‹ Chair molleChapitre 4 sur 13 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

elle pleure, mais ses douleurs ne sont pas plus profondes que ses joies; ses sens sont endormis, puis s'éveillent, la brûlent, puis se calment; elle aime, elle est lâchée, elle aime encore; elle trompe, sans plaisir, pour rien ; se promettant de n'être plus à personne, elle se vend à tous. Et à travers cette inconsistance, ce manque de suite, ces sautes d'humeur et de caractère, pendant que son cœur reste vague et que son esprit vide fait tic-tac comme un coucou de trois francs cinquante, il arrive que, sans grands mots, sans grandes aventures, sans trémolos à l'orchestre, Lucie Thirache nous poigne étrangement. Elle nous intéresse, comme la vie, la vie prise sur le fait; même elle nous instruit, et bien plus immédiatement que si l'auteur lui avait prêté " l'âme choisie" que sont censés avoir les duchesses, les critiques de la Revue des Deux Mondes^ les normaliens.

Même, à la fin, l'empoigne de cette réalité est telle, qu'on en arrive à s'accomoder du dada anti-granmiatical, qui a poussé le jeune écrivain ù désosser un certain nombre de ses phrases. Ne disais-je jias qu'on se fait à tout ? A la longue, ces volontaires dislocations et appauvrissements, en harmonie avec le sujet, prennent du caractère. Allez- j, alors! Ne vous refusez plus rien, les très jeunes ! Forcez la syntaxe, fouaillez la grammaire, faites éclater le dictionnaire. Soit ! si c'est là votre façon de rendre nerveusement la vie. — Et encore ? Non ! Lorsqu'on a le bonheur

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