TERRAIN JURASSIQUE
§ 64. La nature des roches de cette formation m'a conduit à la diviser sur la carte géologique en deux parties :
TSR&AIN JUKAS8IQ1TB INF^RIBUR (Ji) TBRRAIK JURAS8IQUB SUPERIEUR (Js) '
La première est formée essentiellement de grès et de marnes ; la seconde est surtout cal* caire. Je maintiens ici ces mêmes subdivisions.
TbBRAIN jurassique INFiniSUR
g 65. Versant tnéridimal. Le terrain le plus ancien qu'on voie dans Tlmérétie est formé de grès et de schistes argileux foncés feuilletés, tendres, se délitant facilement, alternant avec des couches de grès. Cette formation, caractérisée par la présence de la houille et de plantes fossiles, constitue le sol de FOkriba au nord de Eoutals où elle est entourée de tous côtés de grès et de calcaires crétacés (p. 5). Elle se prolonge à Test de rOkriba dans les Montagnes Masques; je Tai revue dans la vallée de la Moukboura, dans celle de la Boucha, de la Tchériméla et au nord de b Evirila (p. 14, 15 et 18) ; elle apparaît aussi à l'est du bassin tertiaire de Satchkhéri où elle forme une série de collines et où elle repose sur le granit. Une roche tout à fait semblable se trouve près de Tsona au pied du Sirkh-Léberta oà elle contient une couche bitumineuse et à TÂkhalsentis-mta au sud d'Erzo (p. 26).
Ces roches sont souvent micacées et renferment dans certaines couches des concréticms ou. des nodules durs, argileux, parfois ferrugineux et de couleur rouge&tre. Les couches in» férieures de cette puissante formation sont marneuses ; à mesure qu'on s'élève dans les couches
sapérienres, le grès devient plus abondant tandis qne les marnes diminuent d*importaace ; enfin la partie supérieure est formée d'un grès micacé gris compact, à grains plus ou moins grossiers, dont les couches ont souvent près d'un mètre de puissance et sont tantôt en bancs continus, tantôt sous la forme d'énormes concrétions juxtaposées. Ces grès renferment beaucoup de traces de plantes et des couches de houille plus ou moins considérables, à £to (p. 15), à Khreïti (p. 14), près de Tzoutzkhvati, sur le bord du Rion, sur le versant oriental de la chaîne qui sépare Moukhoura de Tkvibouli, etc. J'ai décrit (p. 7) le grand gisement de houille qui se trouve dans cette dernière localité où les couches de combustible ont dans leur ensemble environ 14 mètres de puissance et sont formées en grande partie par des tiges et des feuilles de cycadées ; j'ai signalé aussi les fossiles qu'il contient.
§ 66. Une puissante formation de grès et de marnes qui appartient au même terrain se trouve au nord des chaînes crétacées du Letchkhoum et du Kadcha (p. 32 et 40). Elle constitue une chaîne élevée, pénétrée par des éruptions de mélaphyre et de diabase. Cette chaîne est traversée par le Tskhénis-tskhali entre M ouri et Lentékhi ; elle se prolonge au N.E. pour aboutir à h rive gauche du Bien entre Son et Oui, et à l'ouest jusque sur le bord de l'Ingour et probablement au delà. La roche en est semblable à celle des grès de l'Okriba dont elle est séparée par les masses crétacées et tertiaires du Letchkhoum et du Bas-Radcha. Les grès sont généralement d'un gris foncé, mais prennent de temps à autre une couleur jaunfttre. Ils se présentent ordinairement en bancs minces, durs, compacts, gris, micacés. On y trouve des intercalations de grès et de calcaires très durs, plus clairs, en bancs épais de 2 à 3 mètres. Les grès alternent avec des couches argileuses foncées qui se trsmsforment parfois en marnes feuilletées. Un des caractères particuliers de cette formation est de renfermer beaucoup de fragments roulés des schistes argileux et ardoisiers du terrain paléozolque. Ces fragments se voient surtout à la surface des bancs de grès; souvent aussi ils ont disparu et laissent à leur place des dépressions arrondies ou ovales. On y trouve aussi des ])odules argilo-ferrugineux noirs. Il ne m'a pas été possible de constater dans cette formation la présence d'autres restes organiques que des traces de plantes. Celles-ci sont nombreuses, mais toujours mal conservées. A part des fragments de tiges de cycadées semblables à ceux que j'ai recueillis dans l'Okriba, je n'ai pu trouver que de petits débris qui abondent dans certaines couches entre Mouri et Lentékhi ainsi qu'entre Sori et Oni; j'ai reconnu dans la petite vallée qui aboutit à Sori un banc de lignite. M. Abich a trouvé beaucoup d'empreintes de plantes au Sakéri et il en a signalé aussi dans la vallée de l'Ingour; il y a indiqué en particulier un dépôt formé de tiges et de feuilles comprimées, minces, allongées, à nervures parallèles dont quelques-unes ont 80"" de longueur sur 15"" de largeur.
