PREFACE
De septembre 191b à fin juin 1915, l'auteur de ce livre a été mêlé aux choses de la guerre en soignant les blessés et les malades qu'elle a faits. Jl a vécu auprès d'eux d'abord dans un hôpital de Cannes, ensuite dans une ambulance du fronts enfin dans un hôpital d'Aix-en-Provencc.
Comme ses habitudes professionnelles l'y inclinaient, il a pris un grand nombre de notes ; le développement de quelques-unes constitue ce livre. En effet, parmi ses observations, il a choisi celles qui lui parurent caractériser le mieux les sentiments provoqués en des civils comme en des militaires par le conflit terrible. Il s'est appliqué à les rédiger sans rien exagérer, sans, non plus, rien atténuer.
Ce sont donc surtout des états d'âme qu'il releva et il s'est efforcé d'en donner une analyse probante, car il estime qu'on peut assimiler, sous le titre de Ceux qui saignent, les angoisses des infortunés souffrant de blessures morales aux douleurs des combattants frappés par les balles ou les éclats d'obus. D'ailleurs, ainsi qu'on le verra, fort souvent, les unes et les autres se confondent.
Ce faisant, l'auteur a gardé le ton simple qui convient à un sujet grave. S'il a tâché, parfois, de rendre la gaitè héroïque dejios soldats au danger, leur tournure d'esprit frondeuse, la rudesse de
leurs propos, leur endurance admirable, il a dit également leurs minutes de dépression et leurs heures de tristesse. Mais il espère qu'on ne découvrira, dans les pages suivantes, ni déclamations fanfaronnes ni de ces exercices de rhétorique ampoules par où certains écrivains de Varrière simulent une sensibilité trop bruyante pour être vivace.
Ce qu'il raconte, il Va vu. C'est pourquoi il s'est abstenu d'amplifier des faits assez pathétiques par eux-mêmes pour émouvoir les lecteurs aptes à tirer des événements tes leçons qu'ils comportent. Au moment actuel, ces derniers ne manquent pas su France.
Enfin Fauteur a cru devoir maintenir à ce document son caractère d'impressions personnelles. Le temps n'est pas venu de procéder à des synthèses objectives de la guerre. Ce qu'il nous faut, ce sont les récits exacts de témoins directs. Voici donc un témoignage. Peut-être éveillera- t-il chez quelques-uns des réflexions salutaires. Peut-être les aidera-t-il à discerner la main de Dieu dans le cataclysme qui châtie l'Humanité ivre de science matérialiste et d'orgueil.
L'auteur ne s'est pas proposé d'autre but. S'il n'a point publié ces notes plus tôt, c'est parce que îa maladie interrompit son travail à différentes reprises.