INTRODUCTION
Ce travail est le résultat de deux voyages que j'ai faits dans le Caucase pendant les étés de 1868 et de 1871. Le premier ne m'a fourni que peu de résultats; parti avec M. Charles Martins qui avait bien voulu m'autoriser à m'associer à lui, je continai seul ce voyage entrepris et organisé à la bâte, le savant naturaliste français étant tombé malade à Trébizonde. Mon séjour dans le Caucase fut court et je fus fréquemment arrêté par les difficultés que je rencontrai sur ma route. Je publiai à mon retour une notice sur les glaciers de cette chaîne * ; les observations que j'avais recueillies sur d'autres sujets étaient trop disséminées pour pouvoir donner lieu à un travail un peu complet. C'est donc dans mon dernier voyage qu'ont été recueillis la plupart des matériaux utilisés dans ce mémoire.
Je débarquai à Poti vers le milieu d'avril. Je me rendis d'abord à Koutaîs, puis à Tiflis pour me procurer un interprète, des chevaux, les cartes, les papiers et les divers objets nécessaires à une longue expédition dans les montagnes.. Un vaste champ d'exploration s'offrait à moi. Je ne pouvais, en un été, visiter la chaîne sur toute sa longueur ; je pensai donc que le meilleur moyen d'utiliser mon temps était de me limiter à une région que je chercherais à visiter en détail. Je choisis dans ce but la contrée représentée sur la cai*te jointe à cet ouvrage ' ; elle est comprise entre la steppe au nord, les plaines de la Mingrélie et de la Géorgie qui séparent au sud le Caucase proprement dit du petit Caucase et des montagnes de l'Arménie, le méridien de l'Elbrous à l'ouest et la route de Géorgie à l'est. La figure ci-jointe (fig. 1) indique l'espace qu'elle occupe sur l'isthme caucasien. C'est dans cette région que la chaîne atteint sa plus grande hauteur. J'espérais donc y trouver comme un abrégé de la géologie de l'ensemble du Caucase et le développement le plus complet des diverses formations; je pensais aussi que cette région devait être celle dans laquelle les paysages alpestres atteignent leur plus grande beauté. J'étais de plus attiré par l'espoir de pouvoir visiter la Souanétie, l'une des vallées les plus sauvages et les moins connues du Caucase,
^ Archives des sciences phys. etnatur., 1869.
' Pour donner ane mesure comparatiye de retendue de cette région dans un pays connu, je dirai qu'elle équivaut à peu près a Tespace compris en Suisse et dans les pays environnants entre Fribourg en Brisgau et Lugano du nord au sud, et entre Tverdon et Coire de Fouest à Test.
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1 Her Moire. î Um Cupieune. 3 Kouma.
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les hautes vallées du versant nord et l'Elbroas jusqu'au pied duquel j'avais été dans mon voyage précédeut. Je parcourus les vallées du versant méridional, celles du Ksan, de la Medjouda, des deux Liakhva, de la Kvirila, du Bion, do Tskhénis-tskhali et la Sonauétie qui occupe le haut de la vallée de l'Ingour. Puis je passai sur le versant nord de la chaîne par le col du Mamison et je visitai successivement les vallées de l'Ardou, de l'Onroukb, du Tchérek, du Tchéguém et du Bahsan. J'allai de là à Piatigorsk et à Kislovodak, localités connues par leurs eaus minérales. Une fièvre violente m'erapêeha d'arriver à l'Elbrous et je dus revenir en poste h Vladicavcas et de là à Tiflis par la grande route de Géorgie. Je fia encore plusieurs courses dans la partie inférieure des vallées du versant sud avant de me rembarquer à Poti pour la Grimée où je passai quelques semaines. Tel fut, à grands traits, mon voyage.
Ayant le désir d'acquérir une idée générale de la structure de la chaîne, j'ai parcouru des espaces considérables, visité un grand nombre de vallées et j'ai dû par conséquent voyager rapidement. Barement j'avais l'occasion de revenir deux fois dans la mêiue localité et de contrôler ainsi mes propres observations. Les nécessités du voyage me forçaient souvent à passer sur des points où j'aurais voulu pouvoir m'arréter, tandis que je perdais ailleurs, dans des localités moins intéressantes, un temps précieux à des préparatifs compliqués par les embarras de tous genres qui s'attachent à ce genre d'eipéditiona. Si l'on ajoute à cela la difficulté de faite des observations géologiques lorsqu'on voyage à cheval, de transporter des collections dans un pays de montagnes, d'obtenir des renseignements de populations indifférentes ou même hostiles et dont les langues m'étaient étrangères, la nécessité fréquente oiî
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j'étais de marcher malgré les brouillards et la pluie, enfin le fait que je me trouvais dans une contrée sur laquelle je n'avais encore que fort peu de données, ou comprendra que ce travail ne peut être, en aucune façon, un travail complet.
Dans une première partie j'ai cherché à grouper mes observations suivant un ordre qui est à peu près celui de Titinéraire que j'ai suivi. Cette partie à laquelle la carte est un complément indispensable sera, j'espère, de quelque utilité aux naturalistes qui entreprendront de voyager dans ces régions. Elle leur fournira des points de repères positifs comme bases de leurs observations et les indications qui y sont contenues leur permettront d'arriver plus vite et plus juste aux points importants. J'ai résumé dans une seconde partie ces observations en suivant l'ordre des formations géologiques et en les complétant par des renseignement tirés des ouvrages de M. Abich.
Les travaux sur la géologie du Caucase sont peu nombreux. Il faut signaler en première ligne les recherches de Dubois de Montpéreux ^ : pendant son séjour au Caucase, Dubois s'occupa d'une grande variété de sujets, et son voyage accorde une part encore plus considérable à l'histoire, à l'étnographie et à l'archéologie qu'à la géologie ; il voyagea d'ailleurs à une époque où l'intérieur de la chaîne était presque inabordable, de sorte qu'il ne put y pénétrer que par la route de Géorgie, ouverte aux Eusses depuis la fin du siècle dernier ; on lui doit malgré cela de précieuses observations consignées soit dans son Voyage autour du Caucase * soit dans des notes publiées dans le Bulletin de la société géologique de France ^. Les cartes contenues dans la Géologie de la Russie par MM. Murchison, de Yerneuil et Keyserling, et dans l'ouvrage de Hommaire de Hell sur les steppes de la mer Caspienne, ainsi que la carte de l'Europe de Dumont et celle du Caucase par Koch contiennent toutes de nombreuses erreurs géologiques sur cette chaîne. Aucun de ces naturalistes n'a du reste exploré perso nellement cette région. Les principales recherches sur le Caucase sont dues à M. Abich qui a consigné dans diverses publications ^ une somme considérable d'observations
^ On trouve en outre quelques renseignements géologiques dans des ouvrages plus anciens : dans le voyage d'Engelhard et Parrot. Koléruitt^ Die Gletscherlawine am Kasbek. Bull. Class. phys. math. St-Pétersbourg, 1843, II. KupfeTy Voyage dans les environs du Mont Elbrous dans le Caucase en 1829, etc. Plus récemment M. Gœppert a publié une note sur les plantes fossiles du Caucase : Abhandl. schles. Gesellsch. fur vaterlàndische Kultur, IStil, 189. Bulletin phys. math. Acad. St-Pétersbourg, 1861, III, 292. Quart. Journal of the geol. Soc. 1862, XVIII, 17.
* Voyage autour du Caucase et en Crimée. 1839-1843. 6 vol. et un atlas.