Les eontournements des couches de cette formation qui se voient très bien le long du cours du Tskhénis-tskhali ainsi que le long de la route de Badcha à l'ouest d'Oni sont très différents de ceux qu'on observe dans les schistes plus anciens voisins de la chaîne centrale. Ces derniers ont été soumis au moment du soulèvement de la chaîne à un refoulement latéral
Bt IdB plis actadts sont le résnltat de grandes voûtes on oombes brisées et dénndées ; les plis dn terrain dont je m^occnpe maintenant sont très nombrenx, petits et à angles aigns (PL I« fig. 1 et 2) ; ils ont été déjetés vers le snd avec une inclinaison pins ou moins rapide.
§ 67. n faut rapporter à la même formation des grès et des marnes qui occupent nne partie des vallées des deux Liakhva, de la Medjouda, du Ksan et de rAn^ra. Ces roches souvent schisteuses y sont bien différentes de celles de la chaîne centrale ; elles n^ont rien de leur aspect luisant et ne présentent pas de texture ardoisière. J*ai trouvé dans leur partie supérieure près d*Âlévi des couches contenant des traces de plantes qu'on ne peut distinguer de celles de la vallée du Tskhénis-tskhali. Les plissements subis par ce terrain sont de même nature que ceux de cette dernière vallée. Leur position stratigraphique est aussi la même. Par suite du renversement des couches du versant sud ils plongent sous les schistes argileux anciens.
§ 68. Toute cette grande formation est pénétrée par des roches éruptives dont un grand nombre sont évidemment contemporaines de leur dépêt et ont exercé une grande influence sur la nature de leurs sédiments. J*ai signalé sur divers points de rOkriba (p. 6) des coulées de mélaphyres alternant avec les schistes, ailleurs des couches brécholdes dans lesquelles les éléments des roches éruptives jouent un rêle important J^ai décrit aussi les nombreuses éruptions de mélaphyre, de diabase, de grunstein, de porphyre pyroxénique qui caractérisent cette région. Ces mêmes roches se retrouvent dans la chaîne qui sépare la vallée du Tskhénis-tskhali de celle du Rion et qui se prolonge à Touest jusque sur les bords de Tlogour (p. 32 et 40). Les roches éruptives qui ont percé le granit dans la vallée de la Dsiroula (p. 16) ont avec celles-ci une grande analogie. L*association des mélaphyres et des diabases dans des terrains sédimentaires de même époque a déjà été re* connue soit en Bohême soit dans le Tyrol méridional K 11 n*est pas sans intérêt de la retrouver aussi dans 1^ /]!aucase. IL Tchermak a constaté aussi la ressemblance des porphyres du Caucase avec ceux du Tyrol (p. 6, 24, 26 et 32). •
§ 69. Versant septentrionaî. Les schistes et les grès du terrain jurassique inférieur sont compris sur le versant nord du Caucase entre les roches cristallines et la chaîne calcaire; ils plongent constamment vers le nord, mais ils sont peu inclinés aux environs de TElbrous où ils occupent une vaste étendue, tandis qu*ils sont beaucoup plus redressés plus à Test. Grftce à la nature de leur roche qui est plus tendre que les roches cristallines et les roches calcaires, ils forment entre elles de profondes dépressiouâ on les rivières provenant de la chaîne centrale reçoivent des affluents latéraux avant de traverser la chaîne calcaire dans des gorges étroites; ils constituent aussi les cols qui séparent ces hautes vallées.
