Chairs profanes
»es lampyres par l'herbe éveillent sous mes pas >es clartés que l'Etoile angélique n'a pas ; t tout un pan de ciel adorable s'incline
ers la masse fleurie et sombre des halliers, )ù je vois, aux accents de la Flûte apriline, es Sexes s'irruer comme autant de béliers.
IDYLLES A Henry Gauthier VUlars
Après l'échange des caresses, tous les deux Se sont endormis là, dans les avoines folles, Leur lèvre, frêle fleur d'amour, ouverte aux molles Tiédeurs qu'épanche un ciel adorable autour d'eux.
Tout se tait ; seuls, au loin dans les pâtis herbeux, Où les coquelicots, émus de vents frivoles, Piquent la pourpre éclatante de leurs corolles, Quelques gémissements longtemps trainés de bœufs.
Mais voici que Chloé rouvre les yeux et. douce, Parmi le soleil dont l'or igné l'éclaboussé. S'accoude sur Daphnis léger qui rêve encor,
Le contemple un moment dans sa gloire d'éphèbe. Toute nue. au milieu des fruits mûrs de la glèbe Et l'éveille d'un long baiser sur ses cils û'or.
Le royal tambour fier comme aux parades Dans son bel uniforme à galons blancs Le cœur très tendre, assassine d'œillades La Pomponnette en falbalas galants.
Elle dont la jupe est rose et la joue Emue un peu, par feinte, n'a pas l'air De voir le jeune homme qui fait la roue Frisant sa moustache d'un geste fier,
Et va toujours vers un but équivoque Les cils baissés dans l'herbe, n'osant pas Se tourner vers lamour qu'elle provoque Tout embarrassée en ses falbalas.
Mais le soir qui vient se fait le complice Du tambour dont la lèvre s'enhardit A des compliments et l'œil en coulisse De la belle n'y met pas discrédit.
« Pour qui cette rose à votre corsage « Piquée à l'endroit, non pas sans desseins. « Voluptueuse et fraîche, mais, je gage, « Moins rose que la pointe de vos seins? »
Elle rougit d'abord puis s'apprivoise, Prend un bras de bonne grâce tendu Et tous les deux sans plus se chercher noise Suivent galamment le sentier perdu
Jusqu'à de doux ombrages de tonnelles, Vraiment charmantes, en cette saison D'herbe rajeunie et de fleurs nouvelles. Sous le ciel heureux de leur floraison.
Un air lustré sautille, éclabousse les branches, Embrase les taillis d'un flamboiement de feu. Et s'éparpille au ras des vives nappes blanches Où le ciel se reflète implacablement bleu.
De partout la clarté roule par avalanches Et les éphèbes grecs, tout haletants des jeux, Prèsd'un ruisseau d'eau vive où dorment des pervenches Vont humer la fraîcheur d'un silence ombrageux.
Ils mirent, dépouillés, dans le cristal de l'onde La fraîche nudité de leur jeunesse blonde, Folâtres, dans la foi naïve d'être seuls.
Tandis que Pan, gardien des grottes et des chênes, Compare leur poitrine aux blancheurs des troènes Et rit caché derrière un rideau de glaïeuls.
Echappée à l'œil des gens, Philis, la blonde aux yeux fous.
Par les sentiers obligeants Trouve Hylas au rendez-vous.
Aux lèvres qu'elle a vermeilles Le galant qui l'aime, vite, Comme aux tleurs font les abeilles Follement se précipite.
Puis pour un très doux babil Sous le ciel tendre, un long temps, Un bouquet d'arbres, subtil, Prête son ombre aux amants.
Le berger fouille les grâces Tant que ses mains doivent-elles A la fm, se trouver lasses Du saccasTc des dentelles.
Livrant ses roses, ses lis, Belle, aux bras de son vainqueur Comme une folle, Philis, En riait de tout son cœur.
Enfin juste la fatigue
— Voyez combien opportune ! —
A point dénoua l'intrigue
Au jour levant de la lune.
Dans la campagne où l'Heure éclatante et vermeille Projette l'ombre des hauts peupliers frileux, Non loin des champs de blés doucement onduleux Que la pourpre des coquelicots ensoleille,
Un Faune, où se suspend un gai décor de treille. Rit dans sa barbe marmoréenne aux aveux Que, nue, et dans l'or épars de ses longs cheveux. La jeune Amaryllis lui confie à l'oreille.
Excepté qu'un peu d'eau fait un frissonnement Sur la mousse, rien ne remue à ce moment ; C'est Midi, sa langueur torpide avec ses fièvres.
Et la belle qui vient d'avouer son amour Saisissant avec ses deux bras le Faune, autour Du cou, tout en riant, se renverse à ses lèvres.