CH. DE PLANTAVIT DE MARGON, COMTE DE LA P*USE
Les habitants des colonies de la Nouvelle Angleterre connaissaient fort bien la valeur des régions qui nous appartenaient et tous leurs efforts tendaient à les envahir pour se substituer à nous. Le chef qui était à leur tête, Jonatham Franklin, déclarait dans son journal « qu'aussi « longtemps qu'un Français se trouverait sur le territoire (( américain, aussi longtemps la paix serait compromise ». C'est ce même Franklin, qui, quelques années plus tard, précédé de son puffisme, venait mendier à Louis XVI son alliance et son intervention !
Nous déloger n'était point chose aisée ; un système de plus de dix-huit forts dont les ravitaillements réguliers étaient assurés, réunissaient le Saint-Laurent au lac Saint-Sacrement, à l'Ohio et au Mississipi. En outre, toutes les vallées étaient occupées et cette idée excellente, si difficile à réaliser pourtant au début, avait été mise en pratique par M. de la Galisonnière. Il fallait une occasion pour nous attaquer ; le gouverneur de la Virginie, lord Dinwiddie se chargea de la faire naître. Mai renseigné sur nos positions, il donna Tordre à un détachement de la milice virginienne de franchir les Alleghanies, et d'aller occuper Great Meadows, position à cheval au confluent de l'Ohio et de la Monongahela. Après toutes sortes de péripéties, le détachement arriva au lieu fixé, mais la place était bien gardée ; en pleine paix, par surprise et pendant la nuit, il attaqua notre poste et tua un grand nombre de nos hommes. L'officier qui avait ordonné un pareil massacre, se nommait George Washington, et ce triste épisode des débuts de sa carrière ne constitue certainement pas la plus belle page de sa vie. Ce succès fut éphémère, car Coulon de Villiers, rassemblant les troupes qui lui restaient, accourut au-devant des Virginiens, et par une manoeuvre habile, les obligea à capituler. Du côté donc des Alleghanies, le coup était manqué, il fallait trouver autre chose.
L'affaire de Great Meadows, eut en Europe un retentissement énorme ; les esprits furent loin de se calmer. Le roi d'Angleterre envoya des renforts, et notre ministre de la Marine se décida enfin à concentrer à Brest des troupes qui devaient passer en Canada. Deux escadres composées de dix et l'autre de quatorze vaisseaux, montées par trois mille deux cents hommes et cent dix officiers, appartenant aux premiers bataillons des régiments les plus célèbres de la Sarre, Lorraine, Artois, Bourgogne, Guyenne, Béarn et Languedoc y furent réunis. M. de la Pause était parmi les officiers désignés pour ce départ. Le baron de Dieskau commandait ces troupes. Les deux escadres, mouillées dans la grande rade de Brest, appareillèrent le 3 Mai 1755, faisant voile vers l'embouchure du Saint- Laurent. Le 15, en pleine mer, l'amiral Du Bois de Lamote mit flamme d'ordre pour signifier à la deuxième escadre de mettre le cap sur Louisbourg, pendant que la première continuait sa route vers Québec, où elle arriva sans incident le 25 Mai au matin. Tout fut débarqué sans retard, car il n'y avait pas de temps à perdre. La place nous manque malheureusement pour donner de Québec, de ses habitants, de leurs moeurs, une bien jolie description due à la plume de M. de la Pause. Contentons-nous de dire, que s'il est quelquefois sévère pour les ridicules, il est toujours plein d'indulgence à l'égard des braves gens, et sait rendre hommage, avec esprit, en termes galants, à la beauté des belles Canadiennes.
Sitôt les troupes à terre, le baron de Dieskau marcha au-devant du général Braddock ; la frontière canadienne était en feu et le général anglais dont le but était d'enlever Fort-Niagara et de prendre nos troupes à revers, essuya sous les murs de Fort-Duquesne le 9 Juillet 1755, une cruelle et sanglante défaite , lui-même ne survécut que deux heures à ses blessures. C'est la bataille bien connue sous le nom de l'affaire de la Belle-Rivière.
