‹ chaine du caucaseChapitre 4 sur 23 · APERÇU OROGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU OROGRAPHIQUE

Les vallées de TÂragva et du Térek parcourues par la route militaire qui réunit le midi de la Russie aux provinces transcaucasiennes partagent le Caucase en deux régions distinctes, occidentale et orientale. La première qui commence à la presqu'île de Taman par des collines peu marquées, prend en avançant au S.E., des dimensions de plus en plus considérables ; elle atteint son maximum de largeur au méridien de l'Elbrous, puis elle diminue jusqu'à la vallée du Térek. Plus à l'est, la chaîne s'élargit de nouveau pour former la région montagneuse du Daghestan. Les proportions relatives du versant nord de la chaîne au méridien du Easbek, à celui de l'Elbrous et dans le Daghestan sont de 1 : 2 : 2,5.

La hauteur de la chaîne ne suit pas la même progression; bien qu'elle atteigne des dimensions considérables dans quelques cimes couvertes de neiges éternelles, la hauteur des montagnes du Daghestan n'est pas comparable à celle de la région occidentale. Je signalerai dans cette région les sommités suivantes :

Elbrous 5646 mètres Tépli 4422 mètres

Kochtan-taou 5211 » Sirkhoubarson 4155 »

Dykh-taou 4158 » Guimaraï-Khogh 4785 >

Adaï-khogh 4646 » Kasbek 5045 >

et je pourrais en indiquer encore plusieurs, TOuchba, le Tetnould, etc. qui ont des dimensions analogues mais qui ne sont pas encore connues. La chaîne centrale ne présente sur une longueur de 200 kilomètres entre l'Elbrous et le Kasbek qu'un seul col, celui du Maraison (2862") qui soit inférieur à 3000 mètres.

La structure orographique des deux versants du Caucase est très différente et dépend intimement de la structure géologique. Celle du versant nord est très simple. De l'Elbrous à l'Adaï-Khogh les roches cristallines forment la crête centrale et de hautes vallées profondément encaissées. La chaîne présente de nombreuses ramifications vers le nord dont la prin- • cipale est comprise entre les deux sources du Tchérek et forme les cimes du Kochtan-taou et du Dykh-taou. Cette haute région est très favorable ^ développement des glaciers. A l'est de l'Adaï-Khogh, les roches cristallines ne se voient plus que sur le versant nord où elles constituent une haute chaîne coupée par de profondes vallées, mais qui présente encore des sommités de plus de 4000 mètres. La ligne de partage des eaux passe à une chaîne de schistes argileux située plus au sud. Une série de formations sédimentaires qui plongent régulièrement vers le nord s'appuie contre la zone cristalline. Leurs têtes de couches redressées vers le sud forment plusieurs chaînes ou contreforts successifs, d'autant moins élevés qi^'on s'éloigne de la chaîne centrale ; le plus élevé d'entre eux, le seul qui mérite sur toute sa longueur le nom de chaîne est celui des calcaires jurassiques, séparé des roches cristallines par une zone de schistes et de grès. Très élevé dans sa partie occidentale où ses sommités dépassent en plusieurs points 3000 mètres (Kariou-Khogh 3403", Mysour-dagh, Kion-Khogh 3423") il s'abaisse en avançant à l'ouest où une de ses cimes les plus élevées, le Bermamout ne compte plus que 2591 mètres. Cette chaîne présente du côté sud un escarpement vertical qui rappelle celui de la Gemmi dans le Valais, et qui se prolonge dans la partie où je l'ai visitée sur plus de 200 kilomètres de longueur. Elle s'abaisse assez rapidement vers le nord dans la partie orientale où elle est étroite, mais dans la partie occidentale elle forme de grands plateaux inclinés en pente douce et couverts de riches pâturages. Des gorges étroites et profondes par lesquelles s'écoulent les eaux de la chaîne centrale la coupent en plusieurs points ; celles du Tchérek et du Tchéguem sont de beaucoup les plus imposantes. Les contreforts suivants, constitués chacun par des formations géologiques différentes, sont peu importants au point de vue orographique. Le relief des calcaires néocomiens qui succèdent directement aux calcaires jurassiques est peu marqué. Les calcaires marneux de la craie forment un nouvel escarpement qui surmonte les couches tendres des grès verts et qui devient de plus en plus saillant à mesure qu'il avance vers l'ouest, de manière à former au nord de Eislovodsk une chaîne de plusieurs centaines de mètres de hauteur. A cette chaîne crétacée succèdent les collines tertiaires qui forment la limite méridionale de la steppe.

