CINQUIÈME LEÇON
Chaleur rayonnante. — Réflexion et absorption de la chaleur rayonnante.
Vous savez que ma dernière leçon s'est terminée par une expérience qui n'a pas réussi, et qui avait pour objet la congélation de l'eau par la neige d'acide carbonique, au sein d'un creuset incandescent. Comme je n'aime pas les expériences manquées, je vais reprendre celle-ci, et, s'il est possible, la mener à bonne fin. Voici une certaine quantité de cette belle neige d'acide carbonique, que j'introduirai dans ce creuset chauffé au rouge. J'y verserai ensuite de l'éther, et dans le mélange je placerai cette boule creuse de cuivre qui contient de l'eau. Je procède à l'opération ; cette neige d'acide carbonique me brûle la main, tant elle est froide. L'éther est maintenant bouillant. La boule est très-froide, et je ne doute pas que l'eau n'y soit déjà à l'état de glace. Je n'ai pas l'habitude de faire cette expérience sur d'aussi petites quantités, mais je ne crains, pas de dire que nous réussirons en dépit de tous les obstacles. (Après un court intervalle, la" congélation de l'eau est opérée). N'admirezvous pas cette merveille? Voilà de l'eau qui s'est convertie en glace au sein d'un creuset incandescent !
J'ai ici du mercure et j'en introduis un peu dans cette capsule. J'ose affirmer que je vais solidifier ce mercure avec notre neige d'acide carbonique. Voilà déjà l'opération faite, et vous voyez ce que vous n'aviez jamais vu jusqu'à ce jour. Vous connaissiez le métal liquide qu'on nomme le mercure; maintenant le voilà solide comme un morceau de plomb, congelé par l'acide carbonique. Cette solidification exige un froid beaucoup plus intense que celui qui suffirait à solidifier l'eau. Je puis le battre sur un enclume, ou le couper avec un couteau. Mais au bout d'un instant il reprend l'état liquide. Si je tiens suspendu dans de l'eau un fragment de mercure solide, il se liquéfie et tombe au fond du vase ; mais chaque goutte de mercure qui tombe produit une stalactite de glace. Voyez, le mercure gelé est /ondu par l'eau. Cette eau cependant est froide; mais, relativement au mercure, elle est chaude, et le mercure est assez froid pour la glacer aussitôt qu'il la touche.
Le meilleur des hommes et le plus excellent des enfants de ce monde sont sujets à tomber et à faillir. Mais lorsque quelqu'un tombe, la grande question qu'il doit se poser est celle-ci : Combien de temps resterai-je à terre? Oui, chaque enfant fait de temps en temps des chutes, mais son devoir est de faire immédiatement tous ses efforts pour se relever. Nous avons fait une chute aussi nous, nous avons failli dans l'expérience de ma dernière leçon; mais cinq minutes ne s'étaient pas écoulées après la séance que mon assistant était à l'œuvre dans le laboratoire pour réparer cet insuccès, et vous venez de voir qu'il a réussi.
Passons maintenant à une partie de notre sujet tout à fait différente. J'ai cherché à vous donner une idée plus ou moins parfaite de l'agent qu'on nomme chaleur. Je me suis efforcé de le peindre en quelque sorte pour que vous puissiez vous le représenter par la pensée ou l'imagination.
.- Si vous prenez un corps chaud et que vous le placiez dans l'air, .vous trouverez qu'il se refroidit graduellement. S'il a été chauffé jusqu'au rouge, son éclat lumineux sa dissipe d'abord, et bientôt il n'en reste rien. L'objet continue à devenir de moins en moins chaud, et finit par devenir aussi froid que l'air environnant. Or, cette chaleur du corps chauffé était un mouvement particulier de ses molécules, et en se refroidissant il n'a fait que céder son mouvement. Mais à quel autre corps cède-t-il son mouvement, lorsque vous l'avez placé dans l'air? Eh bien, me direz-vous, il le cède à l'air. Cela est vrai : et lorsque je tenais la barre de fer chaud en face de l'écran, vous avez vu les particules d'air échauffées par la barre former comme une effluve qui montait dans les couches dair situées au-dessus; ainsi donc, nul doute à cet égard, c'est à l'air environnant que le corps chaud cède sa chaleur. Mais, si vous placez le corps dans un lieu où il n'y ait pas d'air, dans le vide, il se refroidit encore. Or, il faudra cette fois que votre imagination fasse quelques efforts pour arriver à comprendre comment un corps qui se refroidit dans le vide, cède, perd ou transmet au dehors la chaleur qu'il possédait.» J'aime à croire que beaucoup parmi vous savent comment le son se propage dans l'air, comment le bruit de ma.voix, transmis par l'air, donne à chacun de vous la sensation des mots que je prononce. J'ai souvent regardé le fond de la bouche des personnes qui .parlaient, j'ai observé les cordes vocales ou tendons mis en vibration dans l'acte de parler ou de chanter. Ces cordes impriment à l'air des tremblements qui se propagent dans ce fluide, exactement comme le mouvement se propage par des vagues à la surface de l'eau quand on y jette une pierre. Il en est de même lorsque je passe cet archet de vio-* Ion sur ce diapason, vous entendez le beau son qui se produit. Je puis voir réellement le diapason vibrer lorsque je