Ce terrain est formé dans le bassin du Kouban de grès contenant des couches de houille et des empreintes de plantes, et commençant à la base par des conglomérats.
' Tcbermak, Porpliyrgwteinc Oeirterreichii, 1809.
conserve encore le mSme caractère an nord de l'Elbrone où il forme le bant plateau de Bechtassin ; il renferme là quelques couches de houille trop faibles pour être exploitables. En avançant au S.E. le caractère de cette formation se modifie et Ton voit sMntercaler dans les grès des couches argileuses, des marnes feuilletées contenant des rognons argilo-ferrugineux et quelquefois pyriteux. A mesure qu*on s*élève dans la formation, les grès disparaissent et finissent par être entièrement remplacés par les marnes ; cela se voit nettement dans le Digori (p. 51). Ces mêmes grès présentent près du village de Ebod dans TAlaguir une petite couche de houille et non loin de là dans le fond du ravin qui coule au-dessous du village de grands fragments de tiges carbonisées (p. 46). Ces fragments me rappelèrent tout à fait ceux que j'avais vus entre Mouri et Lentékhi sur le bord du Tskbénis-tskhali et plus au sud sur le bord du Bien. M. Abich estime cette formation à 800 pieds d'épaisseur dans la vallée d'Escha^ kon au nord de TElbrous. Elle repose là directement sur les roches cristallines ; elle repose sur les micaschistes dans les vallées du Tchéguem et du Baksan, sur le granit et par places sur les schistes argileux dans le Digori et TAlaguir. Elle est surmontée de la grande masse des calcaires jurassiques qui commencent à l'étage callovien ou batbonien.
§ 71. La paléontologie ne nous fournit que des documents peu abondants pour déterminer d'une manière précise l'ftge de cette formation si développée sur les deux versants de la chaîne et qui forme aussi le sol d'une grande partie du Daghestan. M. Abich y signale la présence de fossiles appartenant aux zOnes des A, HumphriesiantiSj Murchisonae et torur lostis et dit avoir trouvé dans les grès alternant avec les marnes schisteuses le Bekmnites unicanalictdatus ; les couches inférieures reposent, diaprés lui. sur les schistes à posidonomyes du lias. Je possède un fragment bien conservé de YAmnumites itumarsenm provenant des environs de Khod dans l'Alaguir, mais que je n'ai pas recueilli moi-même de sorte que je ne sais exactement l'horizon d'où il provient, bien que je sois certain qu^il provient d'une partie de cette puissante formation ; j'ai trouvé dans le Digori, entre Mazker et Ouroukh, une grande Cardinia voisine de la C. giganteoj dans la partie inférieure de ces grès. Plus à l'ouest dans la vallée de Khoulam, M. Abich indique dans des calcaires impurs intercalés au milieu des schistes les fossiles suivants ^ :*
Cardinia, Toiaind de U C. attennata RhynchoneUa rîmoBa Bach, sp.
Pecten coneiu Ooldf. Bhynchondlla tetraedra Sow.