Par suite de cette structure uniforme les vallées du versant nord comprise entre l'Ardon et le Kouban, celles de l'Ouroukh, du Térek, du Tchéguem, du Baksan ont uûe grande ressemblance entre elles; les cours d'eau prennent naissance dans une région élevée, aride et sauvage, formée par les roches cristallines. Us parcourent ensuite de hautes vallées creusées

dans des marnes et des grès et semées de nombreux villages ; puis ils traversent dans une gorge étroite la chaîne calcaire, pénètrent dans une région inhabitée couverte de forêts magnifiques et d'immenses pâturages, puis débouchent dans la steppe où ils se réunissent au Térek ; ce fleuve après être sorti de la chaîne même du Caucase traverse une gorge tertiaire, reçoit de nombreux affluents, puis tourne à Test du côté de la mer Caspienne. L'Elbrous, la plus haute cime du Caucase, et le Kasbek qui est la troisième en hauteur, sont tous deux situés sur le versant nord de la chaîne, le premier au milieu de la zone des roches cristallines, le second au sud de cette zone. Un cône de porphyre trachytique, le Bechtaou, entouré de quelques récifs crétacés, apparaît aux environs de Piatigorsk au milieu des terrains tertiaires et quaternaires de la steppe.

La structure du versant méridional est plus compliquée. De grandes failles ont bouleversé la chaîne, des roches éruptives ont surgi de tous côtés ; les formations sont contournées et plongent généralement vers le nord. La chaîne centrale cristalline forme jusqu'à l'Adaï-Khogh une haute barrière qui ne présente de ce côté aucune ramification et qui est par conséquent beaucoup moins propice au développement des glaciers que les grands massifs montagneux du versant nord. Une chaîne élevée de' schistes argileux s'en détache au Pasimta et sépare la vallée de l'Ingour de celle du Tskhénis-tskhali ; elle forme en se dirigeant de l'est à l'ouest les sommités du Dadiach, du Latpari, du Lakouri, du Liaîla etc., et porte des neiges éternelles et un certain nombre de glaciers de second ordre. A l'est de l'Adaï-Khogh la chaîne de schistes argileux, qui forme la ligne de partage des eaux, présente les sommités du Khalatsa, du Sikari, du Broutsabséli, et dans leur intervalle une série de cols élevés, le Mamison (2862'"), le col de Sikari (3017"*), celui de Roki à Tinat au nord du Broutsabséli (3030°) et le col de la Croix (2413°) par où passe la route de Géorgie. Cette chaîne se prolonge à l'ouest par le Dolomis-tsvéri, le Choda (3391") et la chaîne qui sépare la partie supérieure du cours du Tskhénis-tskhali de celui du Kion; elle forme les sommités du Tchitkarou-mta, du Leilackka, du Kokal et se continue à l'ouest du premier de ces fleuves par les cimes du Sakéri, de l'Omiach et de l'Ouroulach qui domine les bords de l'Ingour.

