‹ chaine du caucaseChapitre 13 sur 23 · SB · texte numérisé non relu

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TERRAINS CRETACES

§ 76. La limite entre les terrains jurassiques et crétacés est souvent difficile à fixer à cause de la ressemblance des roches de ces deux formations et du manque de fossiles dans beaucoup de localités. Cependant sur la plus grande partie du versant nord du Caucase, le terrain néocomien est disposé en retrait sur le terrain jurassique et il occupe les pentes inférieures de la chaîne dont le calcaire jurassique forme les sommités. Dans le Daghestan, M. Abich ^ a remarqué souvent entre ces dépôts une discordance de stratification. Le terrain néocomien repose diiectement sur les grès du terrain jurassique inférieur sur le versant méridional de la chaîne dans TOkriba. Il en est de même dans une partie de la Crimée ^ où ce fait est rendu encore plus frappant par la différence des roches et une discordance complète de stratification.

§ 77. La formation néocomienne, celle des grès verts et celle de la craie sont toutes bien représentées sur le versant nord du Caucase. La coupe détaillée des environs de Kislovodsk que j'ai donnée plus haut (p. 58) peut servir à résumer la nature des terrains crétacés sur presque tout ce versant, mais il faudra encore des recherches paléontologiques détaillées pour arriver à bien connaître la nature des faunes qui en constituent les divers horizons. Le terrain néocomien commence par des calcaires compacts ; ils sont surmontés de calcaires marneux et sableux qui renferment une grande abondance de fossiles ; YOstrea Ckndoni y est très commune. Le terrain urgonien ne présente pas ici le faciès de calcaire à caprotines qui le caractérise sur le versant méridional de la chaîne. Au-dessus vient une puissante masse de grès verts qui recouvre les dernières assises néocomiennes ; elle est en général parcourue par de petites rivières dont le cours est longitudinal ; elle forme sur le bord septentrional de ces vallées de second ordre un escarpement plus ou moins prononcé, couronné par les assises puissantes de la craie blanche. Ce contrefort se voit dans les vallées du Podkoumok, de la Malka, du Baksan et dans toutes celles qui s^étendent plus à l'ouest jusqu^à celle du Térek. Cette formation correspond aux terrains aptien et albien, peut-être même à une partie du terrain cénomanien. Elle est riche en fossiles :

Ammonites crasHicostatus Ammonites Vdllede

Ammonites mamillaris Natica gaultina

Ammonites Bendanti Cardium Baulinianmii

Ammonites Martinii Trigonia alœformis

Ammonites Deshayesi Ostrea aqnila, etc.

* Mémoire sur la strnctare et la géologie da Daghestan, 10.

* Dans les environs de Bi^-sala, le calcaire néocomien repose presque horizontalement sur les tdtee de couchée des grès du lias.

La craie qui surmonte les escarpements du grès vert forme un contrefort élevé parallèle à celui du terrain jurassique ; elle eet constituée par un calcaire blanc jaunâtre^ marneux et schisteux. J*y ai trouvé soit près de Eislovodsk, soit dans TAlaguir, des inocérames parmi lesquels VI. Orispii est très abondant. Elle forme aussi plusieurs des petites montagnes qui sMlèvent dans la steppe aux environs de Piatigorsk, le Machouka, le Djoutski-Gora, etc.

En se prolongeant à Test le terrain crétacé semble perdre une partie de sa puissance et ses couches se redressent de plus en plus. Il se continue avec les mêmes caractères pétrographiques et paléontologiques jusque dans le Daghestan K Le grès vert y est abondant en géodes fossilifères. M. Abich ' a décrit un certain nombre de fossiles de cette région recueillis dans les environs d'Akoucha et particulièrement au Tourtchi-dagh. Il y signale les Ammonites MUeUanus d'Orb., fissiœstatus Phill., Martmii d*Orb., CaMpso d'Orb., DuvàUantis d'Orb., infmidibum d'Orb., Oyprina rostrata Sow., Pmia MuUeti Leym., Hnna Bobinaldina d'Orb., Bhynchondla GHhbsiana Sow., Trigonia alaeformis Park. etc. L'Inoceramus stdcatus y est fréquent. Deux espèces de TheUs qu'il nomme Thetis major et Th. minor forment aussi dans ce terrain des bancs entiers de même que dans les environs de Eislovodsk.

