BUD
Tsanner
2015 mètres
Adich
Ealdé
Tchkharr
Rion
Tchamtchakis-isvéri StéDantsmindâ (Kasbc
Chag-dagh 3196 >
§ 94. L'absence de lacs sur les deux versants de la chaîne, en particulier stir le versant nord où les glaciers se sont étendus sur divei's points jusqu'à la plaine est assurément un fait digne de remarque et fournit un argument qui a bien sa valeur contre la tléorie du creusement des bassins lacustres par les glaciers. Ceux-ci se développaient en effet sur un terrain très favorable à Térosion et Ton ne peut invoquer ici l'argument dont s'est seni dernièrement M. Gastaldi ^ pour expliquer l'absence des lacs sur une partie du versant méridional des Alpes, savoir que les anciens glaciers descendaient dans cette région dans des vallées formées en grande partie de pierres vertes^ serpentines, euphotides, etc., trop dures pour être attaquées par eux tandis que les lacs existent abondamment sur le versant nord où les glaciers s'écoulaient au milieu d'un terrain plus tendre. En effet, les roches des deux versants du Caucase ont les plus grands rapports au point de vue de la dureté et des éléments qui les composent avec celles du versant nord des Alpes.
§ 95. Le manque de terrain glaciaire dans les chaînes extérieures du versant sud du Caucase m'a empêché de fixer d'une manière précise l'époque du dépôt des grandes masses de cailloux roulés qui occupent la partie inférieure des vallées du Ksan et de l'Aragra et qui se prolongent à l'est dans celles de TAlassan et de la Jora. Dubois de Montpéreux les regardait comme tertiaires et comme les équivalents des couches de grès et des molasses qui fornlent la chaîne de Gori à Mtskhet. Je les crois plutôt d^époqae quaternaire ; ils sont probablement contemporains des grands dépôts de cailloux roulés de l'Arménie qui sont antérieurs aux éruptions volcaniques dans cette région et peut-être même plus récents
arbres sur le versant snd est dans la Soaanétie et le Radcha de 2224™, sur le mont Morekha de 2174"; celle des pins sur le versant nord de 2155" ; celle des bouleaux de 2562". M. Badde fixe la limite d« U végétation arborescente dans la Souanétie à 2316". Je regrette de ne pouvoir indiquer la hauteur à laqwl^^ se terminent les glaciefs du Dikh-sou, de Bisinghi et d*Adonl qui sont parmi les plus granda et les plu beaux du Caucase. Ne pouvant emporter avec moi un baromètre à mercure, j'avais pria un baromètre mrolde que j'ai réglé avec beaucoup de soin à Tobservatoire de Tiflis et avec lequel j*ai fait un nombre considérable d'observations ; mais en redescendant de ces régions élevées, Tinstrument n'est pas revenu à wn point de départ, et mes observations n'ont pas eu une exactitude suffisante. * Âtti, Âcad. 6c Torino, 1873, VIII.
Un grand lao intérieur était compris à Tépoque quaternaire entre les collines qni longent au nord les rives du Eour et les derniers contreforts de la chaîne même du Caucase ^ ; son existence a ét^ constatée en premier lieu par Dubois et j*en ai parlé plus haut (p. 21, âg. 11).
Des terrasses élevées se voient dans la plupart des vallées que j^ai parcourues et particulièrement dans celles du versant sud. Je les ai signalées dans celles du Ksan, de la Medjouda, de la Liakhva (p. 23). On les trouve sur différents points du cours du Bion en face d'Oui dans le Radcba et un peu plus haut sur la rive droite de ce fleuve (p. 41); des dépôts analogues et d^une épaisseur considérable, se voient sur la rive gauche du fleuve audessous de Tembouchure de la Djedjora le long des escarpements que dominent Korta et Tchkméri. J'ai déciit aussi les érosions et les dépôts diluviens du Rion aux environs de Eoutaïs (p. 3) et dans la plaine de la Mingrélie (p. 2). Cette plaine est entièrement recouverte par les alluvions de ce fleuve et de ses affluents; les éléments qui composent ces alluvions vont en diminuant continuellement de grosseur du pied des montagnes dans la direction de la mer de sorte qu'aux environs d'Orpiri, on ne trouve plus de cailloux roulés, mais seulement un sable fln et argileux qui s'étend jusqu'à la mer, où le Rion continue encore aujourd'hui ses dépôts en formant une barre dangereuse pour les navigateurs. La nature de ce terrain, la présence de ce cordon littoral, la formation du lac Paléostome, grande lagune aujourd'hui séparée de la mer et alimentée par un bras du Rion, rappellent d'une manière fmppante la formation du delta alluvien du Rhône et de la plaine de la Camargue.