l'examine de près, et vous pouvez entendre les pulsations auxquelles donnent naissance ces chocs contre la carte que je tiens à la main. Toute la fonction du diapason est de faire vibrer ou frémir l'air, et ces frémissements ou vibrations de l'air, transmises à l'oreille sont la cause du son. Le diapason communique son mouvement à l'air qui l'entoure de toutes parts. Par cela même ses vibrations deviennent de moins en moins intenses, et le son devient de plus en plus faible. Or, cet affaiblissement est tout à fait analogue au refroidissement d'un corps chaud. Ce corps chaud transmet son mouvement à ce qu'on appelle Yéther, et l'éther le communique à son tour aux corps de l'univers qui flottent dans son sein et qu'il pénètre. L'oreille humaine est un des plus merveilleux organes qu'il y ait dans le monde. Je me dis même souvent que l'ouïe est un sens plus parfait encore que le sens de la vue. C'est par l'office de ce merveilleux organe que vous entendez distinctement chacun des mots émis par ma voix; mais il ne vous montre pas comment et quand cette communication de mouvement s'opère. Je vais vous faire voir quelque chose qui vous l'apprendra. Au lieu de l'oreille, je prends une flamme qui nous donnera, j'en suis sûr, un bon résultat. Peut-être qu'un de mes jeunes auditeurs consentira à converser avec éette flamme. Chaque vibration qui partira de ses lèvres et arrivera à la flamme lui communiquera un mouvement, et la fera danser d'une façon singulière. Cette danse de la flamme est une preuve frappante du mouvement que le son produit dans l'air. Cette sensibilité des flammes fut découverte par le professeur Leconte, aux États-Unis. Elle a été étudiée en Angleterre par M. Barrett et par moi. Quelque chose passe dans l'air et éteint la flamme lorsque vous lui parlez : ce sont les vibrations communiquées à l'air qui causent leur agitation. Revenons maintenant au refroidissement des corps. Un
corps qui se refroidit peut être assimilé à un corps rendant un son qui va sans cesse s'affaiblissant. Le corps, par son refroidissement, transmet son mouvement, non pas à l'air, mais à ce milieu merveilleux appelé l'éther. Le mouvement communiqué à l'air pourrait se nommer le rayonnement du son; lorsqu'il est communiqué à l'éther, c'est le rayonnement de la chaleur. Pour mettre en évidence cette radiation, nous aurons recours à ce bel instrument .que vous connaissez déjà, la pile thermo-électrique. Je vais faire communiquer les extrémités de ces ûls avec la pile, et en observant notre aiguille aimantée nous saurons si la pile est chauffée ou refroidie. Je voudrais pouvoir disposer d'une de ces chaudes joues d'enfant que je vois. Chacune d'elles est un corps qui rayonne, non de la lumière, mais de la chaleur. (Le professeur fait choix dans son auditoire d'un jeune enfant et le fait venir près de lui.) Ce peut ami va nous servir de corps rayonnant.
Je vais d'abord refroidir la pile en tournant sa face vers la région vide et froide de l'amphithéâtre; et j'amènerai ensuite l'aiguille au repos, au moyen de cet aimant. C'est la pile qui en ce moment rayonne, et l'aiguille en descendant accuse son refroidissement. Le moment est venu d'extraire de la chaleur de la joue de mon petit poêle vivant. Il n'est pas nécessaire qu'elle touche la pile. L'effet que j'attends sera dû uniquement au rayonnement de la chaleur de sa joue, et je me hasarde à dire que si elle ne se ressent pas trop du froid de la saison, l'aiguille montera et parcourra un arc de 90 degrés. Voici, en effet, l'aiguille qui marche en vertu de la chaleur rayonnée par la joue. Je vais diriger de nouveau la face de la pile vers la région, qui est pour cette salle une sorte de région polaire, pour lui faire perdre une fois encore la chaleur qu'elle vient de recevoir. La chaleur qui a produit cet effet sur la pile est la oha-
leur rayonnante dont je vais m'occuper pendant le reste de cette séance.