§ 78. Les terrains crétacés inférieurs du versant méridional du Caucase et de TArménie ont été troublés dans leur dépôt par de nombreuses éruptions plutoniques '. Le terrain néocomien est formé de conglomérats, de brèches, de grès de toutes couleurs, de sables plus ou moins. cimentés par des calcaires et contenant des fragments de roches éruptives. U eiÉ dépourvu de fossiles et il est parfois difficile à distinguer des grès jurassiques sur lesquels il repose souvent, n est développé sous cet aspect dans plusieurs vallées du versant sud du Caucase. Les grès néocomiens se voient près de Koutaîs sur les deux rives du Rion et sur le chemin de cette ville à Ouéhti (p. 4); on les traverse en montant au monastère de ce nom. Us constituent une partie de la chaîne du Nakéral (p. 10) et du Sotsaliko.

Le calcaire urgonien joue un rôle considérable dans Torographie du versant sud du Caucase. On le trouve au pied de la chaîne dans les environs de Koutaîs (page 3). n plonge au sud et encaisse le cours de la Krasnoîa - Betchka sur plusieurs kilomètres de longueur. Plus au nord, il forme une longue bande dirigée de Test à Touest présentant un escarpement abrupt du côté du sud, et s^élevant h une hauteur considérable dans les sommités du Ehvtmili (p. 28), du Nakéral (p. 10), du Sotsaliko (p. 14) et du Ehikhanta. Les couches plongent ici vers le nord et sont recouvertes par celles du terrain crétacé supérieur ; mais elles forment dans le Letchkhoum et le Badcha des ondulations qui les font reparaître à plusieurs reprises dans la vallée de la Lidjanoura (p. 29), aux environs de

^ Abioh, Mémoire sur la Btnictare et la géologie du Daghestan. * ZeitBchr. d. d. geol. Gesellch., 1851, III., 15.

' C^est à cette époque qu'il faut rapporter, suivant M. Abieb, un grand nombre des minerais de 1* Arménie.

Nikortsminda (p. 30), de Khotévi etc. Enfin elles se montrent une dernière fois plus an nord en couches verticales en formant avec le terrain de la craie une chaîne qui passe par Mouri (p. 29) et Ehidiskhari (p. 31) et qui est traversée par le Tskhénis-Tskhali et le Rion dans ces deux localités.

La chaîne du Ehvamli et du Nakéral forme le jambage nord d^une voûte crétacée dont les calcaires des environs de Koutaîs forment le jambage sud ; la voûte a été rompue jusqu'aux grès jurassiques. Une seconde voûte succède à celle-ci au nord de Nikortsminda ; puis le calcaire crétacé forme un vallon occupé par les bassins tertiaires du Letchkhoum et du Bas-Radcha (PL I^ fig. 1). Plus à Test, entre le Sotsaliko et Ehreiti, la première voûte existe aussi, mais elle est devenue beaucoup plus étroite ; le calcaire urgouien qui plonge au sud à Ehreîti forme au sud de ce point un plateau sur lequel reposent les couches de la craie et les couches tertiaires ; il réapparaît dans la vallée de la Evirila près du monastère de Gvimi. La chaîne qui s'étend du S.O. au KE. entre Tsoutskhvati et Moukhoura et qui présente à Touest du côté de TOkriba un escarpement urgonien recouvert des couches de la craie (p. 11) iiidique précisément le point où la voûte s'est rétrécie, affaissée et changée en une dépression recouverte par des terrains plus récents.

Le calcaire urgonien se présente tantôt sous Taspect de calcaire cristallin blanc, compact, comme aux environs de Koutaîs, tantôt sous la forme d*un calcaire dolomitique et même d'une véritable dolomie comme au Khvamli, au Nakéral et dans le Radcha. J'y ai trouvé au Sotsaliko et au Nakéral plusieurs moules de gastéropodes (Natica, Chemnitsia) et la Caprotina Lonsr dalii bien caractérisée. M. Âbich y a signalé la Caftotina ammcmia et la Terébratida tamarindtis.

