‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 40 sur 48 · CONSÉCRATION DE M. BOURDERY DANS L'ÉGLISE DE MESCHERS · texte numérisé non relu

CONSÉCRATION DE M. BOURDERY DANS L'ÉGLISE DE MESCHERS

le 26 juillet 1699.

Quinze pasteurs, parmi lesquels tous ceux de la

consistoriale de Royan, avaient tenu à entourer notre

ami Bourdery, le 26 juillet dernier. C'était le jour de sa

(1) M. A. Vidalot est aujourd’hui pasteur de l'Église réformée

à Roquedur (Gard),

consécration, cérémonie pendant laquelle il a juré fidélité au Christ, seul chef et roi de l'Eglise, et affirmé sa fot. Le temple de Meschers où se passait cette solennité était plein de monde, et la simplicité extérieure du culte nous à frappés une fois de plus. Après les engagements pris par le candidat au saint ministère, et la prière de consécration prononcée par le président du consistoire, pendant que les nouveaux collègues de notre ami lui donnaient l’accolade fraternelle, et que l'assemblée chantait le cantique de Luther, l'émotion était extrême. Nous assistions à la véritable libération d’une âme par la foi au pur Evangile. C'est du reste sur ce point que, dans le court récit qu'il a fait de son passé, M. Bourdery a le plus appuyé. Il a développé la parole qui a servi à sa thèse de bachelier en théologie : « C’est pour la liberté que le Christ nous a délivrés. » (Galates. V, 1). — Qu'il use maintenant de sa « liberté » pour le salut des âmes et pour l'édification de l'Eglise, n'oubliant jamais de méditer le cinquième chapitre de l'épître aux Galates ex entrer.

M. Bourdery a rappelé aussi tout ce dont il était redevable à M. le doyen de la Faculté de théologie de Paris et à l'œuvre du Chrétien Français.

Nous avons demandé à M. le pasteur J.-Emile Roberty, ministre consacrant, de nous communiquer quelques passages du discours qu'il a prononcé en cette circonstance sur cette parole de l’Epiître de saint Paul à Philémon : « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit! » (Phil., 25.)

Après avoir indiqué les caractères spéciaux de la con-

- sécration de M. Bourdery et retracé la crise religieuse de

notre ami, M. Roberty développe le souhait chrétien renfermé dans son texte; il appelle, en communion de

prières et de foi avec toute l'Église, la Grâce de Notre-

Seigneur Jésus-Christ sur le nouveau pasteur et sur son ministère. La grâce dont il est ici question, c’est bien la grâce personnelle de Jésus, celle qui émanaït de son caractère, de l'attitude de son âme, de toute sa vie, et qu'il communique, « comme tous ses autres trésors », à ceux qui « pensent à lui», et ne veulent rien faire sans lui. L’orateur appelle l'attention sur un premier élément de la grâce du Christ, à savoir la « bonne volonté d’un saint amour souverainement intelligent », puis il continue :

Mais il y a plus, beaucoup plus, que ce que je viens d'indiquer dans la grâce inhérente au caractère de notre Maître. — En se communiquant de lui à nous, il arrive que la bonté et l'intelligence aimantes nc se dépensent d'ordinaire que pour ceux chez lesquels nous trouvons quelque sympathie, qui nous paient de quelque retour, ou encore pour ceux dont la souffrance excite notre pitié. Il en résulte souvent pour € pasteur, soit une tendance à l’'égoïsme de classe et à se féliciter soi-même de son austérité charitable, soit la négligence des âmes difficiles, irréligieuses, intolérantes, en un mot, la peur de la souffrance, la peur de ceux qui peuvent lui vouloir du mal. Pour avoir sur elle le reflet authentique de la grâce du Christ et remporter les vraies victoires, la bonne volonté de notre amour doit franchir les enceintes de la charité courante, passer par des chemins solitaires, s'élever longtemps et atteindre la région du pardon des injures ; il lui faut, s'intéressant au progrès social et religieux de l’humanité, parvenir, coûte que coûte, jusqu'au cœur de ceux qui attaquent l'Evangile ou qui le dénaturent par leurs vies mauvaises et leurs injustes doctrines, qui nourrissent contre telle ou telle classe de citoyens d’odieux préjugés ; il nous faut enfin, sans céder un seul jour à leurs exigences et à leurs idées, prier pour ceux qui nous persécutent et sincèrement vouloir leur bien et travailler à leur bonheur.

Eh bien, ce fut la propre gloire de la grâce du Christ, en tant qu'intelligence souveraine et souverain amour, de monter

jusqu’à ces prodigieuses hauteurs et d’atteindre l'univer-

| salité. Les actes qu'il accomplit en faveur de ses plus intimes . amis ne furent pas pénétrés d'un sentiment plus intense que les actes par lesquels il donna sa vie pour ses ennemis. Ses - amitiés personnelles n'étaient certes pas plus ferventes que

à cet amoOur qui le poussa à consacrer sa personne au salut de gens dont les caractères dietinctifs lui étaient totalement

inconnus.

| Il y avait donc en dessous de la grâce naturelle de Jésus, » si je puis ainsi parler, derrière les admirables impulsions de és son cœur d'homme, un ressort secret qui les projetait jusque dans le cœur de Dieu, qui les unissait aux impulsions divines et qui, dans la pratique du pardon, dans l’activité mission-

naire, dans la faculté de combattre le péché et d'aimer le pé-

cheur, de s'élever de l'individu à la race, et du particulier à

l'universel, rendait sa grâce semblable à la grâce de Dieu!

Quel était ce ressort mystérieux, ce générateur tout-puissant ?

Si nous pouvons le trouver, nous aurons découvert autant

qu'il est en nous, la racine et l'inspiration de la grâce du

Christ ! Cette trouvaille est extrêmement facile. Jésus nous

parle sans cesse de son secret; mais jamais il ne l'indique

plus clairement que dans les premiers mots de la prière qu'il

nous a enseignée. Lorsqu'il nous apprit à dire : Notre Père! .. il nous fit part de sa conviction profonde en l’universelle paternité de Dieu, véritable source de sa grâce !... Ah! cette affirmation de la paternité de Dieu et des consé- quences sans nombre qui en résultent pour le bien de l'hu- . manité, comme on l’oublie de nos jours dans l’enseignement et la pratique de toutes les Eglises! On nous jette dans le cerveau une multitude d'idées contradictoires et ténébreuses … touchant les rapports de Dieu et de l’homme, on demande l'adhésion à des faits incertains, on dresse un catalogue de doctrines compliquées dans lesquelles s’engloutit la notion du juste et de l’injuste, au sein desquelles sombre notre pauvre raison humaine, et on néglige ce dont Jésus entretenait sans cesse les siens ce qui constituait le principe de … son activité, de sa joie, de toute sa vie ! Le monde, rongé par de misérables superstitions, demande alors avec stupéfaction . comment la grâce de Christ a pu s'élever jusqu’au pardon absolu des injures, jusqu’à prier pour des ennemis, comment

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