A la nouvelle de la mort de Braddock, de Dieskau crut qu'il pouvait tout oser. Il força l'allure pour enlever Fort- Frédérick, et ce, sans avoir ses effectifs au complet et son artillerie en état. Il n'avait même pas fait relever la carte de sa route, répondant aux objections sensées de ses vieux officiers, suivant l'expression de M. de la Pause « en général allemand ». De Dieskau appartenait en effet à cette nationalité. Imbu des principes de la vieille école, sa bravoure était indiscutable ; à P'ontenoy, sous les ordres du Maréchal de Saxe, il avait eu trois chevaux tués sous lui et accompli de véritables prouesses. Mais il n'avait rien appris à l'école de ce grand capitaine, car, excellent en sous-ordre avec un chef comme Maurice de Saxe, il devait être médiocre, et les événements le confirmèrent avant peu, le jour où laissé à lui-même, il aurait à assumer la responsabilité d'un commandement direct. Au lieu d'avoir ses troupes en main, de Dieskau les éparpilla tout le long du lac Saint- Sacrement et se rendit à la rencontre de Johnston, sans avoir laissé à l'arrière des réserves suffisantes. Le général anglais fit le vide devant lui en le laissant s'embourber entre un marais et le fort Lydius, l'enveloppa et le fît prisonnier, après lui avoir infligé des pertes sensibles. Ces deux graves événements furent le signal de la guerre entre la France et l'Angleterre, guerre qui fut déclarée le 18 Mai 1756.
A partir de ce jour, la guerre du Canada peut se diviser pour nous en deux parties : la première période offensive, qui s'étend de 1756 à 1758. C'est l'époque héroïque, la grande époque, la véritable épopée. Celle pendant laquelle nos troupes se couvrent de gloire, conduites par des chefs dont les talents militaires grandissent chaque jour ; faut-il les nommer tous ? C'étaient M. le Marquis de Vaudreuil, le Gouverneur, le Marquis de Montcalm, général en chef, le Chevalier de Lévis, son Adjudant général, qui le remplaça après sa mort,
le savant ingénieur Désandrouin, M. de Bourlamaque, l'Aide de Camp de Bougainviile , devenu plus tard le célèbre navigateur, le Chevalier de la Pause, chef de l'Etat-Major général de M. de Lévis et tant d'autres encore ! Les régiments ? Ils se nommaient la Sarre, Béarn , Guyenne, Royal Roussillon, et le brave Languedoc (*) que l'on vit partout où il y avait des coups à recevoir ou à donner. A cette période appartiennent la prise de Chouaguen, le coup de main à la française sur Fort- William, où pendant l'hiver de 1756 et par 30 degrés de froid, une compagnie vint incendier tous les abords du camp et semer la terreur dans l'armée anglaise, le célèbre rassemblement à Fort Carillon, foit situé à l'extrême pointe du lac Saint-Sacrement et du lac Champlain. A cette époque encore, la prise, après une longue et pénible marche à travers les forêts et la vallée où court l'Horican, du fort William Henry, défendu par le vieux Munroe. Malgré des abords presque inaccessibles, et la proximité de Fort Lydius, où le général Webb était cantonné avec les meilleures troupes de la vieille Angleterre, l'attaque de Fort-William, fut menée avec tant de science par Désandrouin, que les Anglais durent capituler. M. de la Pause avait eu quelques jours auparavant la mission délicate et dangereuse d'aller reconnaître les abords de la place et les positions de l'armée ennemie. Comme témoignage d'estime de la belle défense de ses adversaires, M. de Montcalm consentit à ce que les troupes prisonnières retourneraient dans leurs colonies avec armes et bagages, après avoir pris l'engagement de ne point servir contre nous pendant toute la durée de la guerre. Ces troupes, sans aucune cohérence entre elles, suivies par une longue
(*) Le régiment de Languedoc fut créé en 1672, à un bataillon, 40 officiers, 510 soldats, avec 3 drapeaux, dont un blanc colonel et deux d'ordonnances, violets et feuilles mortes et croix blanches. Il était commandé en Amérique par M. de Launay, lieutenant-colonel.
colonne de femmes, d'enfants et de nombreux bagages, furent en partie massacrées par les Indiens, nos alliés.
Un auteur américain bien connu, Fenimore Cooper, n'a pas craint à ce sujet, de jeter la calomnie sur M. de Montcalm et ses officiers et de les accuser presque, d'avoir organisé le massacre. (*) Il y a là une pénible légende qu'il est utile de détruire.