Cette formation est surmontée dans l'Alaguir de calcaires argileux contenant V Ammonites Birkinsoni et quelques* autres fossiles; au nord de l'Elbrous elle est recouverte d'un caleaire oolitique ferrugineux dans lequel M. Abich signale : Trigonia sigriataj Rcten discifonniSf Terebratula impressa^ et M. Fischer * Ammonites Herveyi Sow., OerviUia avicu'
' Âperçn de mes ▼ojagen en Transcaucasie, 1864. ' BnUet. Soc. Natur. de Moscon, 1849, XXII, 214.
hides Sow., Trigonia navis. Ce terrain se prolonge le long dn vertont nord jusque dans le I)agbestan en conservant le même caractère. Il y est ordinairement recoavert par la série des terrains jurassiques supérieurs, mais parfois aussi, suivant M. Abich, directement par le terrain néocomien \ par exemple dans le bassin du £oumouk aux environs d'Ooloutchour. M. Abich signale les Aminonites opalinus, tatricusj Bdrkinsonij tripariitus dans la vallée d'Audi *, les Ammonites Murchisonaey ParMnsani et toridosus au-dessous de Tcherkat, les Ammonites Humphriesiarms^ tatricus et tripartiius ^ dans la vallée du Koum#Qk et V Ammonites Murchisonae ^ dans le massif du Chagdagh.
Cette formation est du même âge que les schistes et les grès de TOkriba qui, dépourvus de restes d*anîmaux marins, ont fourni un nombre assez considérable de plantes communes au lias d'Autriche {Orestener schichtenj et au grès jurassique de Scarborough et de Wfaitby en Angleterre. J'ai déjà indiqué la ressemblance que j'ai trouvé dans les restes de plantes de Khod, de l'Okriba et des bords du Tskhénis-tskhali. M. Abich indique une ressemblance de même nature entre les débris végétaux qu'il a trouvé dans la vaUée de Kboulam et ceux de la vallée de l'Ingour près la gorge de Sountari. Les débris de plantes, le charbon de terre, des schistes bitumineux, des fragments de bois silicifié se trouvent aussi en abondance dans cette formation dans le Daghestan. M. Abich ^ y a décrit divers gisements de houille dans la vallée du Koïsou d'Andi, près de Tcherkat où il indique des couches de charbon de terre épaisses de 0'°,20 à O'^fTO et alternant avec des grès ferrugineux, dans la vallée du Koïsou d'Avarie, dans le Tsounta-Akhvatch, dans le Bogoulal et dans la vallée de Kara-Eoîsou. Bien que la houille soit de bonne qualité dans plusieurs de ces gisements, elle y est en quantité trop faible pour être exploitable ; les bancs sont généralement isolés dans des masses puissantes de grès et ont rarement plus de O^f^O d'épaisseur. Dans le dernier gisement indiqué on voit au-dessus de la houille un grand nombre de troncs d'arbres aplatis, semi-charbonneux, larges de O^.SO et longs de 3" environ. Ce même terrain se continue plus à l'est en conservadt toujours une grande puissance. Il constitue une partie de la vallée du Koumouk et de la chaîne qui sépare celle-ci de celle du Samour. M. Abich a donné une coupe intéressante de la vallée du Eoumouk et d'un gisement de houille qu'il a observé près de Ouloutchour ; les grès de cette vallée renferment des débris de coquilles d'eau douce ; les plantes qu'il y a recueillies ont été soumises à l'examen de M. Gœppert qui les a déterminées de la manière suivante ^ :
' J*ai fait en Grimée la même observation sur les mêmes terrains. ' TbermalqaeUen, 44.
' Eor et Araxe, 91.
* MéL phys. et chim. Ballet Acad. St-Pétersb., 1866, VI, 662.
* Stmctnre et géologie du Daghestan.
* Abhaudl. der Schles. Ges. ftir vaterl. Eoltnr, 1861.
Taeniopteris vittata Brongn. EqaisetiteB Gamingensi? Etting.
Tœniopteris asplenioides Etting. (crassipes Gœpp.), Nilsonia elongata Brongn.
espèce remarquable par la force de sa tige et de Carpolites
sa nenrore médiane. Bois de conifères.
Âlethopteris Whitbjensis Gœpp.