Il s'agit d'abord de vous faire voir que les divers corps possèdent à des degrés très-différents la faculté de rayonner de la chaleur. La joue de mon petit ami la possédait à un degré admirable. Mais il est d'autres corps qui sont, au contraire, très-peu rayonnants. Pour le démontrer, je ferai appel à ce cube en cuivre (fig. 23). Ses trois faces latérales
Fig. 23.
sont recouvertes de velours : la première de velours blanc, la seconde de velours écarlate, la troisième de velours noir; la quatrième face latérale garde la surface nue du métal. Je veux vous montrer très-clairement que ces quatre faces ont des pouvoirs rayonnants très-inégaux. Pour y parvenir, je vais remplir le cube d'eau bouillante. Les quatre faces latérales s'échaufferont également parleur contact avec l'eau; chaudes, je les laisserai rayonner en toute liberté, et j'essayerai l'un après l'autre leurs pouvoirs rayonnants sur la pile thermo-électrique. Je suis certain que nous observe-
rons des différences très-sensibles. Je commence par amener l'aiguille à zéro, en tournant la face de la pile du côté opposé à l'auditoire, j'installe maintenant le cube sur ce petit support, près de la pile, et vous pourriez avant tout constater avec moi que la face métallique nue est plus chaude extérieurement que les faces recouvertes de velours. Pour acquérir cette conviction, il vous suffirait de toucher simplement du doigt les quatre faces du cube» Et cependant, je suis sûr que le velours produira plus d'effet sur la pile que la face métallique. Celle-ci, comme vous le voyez, ne produit pas un très-grand déplacement de l'aiguille. Je tourne le cube de manière à mettre le velours en face de la pile, et vous voyez l'aiguille monter bien au-dessus de la position qu'elle occupait, quand c'était la face métallique qui la regardait. Je tourne le cube et je ramène la face métallique devant la pile; l'aiguille redescend, et lorsqu'elle est à son point le plus bas, dès que je dirige vers la pile la face recouverte de velours noir, elle remonte tout aussitôt. Vous voyez donc que le velours rayonne plus de chaleur que le métal. Et de ce fait nous tirons une conséquence que bien peu d'enfants auraient prévue. Si, après avoir rempli d'eau bouillante deux vases clos, l'un enveloppé d'une flanelle épaisse,l'autre dont les parois métalliques sont à nu, nous les laissons en repos jusqu'à la fin de la séance, et si après la leçon nous plongeons dans les deux vases un thermomètre qui nous indique leur température, quel sera, croyez-vous, le vase dont l'eau sera la plus froide.
Plusieurs auditeurs : Le vase de métal.
Le professeur : Vous n'avez pas bien compris l'expérience que j'ai faite sur le cube. Votre conclusion peut sembler la plus naturelle; mais rappelez- vous que la quantité de chaleur émise par la face couverte du cube £tait plus grande que la quantité émise par la face découverte ou nue. Le
rase enveloppé de flanelle a donc perdu par rayonnement plus de chaleur que le vase métallique nu; et il doit en résulter qu'à la fin de la séance l'eau du vase enveloppé sera plus froide de deux ou trois degrés que l'eau du vase découvert; c'est ce qui a lieu en effet. Toutefois, pour que cette différence existe à l'avantage du premier vase, il faut que la flanelle soit en contact intime avec sa surface ; de telle sorte que la chaleur passe librement et immédiatement du vase dans la flanelle. Si la flanelle ne pressait pas la surface, le résultat serait différent, et l'enveloppe aurait pour effet de conserver la chaleur. C'est la raison pour laquelle les dames quidésirentque l'infusion de leur théière reste très-chaude, la recouvrent d'une sorte de bonnet de nuit, qu'elles appellent cozey , en prenant bien soin que ce cozey soit simplement posé sur la surface de la théière et non serré contre elle. S'il était appliqué de trop près, il serait plutôt nuisible qu'utile. S'il y a un certain intervalle entre les deux surfaces, la surface enveloppée rayonne vers la surface enveloppe, mais celle-ci intercepte les rayons et les empêche de se dissiper au dehors.