Bien avant que ne parut l'ouvrage de Fenimore Cooper, Désandrouin (Annexes B) avait déjà mis les choses au point. M. de la Pause qui était à Fort- William et par conséquent assista en qualité de témoin à tout ce qui s'y passa, raconte dans son journal « que la terreur a des Anglais à l'égard des sauvages, était inexprimable, a Les sauvages dans tout ce désordre n'avaient point « d armes qu'une petite hache. Ils se laissaient prendre « comme des moutons au milieu de leurs bataillons « armés, et emmener sans faire la moindre résistance, « enlever même la chevelure tout armés » — et plus loin, « les sauvages étaient ivres parce que les Anglais leur « avaient donné et abandonné tous leurs barils de rhum. « M. le Marquis de Montcalm, voyant qu'il ne pouvait les « arrêter, fut au-devant d'eux avec ses officiers, l'épée (( à la main, et en leur montrant sa poitrine, leur intima « l'ordre de s'arrêter, sinon il ferait tirer sur eux ». On lit encore à la page suivante : « Nous en achetâmes — des « prisonniers anglais — plus de trois cents quatre-vingt (( et en délivrâmes plus de trois cents que nous envoyâmes « à Montréal. Un fait que nous ne pûmes nous expliquer, « c'est que des hommes courageux et armés, qui venaient « de faire une si vigoureuse défense, se laissèrent égorger « aussi facilement ». Ces lignes, écrites le jour même où se passèrent ces tristes événements, ont une valeur de véracité tout autre que les plus belles pages écrites par
(*) Le Dernier des Mohicans, Traduction de Defauconpret, chap. 17-18.
un romancier, qui n'a connu les faits dont il parle que par ouï dire.
Pendant toute cette fatigante campagne, la vieille gaîté française ne perdit jamais ses droits ; M. de la Pause narre d'une façon charmante, comment le soir, après des étapes fatigantes et dures, le campement était dressé avec rapidité ; des abris légers, faits d'écorce d'arbres, servaient à protéger les hommes et les feux allumés autour du bivouac ; on n'entendait que rires joyeux. Le grand silence de la sombre forêt, de la forêt primitive, dont parle Longfellow dans son beau roman d'Evangeh'ne, n'était plus rompu par le cri rauque de l'Indien, mais par de gaies chansons, de ces chansons de la vieille France, que l'on retrouve encore au Canada.
La bataille de Carillon mit en évidence les belles qualités militaires de Montcalm ; nos pertes y furent sérieuses, et nos officiers tous plus ou moins blessés.
Fort- Carillon n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines ; c'est du moins sous cet aspect que nous l'avons vu, il y a quelques années. Son plan de fortifications avait été établi par M. de la Pause, envoyé tout exprès à cet effet par M. le Chevalier de Lévis. En principe — son rapport en fait foi — M. de la Pause s'opposait à l'établissement d'un fort à cet endroit, estimant, disait-il, « qu'il n'était « pas bon d'éparpiller ses forces dans des forts coûteux « à défendre, et qu'il valait mieux les avoir en main ». Mais il dut s'incliner devant des ordres supérieurs. Son voyage fut assez long ; son rapport, volumineux et détaillé, est un chef-d'œuvre d'art militaire, qui indique les points faibles de la place, et ce que l'on pourrait tirer de cette situation, en y ménageant le plus possible les hommes. On suivit ses indications et le fameux mamelon, qui, à une demi portée de canon, domine Fort- Carillon, qu'il avait indiqué comme le pivot même de la défense, fut bastionné par des retranchements
formidables. C'est de ce point que Montcalm se porta au-devant d'Abercromby, qui avec 20.000 hommes voulait traverser le lac et le força à battre en retraite. Carillon est le dernier éclat de nos armes en Amérique. Notre étoile pâlit alors, la fortune nous abandonne. La Colonie ne reçoit plus rien de la Métropole : ni vivres, ni hommes, ni munitions ; elle doit se suffire à elle-même. Voici qu'arrive le sombre hiver de 1758. Louisbourg, clef du Saint-Laurent, se rendit à l'amiral Boscawen ; les pages du journal qui racontent cet abandon sont navrantes.