M. Gœppert ajoute que la houille ressemble beaucoup à celle du lias de TAutriche. Malgré ces déterminations, M. Abich a regardé d'abord cette formation recouverte immédiatement par le terrain néocomien, comme formant très probablement le terme inférieur de la formation néocomienne ou appartenant à la période wéaldienne \ Plus tard ^ son opinion se modifia et il la rapporta au terrain oxfordien inférieur. Ce terrain renferme aussi dans le Samour et la partie supérieure du Tabasseran du charbon de terre qui fut même exploité pendant quelque temps pour les bateaux à vapeur de la Mer Caspienne. M. Abich signale encore près de Gounib des argiles bitumineuses, associées à des grès dans lesquels on trouve beaucoup d'empreintes de plantes. Ces roches sont recouvertes de calcaires marneux contenant des anmionites calloviennes et oxfordiennes.
Cette formation puissante qui paraît constituée par des alternances de dépôts d'eau douce et de dépôts marins n'est pas spéciale à la chaîne du Caucase. M. Gœppert ' rapporte au même horizon des plantes fossiles provenant de la chaîne de l'Elbrous en Perse, au S.E. de .la Mer Caspienne. Ces plantes recueillies près du village de Tasch appartiennent aux espèces suivantes :
PterophjUnm cf. Abichianam Gœsp. Camptopteris Nilsonii B.
Nilsonia Sternbergi Gœpp. Zamites distans Ett
Alethopteris Wbitbyensis Gœpp. Asplenites
TiBniopteris yittata Brongn. Equisetites.
M. Eichwald ^ attribue à la même formation les grès jurassiques d'Tzium et de Eamenka décrits antérieurement par MM. Murchison, de Verneuil et Keyserling. Il signale en particulier à Eamenka un grand nombre de plantes fossiles parmi lesquelles se trouvent presque toutes les espèces indiquées à Tkvibouli, à Ouloutchur et en Perse et il rapporte ce terrain à la série jurassique inférieure.
Les schistes et les grès qui constituent la formation la plus ancienne qu'on observe en Crimée présentent une très grande ressemblance avec ceux du Caucase. Leurs couches plongent presque toujours vers le nord, mais ils sont très contournés et brisés. Les couches' de houille
* Vergl. Gnmdzftge, 479.
' Mémoire snr la stmctnre et la géologie da Daghestan, p. 14. ' Gœppert, loc. cit. 1861, 198.
* Lethea Rossica, p. 12 et sniv.
' Rossia and Oorid Moontains, 250.
y sont fréquentes quoique peu puissantes et elles ont été exploitées à diverses reprises; les grès sont en couches minces et leur surface est souvent recouverte d*empreintes de tiges et de feuilles. De puissantes masses de calcaires jurassiques surmontent cette formation tout le long de la côte sud et forment les cimes du Tchatyr-dagh et de la Taïla ; mais dans Tintérieur du pays, on voit en beaucoup de points la formation néocomieûne bien caractérisée et riche en fossiles reposer sur ces grès en discordance de stratification. M. Baily ^ a signalé dans cette formation YAstarte complanata Bœm. et la TerebrahUa numismalis Lam., deux fossiles caractéristiques du lias inférieur et dans des couches supérieures à celles-ci, à Bia- Sala, les Ammonites fimhriatus Sow., A. cf. Requienianus d'Orb., A, cf. jurensis Ziet., Gryphea incurva Sow., Terebratuïa cf. perovaliSy BhyncJwneUa acuta Sow. du lias moyen ; Dubois y indique VAvicula (Monotis) deciissata.