§ 96. Le Tchernoï-sjem ou terre noire recouvre une partie des pentes septentrionales des derniers contreforts du Caucase, de la steppe au nord de la chaîne, du plateau de Stavropol et de celui qui sépare les eaux du Térek de celles de la Sunja. Il en a été fait de nombreuses analyses qui ont donné en moyenne les résultats suivants :
Humus, substances organiques sèches, à la base 5^/^ pour cent.
» dans les couches supérieures * 10 à 10*/» —
Silice et silicates 69V« à 71 —
Ammoniaque, potasse, soude 4^/s —
Acide phosphorique ^,'2 —
Ce sont ces derniers éléments qui, combinés avec l'abondance des pluies et la température élevée de l'été donnent à ce sol sa grande fertilité. L'étude microscopique montre que cette terre ne contient pas de formes organiques marines, animales ou végétales ; on n'y voit aucune trace de tissus de plantes, mais une grande abondance de Phytolitaires. Le Tchernoi-sjem recouvre environ un tiers de la Russie d'Europe ; son origine a longtemps intrigué
' Une tradition rattachée par lea habitants dn pays au souvenir de la reine Thainar raconte qne tout ce paya n'était anciennement qa*an grand lac aa milieu duquel s^élevait le rocher qui porte a^jourd*hui le château de Gori.
' Le Tchernol-sjera du gouvernement de Poltava contient même 7 a 9% d'humus dans les couches inférieures, 13 à 177o dans les couches supérieures.
les naturalistes. 11 ne peut être un dépôt marin puisqu^on n'y trouve aucune trace marine; des faits nombreux s'opposent à ce qu'il soit produit par le dessèchement et la décomposition de tourbières. M. Buprecht ^ a écarté successivement ces théories ; il admet que ce sol provient de la végétation herbeuse qui a duré pendant un grand nombre de siècles ; il montre que la terre gazonneuse est en fait l'équivalent du Tchemoî-sjem, soit par ses caractères extérieures, soit par sa composition chimique et microscopique. « L'absence des polythalaires, des polycistinées, des bacillaires marins, des coquilles marines et d'eau douce, la diminution des Phytolitaires de l'humus et de la couleur noire dans la profondeur, la faible quantité de matières organiques du sol relativement à la silice et aux autres éléments inorganiques, la présence de cette terre sur des plateaux arrondis et sur le dos des collines et des montanes, la distribution inégale et son absence sur de grands espaces, son absence fréquente le long des cours d'eau d'origine récente et sa faible quantité près de la Mer Noire, du Danube à Kherson, son absence dans la steppe ponto-caspieune, c'est-à-dire sur des sables mouvants où une couverture gazonnée ne se forme que difficilement, sa présence sur les dernières collines de l'Oural et du Caucase bien au-dessus des dépôts de la même terre voisins de ceux-ci, le niveau inégal des autres points où ce sol s'est formé, son passage à la terre gazonnée, la destruction complète de la structure végétale jusqu'aux Phytolitaires, des taches d'un noir de houille et plusieurs autres phénomènes sont tous expliqués par ce mode de formation et confirment chacun isolément et tous ensemble cette explication de l'origine du Tchernoï-sjem. » Cette singulière formation présente au nord une limite tranchée qui coiTCspond précisément avec la limite méridionale de la mer qui couvrait le nord de la Russie à l'époque quaternaire. Aucun des blocs erratiques arrivés par les glaces flottantes sur le bord méridional de cette mer ne repose sur le Tchernoï-sjem. Dans le sud de la Bussie, les limites de cette même formation indiquent nettement les espaces laissés libres par la mer Caspienne à cette même époque, t Le Jchernoi-sjem, dit M. Barbot de Marny *,
ne s'étend jamais sur la formation Caspienne ; il est très utile pour déterminer les
limites de l'étendue de cette formation. »
Note complémentaire. J'ai indiqué à diverses reprises que la structure des deux versants de la chaîne présente dé grandes différences. Je désire revenir en peu de mots sur ce sujet pour réunir quelques remarques disséminées dans ce travail. Sur le versant nord de l'axe cristallin les formations mésozoïques et cénozoîques se sont déposées d'une manière régulière et forment aujourd'hui une série de couches plongeant vers le nord ^ disposées en retrait les
» Ballet, de TAcad. de St-Pétersbourg, 1864, VII, 424; 1866, IX, 482.
