières réconciliées avec Dieu; la nécessité de la prière, la vie religieuse, l’idée chrétienne solennellement affirmées et démontrées. Nos conférenciers ont fait parmi nous une œuvre courageuse et féconde ; des conversations entendues çà et là nous en ont déjà fourni la preuve. Puisse cette œuvre s'organiser, s'étendre, être comprise et soutenue! Qu'ils aillent ces courag'eux « évadés » porter à travers la France la bonne nouvelle du royaume de Dieu! Pour nous, nous ne saurons jamais assez les remercier.
17e CEUX QUI S'EN VONT
Le résultat fut [a fondation d’une congrégation religieuse à Guise. M. Philippot s'y fixa et obtint l'adhésion d'environ 140 familles. Malheureusement notre collègue qui venait de finir ses études à la Faculté de Paris avec le n° 1, épuisé par un surmenage prolongé et les terribles émotions qui avaient accompagné son excommunication, fut frappé d'un commencement de paralysie et mourut dans des circonstances où il n'était que trop évident que sa responsabilité morale n'était plus en
cause. L'autopsie révéla des lésions cérébrales. Les.
feuilles cléricales n’en voulurent pas moins voir le doigt de Dieu dans cet événement. Malheureusement pour elles, l’évêque qui avait excommunié notre maiheureux ami mourut deux mois après dans des circonstances racontées par la Semaine Religieuse de Soissons et qui ne laissent pas de doute sur son état mental. Quand on a recours à de pareils arguments il faut être assuré d'avance de la stupidité du public auquel on s'adresse.
Comme conclusion ou comme résumé de ces neuf années de luttes pour la réforme religieuse, je donnerai le dernier rapport publié par la Soctélé française d'évangélisalion par les anciens prêtres, qui m'a toujours soutenu de son patronage et de ses conseils. Ce rapport était précédé d’une recommandation signée des noms les plus estimés du protestantisme français.
On verra par là que, si j'ai eu quelques adversaires plus ou moins déclarés dans le protestantisme, si trois ou quatre anciens prêtres m'ont poursuivi d’une rancune jamais expliquée et encore moins justifiée, j'ai été amplement consolé et encouragé par le protestantisme français tout entier sans distinction d'opinion ou d'Eglise.
A Londres, devant un auditoire de quatre mille personnes, j'ai été traité de « jésuite » par un ex-prêtre délégué d’une œuvre rivale. L’auditoire indigné a protesté, l'interprète a refusé de traduire ces injures, le président a enlevé la parole à l’orateur (1).
(1) Voir la citation du Brilish Weekly dans le Chrélien Français du 7 mars 1901.
Un ex-prêtre, toujours le même, a publié une brochure dans laquelle il me présentait comme un renégat du protestantisme. Nos évadés se sont fait un devoir de réduire à néant cette accusation et ont répondu au pamphlet par un autre pamphlet après lequel mon détracteur a gardé un prudent silence.
Aux conférences du Vigan mon œuvre a été battue en brèche dans un long et insidieux rapport. Je n'avais pas même été prévenu de l'attaque et surtout j'étais absent. L'Église Libre du 1° mars 1901 a demandé que je fusse du moins chargé d’un contre-rapport. Cette faveur m'a été refusée (1).
Un ex-prêtre encore s’est cru permis de supprimer ma signature au bas d'un document, signature qui avait été sollicitée pour obtenir d’autres signatures d'anciens prêtres. Ma signature fut donc effacée. On m'excommunia. L'auteur de cet acte, que je ne qualifie pas, dénoncé par la Vie Nouvelle, déclara dans ce même journal qu'il avait agi de la sorte pour de graves raisons, — en soulignant ces derniers mots — mais
en refusant, — par charité sans doute — des Ai
quer plus clairement.
A la consécration d'un ancien prêtre, que notre œuvre
avait accueilli à sa sortie du clergé catholique et aidé
d'une demi-bourse, un pasteur se crut autorisé à m'adresser, trois heures avant la cérémonie, un télégramme qui m'interdisait de participer à la consécration. L'auteur de cette inconvenance a été désavoué par ses collègues — qu’il n'avait d’ailleurs pas prévenus — et surtout par
le pasteur qui lui avait cédé sa chaire et son église (2)..
(1) Voir le Chrélien Français du 7 mars 1901.
(2) M. le pasteur F. Jacot. Voir le Chrétien Français du 12 juin
1902, 2° col.; 19-juin, 13° col,;'3 juillet, 13° col.
Je rappelle ces mesquines querelles parce qu'elles sont souvent réveillées à l'étranger, mal informé sur ces minuscules affaires de sacristie — j'allais dire de boutique — et exploitées pour faire tort à mon œuvre. Pour moi, j'ai fait de ces chicanes le même cas que des injures de ce prêtre qui m'écrivait un jour la lettre suivante :
Saint-Maxime de Confolens, le o mars 1899
Monsieur le Directeur,
Je veux être un correspondant de votre journal le CArétien français, mais d'une drôle de façon...
Je suis sûr d’avance que vous n’imprimerez pas ma lettre; mais, si vous ne l'imprimez pas telle qu'elle est, je vous recarde comme des fumistes, des comédiens, des lâches...
— Je ne connais pas les anciens prêtres qui écrivent dans votre journal, mais ce que je sais, c’est que, presque toujours, ceux qui abandonnent l'Eglise catholique romaine, c'est uniquement pour courir après les femmes ; ce sont des CAMAS NS
Dans tous les cas, vous, monsieur Bourrier, rédacteur à Versailles, dans votre discours, vous avez soutenn des aneries ; vous avez l'air d’être un ignorant de première force, ou un sectaire de mauvaise foi: en un mot, vous avez l'air affreusement bête...
. Je vous prouverai par À plus B dans votre journal que vos accusations ne sont que des mensonges et des bêtises.
J'ai l'honneur de ne pas vous saluer.
André CHALOT,
vicaire à Saint-Maxime de Confolens (Charente).
P.$. — J'attends votre prochain numéro, viendra-t-il ?.
Ce prêtre a eu de l'avancement et a oublié de me remercier.
Cependant, une fois, j'ai pris les injures au sérieux, c'est quand M. Ernest Renault, dans la Conquête Pro-
lestante, m'a adressé certaines épithètes avec lesquelles il fallait en finir une bonne fois pour toutes. J'ai cité l'auteur devant la première chambre du tribunal civil de la Seine et il a reçu une verte condamnation qui lui a appris à respecter les défroqués. Le jugement contenait entre autres cet a{tendu qui fut regardé par nous comme une victoire de la cause des évadés :
Attendu qu’il n’est pas permis sans une répression sévère à un écrivain de traiter une personne,qui, dans l'indépendance et la liberté de sa conscience a changé de religion, d'abominable renégat, de cynique apostat et de parjure.
Quant aux autres, j'ai pardonné et j'ai oublié. Un jour cependant j'ai écrit ce petit plaidoyer pro domo, parce qu'on m'en à fait un devoir. Je le reproduis ici toujours dans l'intérêt de mon œuvre et pour en finir avec trois ou quatre envieux, gyrovagues du clergé ou épaves de congrégation, qui ne me pardonneront jamais d'avoir le droit de parler de mon passé sacerdotal avec l'estime de mes amis d'hier comme de ceux d'au-
jourd’'hui.