§ 71. Résumé. La stratigraphie ne nous donne que des notions très vagues sur Tépoque à laquelle a commencé le dépôt de cette formation, puisque celle-ci repose en général sur les roches cristallines ou le terrain paléozoîque ; nous savons qu'elle s*est terminée à Tépoque callovienne ou bathonienne. Les espèces de plantes fossiles recueillies dans Tlmérétie, le Daghestan, TElbrous persan, se retrouvent eu Europe dans des gisements d*&ges fort différents qui appartiennent aux formations rhétiques, liasiques et oolitiques (Baireuth en Bavière, Hœr en Scanie, le lias d'Autriche, Scarborough en Angleterre). Qu'il y ait là des confusions d'espèces ou que certaines d'entre elles aient vécu pendant plusieurs périodes géologiques, toujours est-il que tout en circonscrivant l'époque de la formation de ces terrains dans un champ plus limité, les plantes fossiles ne permettent pas de résoudre entièrement la question de l'&ge de ce dépôt. Les restes d'animaux fossiles trouvés dans la Crimée et dans diverses parties du Caucase appartiennent soit au lias soit aux terrains bajocien et bathonien. Il faut donc supposer que la série jurassique s'est continuée avec le même faciès littoral depuis l'époque liasique jusque dans la période oolitique en présentant dans sa partie inférieure une prédominance de ^ès et dans sa partie supérieure une plus grande abondance de marnes. Cette supposition ne semble d'ailleurs présenter aucune difficulté puisque même dans des régions de l'Europe où le lias et l'oolite inférieure sont caractérisées par des faunes marines, la distinction entre ces deux terrains est souvent difficile, quelquefois même impossible à établir.
Peut-être faut-il regarder comme l'équivalent d'une partie de cette puissante formation criméo-caucasienne des schistes et des grès du lias reconnus dans les environs de Mehadia sur le bord du Danube et dans lesquels on a trouvé, avec des restes de plantes, un petit nombre de mollusques. Ce rapprochement qui a déjà été fait par M. Tietze ^ ne pourra être confirmé que quand on aura recueilli de part et d'autre un phis grand nombre de fossiles.
« Baily, Quart. Joum., 1867, XIV, 138.
* Verbandl. der k. k. geol. Reichsanstalt, 1871, 183.
Le terrain jurassique inférieur présente donc dans le Caucase un développement bien plus considérable qu'on ne le supposait. Contrairement à Topinion de Murchison S la mer liasique s'est étendue dans cette région ainsi que dans la Crimée. Il est impossible d'admettre Topinion exprimée d'abord par ce -savant et plue récemment par M. Tchibatchef que dans ces pays, de même que dans le reste de la Bussie d'Europe, la formation jurassique n'est pas représentée par des terrains plus récents que le Coral-rag ni plus anciens que le Kelloway-rock. Mais on n'a encore reconnu dans ces régions non plus qu'en Arménie aucune trace des terrains rbétien et triasique dont les dépôts se sont cependant effectués dans les légions plus orien^dles de la Haute-Asie et de l'Himalala.
Terbain jurassique supbribub
§ 72. Le terrain jurassique supérieur du versant nord du Caucase est une formation essentiellement calcaire ; il constitue une chaîne élevée qui est taillée à pic du cdté du sud et s^abaisse plus ou moins doucement vers le nord dans le plan d'inclinaison des couches (PL I, fig. 1 et 3). Les sommités les plus élevées de cette chaîne se succèdent suivant une ligne presque droite dirigée E.S.E. ; elles correspondent aux cols élevés qui forment la ligne de séparation des eaux des hautes vallées qui s'étendent entre la chaîne calcaire et la chaîne cristalline. Ces bassins qui portent les noms de Digori, Balkar, Bisinghi, etc. n'ont d'antres issues que des cluses étroites et profondes dominées par d'immenses parois de rochers. Au méridien de l'Elbrous, la pente des calcaires jurassiques vers le nord est très faible ; elle ne peut guère s'estimer à plus de 8^; les points culminants sont aussi moins élevés que plus à l'est ; le plus élevé d'entre eux, le Bermamont a 2591" de hauteur. A mesure que cette chaîne s'avance vers l'est, l'inclinaison des couches devient plus rapide, les cimes s'élèvent davantage ; la chaîne se rapproche de la crête centrale ; elle forme ainsi les magnifiques escarpements qui dominent au sud les hautes vallées du Balkar, du Digori, de TAlaguir et les sommités du Kion-Kogh (3423""), du Misour-Dagh, du Kariou-Kogh (3403"), etc.