Maîtres de Louisbourg, les Anglais réunirent aussitôt une armée pour venir attaquer Québec par mer, et débarquer des troupes en prenant à revers la ville du côté de la terre. Le bombardement était presque impossible ; le siège allait être levé, quand le général Wolfe put, à l'Anse F'oulon, mettre des troupes à terre et se diriger au-devant de Montcalm. Malgré l'infériorité du nombre, il n'y avait qu'à accepter le combat ; il eut lieu dans les plaines d'Abrahams et c'est là que les deux héros furent tués. La tradition raconte que l'on enterra M. de Montcalm le soir dans l'église des Ursulines, à la lueur des flambeaux.
A la nouvelle de la mort de son chef, le Chevalier de Lévis accourt, rassemble ses troupes en reprenant la route de Québec pour faire lever le siège ; à quatre lieues à peine de la ligne des fortifications, il apprit que depuis la veille, elle était entre les mains des Anglais ; le lâche Ramesay avait livré la ville sans tirer un coup de canon. M. de Lévis se replia sur Montréal ; jusqu'au dernier moment, son énergie fut indomptable, inlassable et farouche. En plein hiver, avec une poignée d'hommes, il essaya d'enlever Québec par surprise. Si l'escadre anglaise n'était point survenue juste à ce moment là, son audacieux coup de main aurait réussi. On le vit encore disputer le terrain pied à pied, à Trois-Rivières, à Fort- Niagara, faisant partout des prodiges. Le général anglais
Murray, avec une escadre de 54 navires, remonta le fleuve et vint mouiller devant Montréal pour bombarder la ville, dont les défenses étaient à peine représentées par une légère enceinte. Murray commandait à plus de vingt mille hommes et le général Amherst enveloppait la place. Nos forces n'étaient plus réduites alors qu'à deux mille hommes et nous ne possédions que douze mauvaises pièces. Le Chevalier de Lévis et son état-major avaient décidé dans un conseil de guerre de résister jusqu'au bout, de laisser brûler Montréal et de mourir à leur poste ensevelis sous ses ruines. Mais Montréal était rempli de réfugiés, de blessés, de femmes et d'enfants. Ce n'est qu'à force de supplications que M. le Marquis de Vaudreuil put arriver à les décider à consentir à une capitulation honorable, signée le 8 septembre 1760.
La dernière période de nos luttes au Canada, avait été digne des plus beaux faits de l'Histoire ; M. de la Pause, en des termes très simples, en a donné un récit émouvant ; le génie de Lévis avait tout transformé, et c'est, la mort dans l'âme que le noble chevalier et ses compagnons reprirent la route de France, où ils rentrèrent après une absence de cinq ans.
A son retour, M. de la Pause reçut la croix de Saint- Louis, (Annexe C) « parce qu'il était le premier pour ses « services dans le régiment ». Mais son plus bel éloge, dû à son chef, M. de Lévis — habituellement d'un laconisme glacial, quand il s'agissait de demander une faveur pour un de ses officiers — se trouve dans le Mémoire de Grâces de 1760. (*) Ce jour là, le général sortit de sa réserve habituelle, pour plaider d'une façon énergique la cause de son subordonné, dont il avait été
(*) Campagne de 1760. — Etat des grâces demandées. — Le Sieur de la Pause, Aide-Maréchal des Logis de l'Armée. — Demandé : Le grade de Colonel.