Une série de hauteurs sépare le bassin de la Mer Noire de celui de la Mer Caspienne. La ligne de partage des eaux est formée par le Mont Morekha qui se détache du Sikari et se prolonge au S.O. par les montagnes des environs d'Ertso, le Mont Roustavi, le Péranga, le Lokhoni (1924"'), et la chaîne peu élevée des montagnes de Sourara ou montagnes Mesques qui s'abaissent au col de Souram à 919" pour se joindre au sud aux premiers contreforts des montagnes de l'Arménie. Je dirai successivement quelques mots de l'orographie de ces deux régions en commençant par le bassin de la Caspienne.

Le Eour qui débouche à la gorge de Borjom dans les plaines de la Géorgie suit de l'ouest à l'est le pied septentrional des montagnes de l'Arménie et reçoit sur sa rive gauche un grand nombre d'affluents dont deux seulement proviennent de la chaîne centrale, la Liakhva et l'Aragva. Le Ksan, qui est après eux la rivière la plus considérable descend du haut plateau volcanique de^ Kély qui forme un des contreforts méridionaux de la chaîne. Toute cette

vm

région est caractérisée par Tabsence presque complète de roches calcaires ; aussi n'y trouve-t-on pas non plus de chaînes régulières. Formée de schistes argileux et de grès, elle est découpée en massifs plus ou moins considérables par les nombreuses rivières qui en découlent et diminue de hauteur en s'éloignant de la chaîne centrale. Elle est limitée au sud par les plaines de la Gartalinie. Plus au sud encore ou trouve entre Gori et Mtskhet une chaîne de collines tertiaires que ces rivières traversent sur plusieurs points et au sud desquelles coule le Kour. Les roches calcaires sont au contraire bien développées dans la partie occidentale occupée par le Rion et ses affluents. Une chaîne de calcaires secondaires redressés marque la limite méridionale de la grande zone de schistes argileux et sépare la partie supérieure de la vallée du Kion ou Haut-Radcha et la partie supérieure de celle du Tskhénis-tskhali de leur partie inférieure. Ces calcaires plongent sous les dépôts tertiaires du Letchkhoum et du Badcha pour se relever plus au sud dans les chaînes du Khvamli, du Nakéral et du Sotsaliko dont les escarpements dominent au sud le bassin de TOkriba et la vallée de la Evirila. Le premier de ceux-ci est limité au sud par les calcaires des environs de Koutaïs et du mont Lagon qui présentent au nord leur têtes de couches, reste d'une voûte rompue dont la chaîne du Nakéral forme Tautre flanc et s'abaissent au sud sous les terrains tertiaires et quaternaires. Dans le bassin de la Kvirila, ce flanc méridional de la voûte est représenté par la chaîne de Khreïti à Satchkhéri dont les couches plongent au sud sous les terrains tertiaires de la vallée de la Kvirila et se relèvent faiblement contre les roches granitiques des montagnes de Souram qui sont parcourues dans leur longueur par la vallée de la Dsiroula. Les principaux cours d'eaux de cette région sont l'Ingour qui dans sa partie supérieure (Haute-Souanétie) coule parallèlement à la chaîne centrale , le Tskhénis-tskhali qui coule d'abord du nord au sud puis de l'E. à l'O. pour reprendre enfin une direction N.S. et se réunir au Rion ; le Rion qui recueille dans sa partie supérieure les eaux de la chaîne centrale, du Pasirata au Sikari, traverse la gorge calcaire de Khidiskhari, devient longitudinal dans le Bas-Radcha, puis tourne brusquement au sud et débouche dans la plaine de la Mingrélie où il reçoit la {[virila et le Tskhénis-tskhali avant de se jeter à la mer à Poti ; la Kvirila qui prend ses sources loin de la chaîne centrale au milieu des roches calcaires de Tsona et de Ertso, reçoit les eaux des grands massifs du Tagvéroula, du Sirkh-léberta, du Péranga, traverse le riche bassin tertiaire des environs de Satchkhéri en recueillant les eaux des montagnes Mesques, la Dsiroula et la Tchériméla, et débouche dans la plaine de l'Imérétie où elle va se réunir au Rion.

PSËMIÉBE PARTIE

Page 1