On trouve dans la partie infériem-e de cette puissante formation des calcaires marneux et ferrugineux de couleur grise et parfois rougeâtre; leur partie supérieure est composée de calcaires gris, compacts, de calcaires doloroitiques et coralliens qui ne présentent aucun indice de stratification sur des bancs de 15 à 30 mètres d'épaisseur et de calcaires blancs, semi-cristallins renfermant des nérinées et de nombreux polypiers. Bien que j'aie parcouru la plupart de ces vallées, la rapidité de mon voyage ne me permit pas de faire une coupe détaillée de cette grande masse de calcaires. Les travaux de M. Abich nous donnent quelques indications sur ce sujet. La meilleure coupe qu'en donne ce savant géologue est prise
^ Russia and Oural Monntains, I, 256, 258.
* Asie mineare. Géologie, 1869 II, 19.
dflDB rAlaguir entre le village de Khod et le col du même nom près du Khod-vtsek (p. 46, fig. 27). Cette coupe est complétée par les observations du même auteur le long de TArdon dans la gorge profonde que traverse ce fleuve, à 10 kilomètres à Test de ce col. Je la résume ici brièvement en indiquant la série des terrains dans Tordre descendant :
Calcaire compact à ptérocères.
Calcaire compact avec Nerinea Bnmtndanaf N. Defrcmceij N. depressa, Diceras sp.
Calcaire marneux avec Oidaria florigemma, C. coronata, Scyphia^ etc.
Oolite ferrugineuse avec Belemnites hastatusj Ammonites Jason^ lunuh,^ alhieta^ etc.
Calcaires impurs des étages bathonien et callovien avec les Ammonites Birkinsoni, Jvr natuSy moûrocephalus^ Ostrea Marshii^ EhynchoneUa varians^ Holectypus deipressus:
J'ai recueilli au Bermamout au sud de TElbroas dans les couches supérieures des fragments de nérinées et un bon échantillon de la Natica hemisphaerica d*Orb.
Cette puissante zone calcaire se continue sans interruption jusque dans le Daghestan; elle y repose presque toujours, d'après M. Abich S en stratification discordante sur les marnes argileuses et les grès du terrain jurassique inférieur ; elle se compose de calcaires compacts, marneux, impurs et sableux, remplis de fossiles (Ammonites coronatus^ canàUcur latuSf Ceromya excenirica), de calcaires à rognons de silex et de calcaires dolomitiques contenant des nérinées et dans lesquels on trouve des couches d'alb&tre et de gypse alternant d^une manière irrégulière avec des bancs de cargneule et de dolomie. Du soufre et du sel sont associés au gypse en quantités plus ou moins considérables. M. Abich indique un gisement important de soufre près de Tcherkat, et des sources salées se trouvent en abondance dans la vallée du Koïsou d'Andi. Cette formation dolomitique qui constitue le terme supérieur du terrain jurassique dans cette contrée se termine souvent à sa partie supérieure par des calcaires pétris de nérinées et de dicérates. Ces terrains ont donc une grande analogie avec ceux qui forment leur prolongement occidental et quoique le gypse n'ait pas été encore reconnu dans cette dernière région, il semble être indiqué par la présence d'une source sulfureuse qui sort des calcaires dolomitiques dans la partie inférieure dans la vallée de TArdon (p. 49).
§ 73. Les calcaires jurassiques sont à peine représentés sur le versant sud du Caucase. Ils recouvrent par places les grès puissamment développés du terrain jurassique inférieur ; on les trouve dans le Radcha dans les environs de Eorta, de Ehirkhoni et de Ehiéti ; les fossiles que M. Abich y a recueillis (p. 42), ne donnent que des renseignements incomplets sur Vàge de cette formation. Les calcaires marneux qui les contiennent renferment une couche assez considérable de gypse très pur. Des lambeaux isolés de calcaire jurassique supérieur se voient dans la vallée de la Boudja près de Eatskhi (p. 14) et dans la vallée de la Tchériméla (p. 18) où ils sont recouverts par le calcaire urgonien et reposent sur les grès jurassiques.