Les terrains uéocomien et urgonien sont aussi développés dans les montagnes Mesques, mais ils sont limités au versant occidental de ces montagnes. Je les ai vus dans la vallée* de la Dsiroula près de Ehounébi, dans celle de la Tchériméla à l'ouest de Bélogor et à Moliti (p. 16, 18). Enfin il faut aussi rapporter au terrain urgonien une zone étroite de calcaires compacts et dolomitiques qui se trouve dans les vallées de Esan, de la Médjouda et de la Liakhva (p. 22, 23, 24) à la limite septentrionale des terrains tertiaires, ainsi que la puissante zone de calcaire corallien blanc qui se voit sur les bords du lac d'Erzo et se prolonge de là au nord de Tsona par le mont Viliouanta du côté du Badcha (p. 25, 27).

Le calcaire urgonien réapparaît dans le Daghestan ; M. Abich ^ l'a signalé dans le massif du Ghag-dagh.

Le terrain aptien est formé de calcaire gris marneux et de marnes plus ou moins compactes généralement riches en fossiles. Je l'ai trouvé bien développé à Eoutaîs et dans le plateau qui sépare Eoutaîs de Gordi où il repose sur le calcaire urgonien. A Tsoutskhvati, ainsi qu'au Nakéral, il m'a paru au contraire intercalé dans les couches mêmes du calcaire urgonien ; dans cette dernière montagne il est recouvert d'un calcaire dolomitique puissant alter-

^ Mél. phys. et chim. BaU. acad. Pétersb. 1866, VI, 663.

nant avec des couches marDeuses et des calcaires blancs cristalliiis. Ces dernières roches contiennent des fossiles mal conservés (natices, turbo, bivalves, petites caprotines, coraux) et quelques petites veines de lignite. Les caprotines sont les mêmes que celles que j*ai trouvées à Motsaméti dans les couches inférieures aux couches aptiennes. M. Abich signale dans cet horizon la Caprotiria ammonia. Le terrain aptien paraît donc uni intimement ici au terrain urgonien, tandis que sur le versant nord il paraît être beaucoup plus lié avec le gault.

Le gault est peu développé sur le versant méridional dans la région que j'ai parcourue. On le trouve dans la vallée de la Tchériméla à moitié chemin entre Moliti et Pona; il est formé de grès vert où Y Ammonites Beudanti et le Bekmnites minimus sont abondants (p. 19) ; peut-être faut-il aussi lui rapporter des couches de grès vert des environs de Nikortsminda (p. 30). Les calcaires fossilifères de Koutaîs contiennent un mélange d'espèces des terrains aptien et albien (p. 4). M. Abich a indiqué sa présence dans le Caucase oriental dans le massif du Chag-dagh \

§ 79. Les divers horizons des terrains crétacés supérieurs présentent dans le Caucase et TArménie une extension considérable.

L'étage sénonien paraît seul bien représenté sur le versant méridional de la chaîne. La partie supérieure des calcaires qui forment la chaîne du mont Lagori qui limite à Test TOkriba doit être classée dans ce terrain (p. 11). Ce sont des calcaires jaunâtres plus ou moins compacts qui renferment le Micraster coranguinum et la Terébratula ohesa. Le plateau qui s'étend à l'est de cette chaîne et le district de Satchkhéri sont occupés en partie par un calcaire de même nature, riche en rognons de silex. D repose ici tantôt en stratification discordante sur le terrain jurassique, tantôt sur le terrain urgonien tantôt sur le granit (p. 16). ' n est également bien développé, d'après M. Abich, dans les chaînes extérieures du Caucase à l'ouest de Koutaîs.

Les couches de la craie constituent aussi une partie du sol du Badcha et du Letchkhoum. Reposant directement sur le calcaire urgonien, elles ont pris part aux dislocations de ce calcaire et revêtent en partie le versant nord de la chaîne du Ehvamli, du Nakéral et du Sotsaliko (p. 28 et suiv.). Le Bion les traverse une première fois à Ehidiskhari, puis il coule dans une vallée longitudinale formée par les ondulations de leurs couches et il les traverse de nouveau au*dessous de Saîermi. J'ai trouvé au-dessus de Lakhéna Vlnoceramtis CHpsii.