à même d'apprécier les hautes valeurs militaires. L'extrait de ce mémoire est à citer tout entier :
« M. de la Pause, Aide- Maréchal des Logis. — « Cet officier avait mérité depuis plus de cinq ans que feu « M. le Marquis de Montcalm, demanda pour lui le grade <( de colonel avec la plus vive insistance ; il n'a cessé ainsi « que moi, depuis de la réitérer. Il a mérité et mérite les « plus grands éloges : il a été très utile au Canada dans « toutes les opérations, chargé toujours des grands « détails, servi deux campagnes comme Aide-Maréchal « des Logis, la première sur des lettres de M. de Montcalm « et la seconde sur celles de la Cour. Je crois qu'il est du (( bien du service, de le mettre dans la route des premiers « emplois, et de ne pas le laisser inutile, étant propre « à tout ce qu'on voudra l'employer. 11 a l'expérience, « les talents et la naissance pour mériter un régiment et « non les moyens pour l'acheter. Dix-sept ans de service « ou presque, du deuxième bataillon ; toujours servi ft en qualité d'Aide-Major, excepté deux ans ; il reste « sans emploi, celui qu'il avait dans Guyenne ayant été « remplacé ». En face, on peut lire, signé de la main du Roy : « Accordé ». (*)
Quelques années après son retour en France, M. de la Pause reçut de Louis XVI le titre de Comte et le grade de Maréchal de Camp. Il se retira alors dans ses terres, partageant son temps entre sa propriété de la Beaume et sa maison de Pézénas. La Révolution, en somme, assez clémente dans nos régions, aurait eu l'intelligence de l'oublier, si quelque sans culotte, à l'âme haut placée, ne s'était empressé de le dénoncer au Comité de Pézénas, comme ci- devant. Le dix octobre 1793, il fut arrêté
(*) M. de la Pause fut promu Colonel le 10 février 1761 ; le 5e de sa promotion après M. de Lévis nommé Lieutenant-Général, M. de Bourlamaque qui eut le cordon rouge et M. de Bougainville, Colonel, 3.000 livres de gratification.
et conduit à Béziers. (*) On eût même, quelque temps après, l'ironie cruelle de lui réclamer le montant de ses frais d'arrestation (**), ainsi que l'achat du bois de chauffage réquisitionné pour sa garde (***).
A diverses reprises, le Comité de surveillance de Pézénas eut à délibérer à son sujet ; il s'occupa, le 27 octobre, de lever les scellés apposés à sa campagne et à Pézénas (****). Un procès-verbal constata que l'on n'avait rien trouvé, chez lui, de contraire aux « droits du peuple, « à la liberté et à l'égalité ». (****»)
Il semblerait qu'après cette enquête, le simple bon sens ordonnait de le lâcher. Penser ainsi serait mai connaître la mentalité particulière des fantoches, qui, à cette époque, s'étaient arrogés le soi-disant droit de représenter la justice populaire et dont la conception du respect de la liberté d'autrui était toute spéciale. On n'en fît rien. M. de la Pause fut maintenu en prison et il n'en sortit qu'à la chute de Robespierre. La séance du Comité de surveillance de Pézénas du 10 germinal an 3 (30 mars 1794) est suffisamment édifiante à cet égard (******).
Né presque à la fin du grand siècle, ce valeureux soldat, qui, suivant son épitaphe, « avait servi soixante ans sa patrie », eut, avant de mourir, la suprême joie de voir flotter notre drapeau sur le Rhin, là où il avait fait ses premières armes, et entrer en vainqueur dans les grandes villes de l'Italie. L'insigne derrière lequel il avait si vaillamment marché, alors que, dans le Nouveau Monde, il combattait pour sa lointaine patrie, le fanion de soie blanche aux trois fleurs de lys d'or, n'était plus, il est
(*) Pièces annexes D. E. F.
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vrai, de la même couleur; mais qu'importe! en fait de drapeau, ce brave n'en avait connu qu'un seul, et ce drapeau, c'était celui qu'a glorifié, en des vers superbes, le poète canadien Frechette, dans sa légende d'un peuple :
Après une vie aussi noblement remplie, M. de la Pause entouré de la considération de tous ses concitoyens, mourut à Pézénas le 9 mars 1804, dans la maison où il était né. Sa famille, s'opposant à ce qu'un prêtre assermenté procédât aux obsèques , le fit enterrer le surlendemain, à la Beaume, près de Roujan.
Un mot en terminant. La ville de Pézénas, s'honore avec juste raison, d'avoir commémoré le souvenir des personnages célèbres qui ont vécu dans ses murs, en élevant à leur mémoire de forts jolis monuments. Croit-on qu'elle ne s'honorerait pas encore davantage, en n'oubliant pas un de ses fils les plus illustres ? Il est vrai que par le temps qui court, certains esprits chagrins pourraient trouver que pour un noble et un militaire, cela serait beaucoup trop
Ah ! celui-là, c'est autre chose :
Il faut le baiser à genoux.
ANNEXES
Les armes de M. Ch. de Plantavit étaient : Ecartelé au ier et au 4e d'azur, à l'arche de Noé d'or flottant sur une mer d'argent, en chef une colombe volante du même, portant en son bec un rameau d'olivier du second émail, au 2e et au 3e de gueules à trois fleurs de lis d'argent.