' BeschreibuDg der Àstrakanschen oder Ealmucken-Steppe, 1863, p. 98.
' Je ne connais que deux exceptions à cette disposition ; Tune dans la vallée dn Tchéguem où des calcaires jurassiques supérieurs reposent directement sur le micaschiste ; Vautre aux environs de Piatigorsk et du cône de porphyre trachjtique du Bechtaoa où des récifs de la craie surgissent au milieu des terrains tertiaire et quaternaire de la steppe. Je ne parle pas ici de deux petites ondulations du grès jurassique et du calcaire néocomien dans la vallée de l'Ardou et dans celle du Nsëkan-sou.
unes sur les autres de sorte qu^on trouve successivement en s' éloignant de la chaîne centrale les zones des terrains jurassiques inférieur et supérieur, du néocomien, du grès vert, de la craie et du tertiaire. Ce versant lié géologiquement à la Russie continentale n'a subi depuis le commencement de Tépoque jurassique que des oscillations lentes du sol qui ont influé sur ses dépôts sans accidenter son relief et le soulèvement qui a porté les dépôts à la hauteur à laquelle ils sont aujourd'hui. Le revers méridional de Taxe cristallin, beaucoup plus pé* nétré par des roches éruptives et voisin du plateau arménien, a été soumis à des oscillations, des plissements et des fractures qui ont donné aux dépôts sédimentaires une grande irrégularité. Je ne puis entrer ici dans les détails de cette structure qui ont été exposés plus haut ; je me contenterai d^en signaler un ou deux caractères, déjà indiqués du reste en partie par M. Âbich : 1 ® le plongement presque général des couches antérieures au terrain crétacé vers le nord, dû probablement à la même cause dans les chaînes extérieures que dans la chaîne centrale où les schistes argileux plongent sous les schistes cristallins et ceux-ci sous le granit; 2^ la présence de plusieurs gi-andes failles ; Tune d'elles, à laquelle est due la disparition presque complète des roches calcaires à Test des Montagnes Mesques, se reconnaît dans les vallées de TÂragva, du Ksan, de la Medjouda, de la Liakhva et dans le haut de celle de la Kvirila ; une autre se voit dans les vallées du Rion et du Tskhénis-tskhali entre Khidiskhari et Moui'i. Ces faits montrent que la région qui s'étend au sud de Taxe cristallin a été soumise à des actions bien différentes de celles qui ont agi au nord de cet axe. De grandes dislocations du sol marquées par ces failles ont été produites probablement par des affaissements survenus parallèlement à la chaîne cristalline, affaissements qui ont aussi occasionné la disparition presque complète des schistes cristallins et le plongement des couches vers le nord. Ce plongement presque constant dans le terrain jurassique n'a pas affecté les calcaires néocomiens et les couches qui leur sont supérieures ce qui prouve que ces grandes dislocations ont eu lieu avant leur dépôt. Ces derniers terrains présentent des voûtes qui ne sont déjetées d'aucun côté, mais ils ont été également soumis à d'importantes fractures. Les plissements des couches miocènes du bassin du Radcha et la hauteur à laquelle ces couches ont été portées sur le revers méridional indiquent que le dernier soulèvement de la chaîne a été le résultat d'actions au moins aussi énergiques que celles qui ont agi antérieurement sur son relief.
Les éruptions volcaniques du Caucase dont les plus importantes eurent lieu à la fin de l'époque tertiaire n'ont exercé que des actions tout-à-fait locales sur le soulèvement de la chaîne. Prenant comme exemple les plus considérables d'entre elles, nous voyons que l'Elbrous a surgi au milieu des roches cristallines là où la partie occidentale du Caucase atteint sa plus gi'ande largeur et où les formations sédimentaires sont le moins soulevées tandis que le Easbek s'est développé au point de contact des roches cristallines et des schistes argileux au point où la chaîne est le plus resserrée et les dépôts sédimentaires les plus redressés.