> Mémoire sur la stmctore et la géologie da Daghestan, 5.
§ 74. Le terrain jurassique supérieur de VÂrménie a un faciès très différent de celui qu'il a dans le Caucase proprement dit. Il est formé en partie par des grès qui contiennent des empreintes de plantes et des fossiles marins. M. Abich y a trouvé dans les montagne^ de la Somkhétie près du Ljalvar : NauW/us aganiticus Schl., Ammunites poU/giratus Bein., Trigonia claveUata Park., T. costata Park., Lima rigida Desh., Bscten aolidus Rœm., P. subtextoritM Munst., Spondylus velatus d*Orb.f Terébratuia impressa Bronn, T, lacunosa Schl., T. Usuffarcinata Schl., BhynchoneUa trilobata Munst. ; dans les environs de Dachkésan, au nord du lac Goktcha! les Ammonites afhîeta et A. tortistdcaius et dans la vallée de Bojan près d*Ëlisabethpol de nombreuses empreintes de fougères et des fragments de bois fossile. Ces mêmes roches renferment des restes de plantes dans le Mourovdaghy sur la rive gauche du Terter au sud d'Elisabethpol ; on les trouve sur les bords de TÂraxe entre Ordoubad et Migri près du village de Bénamtchapour où elles contiennent des schistes bitumineux et une couche de houille intercalée dans des grès et des conglomérats. Enfin ce même horizon est représenté aux environs de Choucha dans le Earabagh par des grès qui contiennent des restes de fougères et de conifères, des traces de houille et de nombreux mollusques : Bdemnites caUoiiensis 0pp., Ammonites athleta Pbill., annularis Bein., Erato d*Orb., A. tatricus Pusch, A. tortistdcatus d*Orb., A. canaiiailaius Munst, A. hecticus Hartm., A. stdciferus 0pp., A. Orion 0pp.
Cette formation représente un faciès du terrain jurassique supérieur particulier à cette région et les fossiles qu'elle renferme montrent clairement qu'elle ne doit pas être assimilée, comme le dit M. Âbich \ avec les grès et marnes du terrain jurassique inférieur de la chaîne même du Causase, puisque cette dernière formation est surmontée dans cette chaîne par des calcaires bathonien et callovien. Il n'est pas étonnant que ces deux terrains, déposés dans des conditions semblables, présentent de l'analogie dans la nature de leurs sédiments.
Toutefois ce n'est pas seulement sous cet aspect que le terrain jurassique supérieur est développé en Arménie. M. Abich a reconnu en divers points des calcaires coralliens à nérinées et à dicérates ; il les a signalés en particulier près du monastère de Tatief dans la vallée du Basar-tchaî, dans le Earabakh, aux environs de Choucha et au Trapassar-dagh, et il les a pandlélisés avec des dépôts de même nature qu'il a reconnus dans le massif du Chagdagh. Ils reposent directement dans cette montagne sur les grès du terrain jurassique inférieur et ils sont recouverts par le calcaire urgonien. M. Abich y signale : Nerinea suhpyramidcdiSj N. Carpalhica, N. pseudO'Bruntuntanai N. grandis^ Terébrattda insigniSf Apiocrinites mespiliformis,
§ 75. Il faudra etfcore de nombreuses recherches pour pouvoir établir un parallélisme exact entre les subdivisions des formations jurassiques du Caucase et celles du reste de l'Europe. On peut cependant le fixer dans ses grands traits d'après les notions que nous possédons actuellement. J'ai cherché à le résumer dans le tableau suivant :
* Aperça de mes voyages en Traaaeaiieasie, 62.
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Lias et oolite infôrieure.
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Orte i empreintes de plantes et marnes.
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