Etats de Services de M. de la Pause
Enseigne ou Lieutenant, Octobre 1742.
Lieutenant, 9 Août 1746.
Aide-Major, 8 Août 1747.
Capitaine au Régiment de Guyenne, 4 Août 1751.
(Etat de l'ancienneté des services de MM. les Officiers des 4 bataillons de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béam, débarqués à Québec dans le mois de juin 1755)*
Parmi les papiers du général Désandrouin, se trouve un opuscule de *5 pages in-18, ayant pour titre : Notes sur le Voyage de M. Jonathan Carver dans l'Amérique Septentrio?iale au sujet du massacre des Anglais par les Sauvages, après la capitulation de Fort Williams Henry en 1757. Désandrouin assista à la prise du fort, et il réfute avec énergie la relation de Carver qui semblait imputer aux troupes françaises la plus grande responsabilité dans le massacre des Anglais. Désandrouin attribue, au contraire, à l'indiscipline de nos adversaires les causes principales du massacre. C'est le général Munroé qui les commandait.
La croix de Saint-Louis fut accordée à M. de la Pause, capitaine aide-major au second bataillon du régiment de Guyenne, le 12 fév. 1760. {Lettre de M. le maréchal de Belle-Isle à M. de Lévts, à Versailles, le 12 février 1760).
Le 9 février 1760, M. le maréchal de Belle-Isle informait M. de Lévis de la nomination de M. de la Pause comme aide-maréchal-général des logis à la place de M. de Bourlamaque.
Lettre du Roy à M. le Chevalier de Lévis
La satisfaction que j'ai des services des officiers dénommés, dans l'état ci-joint, m'ayant convié à les associer dans l'ordre militaire de Saint-Louis, je vous ai choisi et commis pour, en mon nom, les recevoir et admettre à la dignité de chevaliers dudit ordre, et je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que, conformément à l'instruction qui est ci-jointe, vous ayez à procéder à leur réception. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le chevalier de Lévis, en sa sainte garde.
Ecrit à Versailles, le 12 février 1760. Louis.
(Nomination de M. de la Pause et de dix officiers).
Membres composant le Comité de surveillance de Pézénas. Les citoyens : Blay, cordonnier; Fabre l'Ayné, notable, principal du collège de Sommières ; Bessière Ayné, tanneur ; Romiguier Ayné, notable, tanneur ; Reynard père, négociant ; Maurel l'Ayné, perruquier ; Bessière l'Ayné, tanneur ; Bousquet G., voiturier ; Régis, brasseur; Vaîadou, perruquier ; Hugues, travailleur ; Ricard, travailleur ; Régis, travailleur ; Rigal cadet, officier ministériel ; Martin, apothicaire.
(Comité de surveillance de Pézénas, 1er volume).
ANNEXES
Déclaration du Comité de Surveillance de Béziers, pour la réception du citoyen Plantavit, dit La Pause. (8 Octobre 1793)
Comme membre du Comité de Surveillance du district de Béziers, j'ai reçu du Comité de Surveillance de Pézénas, par le canal du citoyen Pastourel, l'extrait de l'arrêté pris par leur Comité contre le citoyen Plantavit dit la Pause, le io du présent mois, à Béziers, le 20 octobre 1793» l'an 2 de la République. Martin.
{Délibération du Comité de Surveillance de Pézénas, 1er volume).
Je soussigné, commandant de la Gendarmerie de Pézénas, ai reçu du Comité de Surveillance de Pézénas, l'extrait du délibéré portant l'arrestation du citoyen Plantavit dit la Pause, dont je dois faire remise au Comité de Surveillance du district et pour la remise duquel je fais ma soumission, promettant d'en porter récépissé dudit district de surveillance de Béziers à Pézénas, l'an 2 de la République française (28 octobre 1793).
{Délibérations du Comité de Surveillance de Pézénas, ier volume).
Béziers, le 23 octobre (1793) an 2 delà République, pour l'arrestation ou conduite à Béziers du citoyen la Pause pour 2 jours :
pour le lieutenant 3c h
pour le brigadier 20 h
pour les 5 gendarmes à 15 livres chacun 75 h
Total
125 h du dernier article.
{Locut. cit.)
PASTOUREL, Lieutenant.