‹ Ch. de Plantavit de Margon, Comte de La Pause, Maréchal de Camp des Armées du Roy, Chevalier de Saint-Louis, 1722-1804Chapitre 1 sur 3 · Ch. de Plantavit de Margon, Comte de La Pause, Maréchal de Camp des Armées du Roy, Chevalier de Saint-Louis, 1722-1804 · texte numérisé non relu

Ch. de Plantavit de Margon, Comte de La Pause, Maréchal de Camp des Armées du Roy, Chevalier de Saint-Louis, 1722-1804

Au moment où l'on se prépare à célébrer tout particulièrement par de brillantes fêtes, la mémoire de ce grand soldat que fut le Marquis de Montcalm, ii nous a semblé utile de faire sortir de l'oubli un de ses plus modestes, et pourtant de ses plus brillants officiers généraux, qui lui aussi, si la fortune de la guerre avait été tout autre, serait arrivé aux plus hautes destinées. C'est de Monsieur J. Charles de Plantavit de Margon, Comte de la Pause, Chevalier de Saint-Louis, Maréchal de Camp des armées du Roy, dont nous voulons parler, mort il y a cent ans environ, dans la jolie ville de Pézénas, dans ce bel hôtel de Plantavit, situé sur la place Saint- Jean, à deux pas du monument Molière.

Grâce à la bienveillance d'un de nos amis, descendant de la famille Plantavit et fils lui aussi d'un ancien militaire, nous avons eu le plaisir de lire et de prendre copie du Journal de Campagnes de son arrière grand oncle. ^Ce manuscrit inédit, que la famille conserve avec un soin "pieux dans ses archives, comprend une série de plusieurs gros cahiers réunis ensemble, composés avec cet affreux papier à chandelle qui constituait alors l'article d'exportation le plus courant, expédié dans les colonies.

Il n'en est pourtant que plus intéressant, ce journal de chaque jour écrit le soir au bivouac. Le style en est élégant, sobre et clair, comme il convient à quelqu'un qui n'a guère le temps de s'attarder à arrondir sa phrase ; mais ce qui en double sa valeur, c'est que ce journal est complet ; et que de renseignements il renferme ! Tout y est, depuis l'énumération des catogans, des brosses, des pierres à fusils emportés par les troupes, jusqu'à des cartes superbes, relevées par l'auteur, ce qui en augmente singulièrement la valeur.

Jean- Guillaume- Charles de Plantavit de Margon naquit à Pézénas le 14 août 1721. Il appartenait à cette ancienne famille des Plantavit, originaire de Toscane, arrivée en France au temps de Charles- Quint et dont le lustre fut si brillant dans la personne de l'ancien évêque de Lodève, un de ces évêques moitié moine, moitié soldat, auquel on avait reproché d'avoir pris fait et cause pour Montmorency. L'évêque Plantavit fut enterré dans la cathédrale Saint-Fulcran, où l'on voit encore son beau tombeau sculpté. C'était un savant, qui amena dans le siège de son évêché d'habiles ouvriers pour éditer ses grands ouvrages, ses traductions de la Bible en langues hébraïque et syriaque, et introduisit le premier l'imprimerie d'art dans nos régions.

Le père de Ch. de Plantavit, Henry, était un cadet de famille qui portait le titre de Chevalier de Margon : son frère aîné entré dans les ordres, lui avait cédé son titre et son droit d'aînesse ; il avait été page de Louis XIV et quitta ce corps pour faire sa première campagne comme cornette lors du passage du Rhin. J. Ch. de Plantavit ne se maria jamais : sa famille se composait d'un frère, le Chevalier de Strozzi, et de deux sœurs, l'une mariée à Monsieur de Plos, coseigneur de Roujan, l'autre Jeanne Gracie, Chanoinesse de Saint-Augustin de l'Ordre du Saint-Esprit, décédée à Béziers. (Annexe n° A).

Ch. de Plantavit fit ses premières armes dans la guerre de Flandre et des Pays-Bas en qualité de cadet. Il se trouvait au siège de Namur, et c'est recouvert de sa cuirasse, avec le plan de cette ville à la main, qu'un des maîtres du xvine siècle Ta représenté sur un beau tableau que Ton peut voir dans le grand salon de son hôtel, Ensuite, au retour, il résida dans diverses garnisons ; en dernier lieu, il remplissait les fonctions d'aide maréchal des logis au régiment de Guyenne (*) dans l'Ile de Réf d'où il partit pour l'Amérique du Nord. (Annexes n° Ai).

Certes, après les publications des manuscrits et du journal du Chevalier de Lévis, de M. de Malartic, de l'ingénieur Desandrouin, et les beaux travaux sur l'histoire du Canada, de l'abbé Casgrin, on peut dire que le chapitre est clos et qu'il n'y a plus rien à écrire sur cette guerre, commencée sous de si brillants auspices et dont la fin fut si lamentable. Néanmoins, nos lecteurs voudront bien nous permettre de leur présenter en même temps que l'auteur du mémoire en question, un aperçu aussi rapide que possible de la grande guerre à laquelle il assista.

Bien avant les débuts de la guerre de Sept Ans, notre situation dans l'Amérique du Nord était tout à fait claire. Nous occupions le Canada et tout le pays à l'Ouest de l'Ohio, du Missouri et du Mississipi. Ces quelques arpents de neige que méprisait tant le pensionné de Frédéric de Prusse, comprennent aujourd'hui les contrées les plus riches, les plus fertiles du Canada et de la République des Etats-Unis. Là vivent soixante millions d'individus dans des pays que nous avions colonisés et conquis ; les villes les plus importantes de l'Amérique s'y trouvent, et tout n'est pas encore en pleine exploitation.

(*) Le régiment de Guyenne fut créé en 1684, à un bataillon, ayant 40 officiers, 500 soldats, avec 3 drapeaux, dont un blanc colonel et deux d'ordonnance, isabelles et rouges et croix blanches. Le bataillon envoyé en Amérique était commandé par M. de Fonbrune, lieutenant-colonel.

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