Tandis que les terrains crétacés inférieurs paraissent avoir été limités à l'est par les montagnes Mesques, la mer sénonienne recouvrait ces montagnes dont les deux versants sont occupés par ses dépôts. A l'ouest les couches de la craie avec YJjtanchytes ovata et Vltuh ceramus Cfipsii reposent sur les terrains crétacés inférieurs ; à l'est ils reposent directement sur le granit et présentent une grande abondance de fossiles (p. 19). On ne retrouve pas

' Zeitschrift d. geoL Gesellsch., 1851, III, 15.

les dépôts de la craie à Test de ce point dans la partie centrale du Gaacase, mais M. Âbich les a signalés dans le Daghestan, au Chag-dagh ^ où il a recueilli près de Textrémité dn principal glacier de cette montagne la BélemniteUa mticronata.

§ 80. En Annénie les terrains crétacés supérieurs reposent tantôt sur les formations crétacées plus anciennes tantôt en stratification discordante ou transgressive sur les terrains secondaires ou paléozoîques. L'étage cénomanien est formé de calcaires marneux dans lesquels M. Abich indique YAmmmites Bhotomagensisj des orbitolites, et quelques autres fossiles. Le terrain turonien rappelle sous beaucoup de rapports les couches de Gosau des Alpes orientales ; il est formé de conglomérats, de couches sableuses et argileuses et contient des radistes et des actéonelles ; ces couches sont puissantes dans le Karabagh et sur le plateau du Trapassar-dagh ; les calcaires des environs d'Ordoubad * dans la vallée do TAraxe abondent en ActeoneUaf Turritella^ Omphalia et Chemitzia. Le même faciès se retrouve aux environs d'Erivan et M. Abich ' y signale toute une série d'espèces qui se trouvent en Europe soit dans les couches de Gosau soit dans les grès d'Uchaux dans le midi de la France. Le terrain sénonien est bien représenté dans les montagnes de la Trialethie, de la Somkhétie et dans la série de montagnes qui bordent au nord le plateau aiménien ; on le retrouve dans la vallée de TAraxe ; partout il est caractérisé par des inocérames (Itioceramtis Cripsii et L Cuvierijf VAnanchytes ovaixt, le Micraster corangidniim. M. Tchihatcheff* Ta reconnu dans le Pont en Asie Mineure et il y indique Ostrea vesicularis, Inoceramics Latnarkiif L Oripsii (regularis d'OrbJ, Anatichytes ovafa. M. Abich ^ décrit une coupe prise près d'Alikulikent dans laquelle la série crétacée supérieure est représentée d'une manière très complète par ses trois étages.

Le faciès à rndistes du terrain turonien fait défaut à la chaîne du Caucase. Il paraît cependant s'être étendu jusqu'au bassin de la Mingrélie ; car M. Abich eu signale la présence aux environs de Koutaïs où il a recueilli des Hippurites et des Badiolites ^.

Les dépôts sénoniens se continuent à l'est de la Mer Caspienne ^ et s'y font également reconnaître par une grande abondance de fossiles, Belemnitdla mucranataj Ostrea vesictdariSf Terebratula camea, T, semiglobosaj Ananchytes ovata.

§ 81. Voici, en résumé, les subdivisions ® qu'on peut reconnaître dans les terrains crétacés du Caucase.

* Ma phys. et chim., Bullet. Acad. Pétersb. 1866, VI, 654.

■ Abich, Yergleich. Grandz., 484.

■ Vergleich. Gnmdz., 484.

* Asie mineare, Paléontologie, 1866, p. 91 et sniv.

* QooL Beobacht. zwischen Knr et Araxes, 1867, p. 30.

* Aperça de mes voyages en Transcaacasie en 1864, 20.

' Abich, Beitr. znr Paleont. d. Asiat. Bussl., 1859, p. 588.

® La division générale de terrains crétacés infériewr et supérieur indiqnée dans ce tableaa est relative à la division adoptée dans la carte (PI. II).

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