J'ai dit qu'on trouve de grandes différences entre les diverses substances, sous le rapport de leurs pouvoirs de rayonner la chaleur : certains corps sont de bons rayonnants, d'autres de mauvais rayonnants. Tous les métaux rayonnent mal. J'ai maintenant à vous expliquer un autre fait en rapport intime avec le rayonnement. J'espère que vous comprendrez l'expérience qui aura pour objet de le démontrer. Voici une surface métallique qui rayonne mal. Si l'on en formait un vase et qu'on le remplît d'eau chaude, ce vase perdrait par rayonnement beaucoup moins de chaleur que cet autre dont la surface est recouverte de noir de fumée. Dans le vase recouvert de noir de fumée, l'eau chaude t se refroidirait beaucoup plus vite que dans le vasede fer-blanc
à parois nues. Gela posé, apprenez que les divers corps ont aussi des pouvoirs différents d'absorber ou de boire la chaleur rayonnante qui vient frapper leur surface* et qu'en règle générale, un corps bon rayonnant est aussi un corps bon absorbant. Ces deux actions sont réciproques Tune de l'autre. Pour rendre cette loi manifeste à tous les yeux, je vais recourir à un certain artifice; car le physicien, qui a sans cesse dans ses investigations à interroger en quelque sorte la nature, ne peut le plus souvent obtenir la réponse qu'il attend que par des tours de main d'expériences. Je vais donc demander à la nature devant vous laquelle de ces deux surfaces de fer-blanc MN, OP, placées en face un corps chaud, absorbe ou prend le plus vite, le plus abondamment, la chaleur qu'il leur envoie par rayonnement; laquelle, en un mot, est de fait le meilleur absorbant. Vous saisirez parfaitement le petit * artifice que je vais employer dans cette expérience si vous vouiez bien m'accorder quelque peu d'attention. Un élève n'apprend rien, ou ne comprend rien d'un sujet quelconque sans concentrer* sur lui son attention ; et si, plus tard, vous ne revenez pas sur l'objet de ces leçons pour y réfléchir et les méditer, si vous ne faites aucune lecture se rapportant au même sujet, tout ce que je vous aurai dit s'effacera de votre mémoire ou n'y laissera que de trèsfaibles impressions. En réalité mes leçons ne peuvent guère servir qu'à vous donner le premier élan, qu'à vous inspirer un peu de goût pour la science. Je n'espère pas beaucoup de ces leçons publiques. J'aimerais mieux voir dix ou douze élèves de votre âge opérer avec moi dans un laboratoire que de discourir magistralement comme je le fais au milieu de vous. Ces leçons ont cependant leur bon côté, à la condition que vous en ferez plus tard le sujet de sérieuses réflexions.
Voici deux feuilles. de fer-blanc, l'une couverte de noir de
fumée, l'autre découverte ou nue,MN et OP (fig. 24). Je lés mets en face Tune de l'autre, et je pose ee support exactement au milieu de l'intervalle qui les sépare. Puis, je vais demander à un petit sorcier, à un petit conteur, laquelle de ces deux plaques sera chauffée. Supposez que je chauffe celle-ci. Observez bien ce que fera l'aiguille magnétique. Je la chauffe simplement en y appliquant un de mes doigts. L'extrémité rouge de l'aiguille s'approche de moi. Il ne peut pas entrer dans mon plan de vous expliquer le pouvoir merveilleux qui met l'aiguille en mouvement. Il vous suffit de
Fig. 24.
savoir que c'est un courant électrique, et que ce courant ,est produit par l'union des deux métaux qui forment la pile thermo-électrique. Dès que mon doigt touche la plaque, vous
voyez se produire une déviation de l'aiguille. Dès que je retire mon doigt, l'aiguille revient à zéro. Vous voilà maintenant en état de savoir quelle est celle des deux surfaces qui absorbe le plus facilement la chaleur. L'aiguille ne restera à zéro qu'autant que les deux surfaces seront exactement à la même température. Que l'une d'elles devienne un peu plus chaude que l'autre et l'aiguille s'écarte de zéro, voilà par quel moyen nous allons reconnaître celle, des plaques qui absorbent le plus la chaleur rayonnante. Mon préparateur m'apporte cette boule de cuivre chauffée jusqu'au rouge. Vous voyez qu'elle rayonne sa chaleur comme un corps lumineux. rayonne sa lumière. (La boule de cuivre chauffée au rouge est placée sur le support, au milieu de l'intervalle entre les deux plaques de fer-blanc, l'une nue, l'autre couverte de noir de fumée. (Au bout de quelques secondes, l'aiguille commence à se déplacer dans le sens indiquant que la surface recouverte de noir de fumée est la plus chaude.). Il est donc prouvé que la plaque; qui a le mieux ou le plus absorbé la chaleur, est la plaque couverte de noir de fumée, c'est-à-dire précisément celle qui rayonnait le plus en chaleur. Si nous expérimentions de la même manière sur diverses substances, nous constaterions qu'elles diffèrent beaucoup entre elles au point de vue du pouvoir absorbant.
Il est vraiment surprenant qu'une cause, en apparence insignifiante, puisse ainsi empêcher l'absorption de la chaleur rayonnante. Je suis heureux de pouvoir mettre sous vos yeux à ce sujet une pièce très-instructive : c'est une plaque fraîchement peinte à l'huile; elle est couverte sur une partie de sa surface de feuilles d'or, et quoique ces feuilles d'or soient infiniment minces, elles ont suffi à défendre la tfirface peinte qu'elles recouvrent de l'action de la chaleur rayonnante ; cette portion est restée intacte, tandis
que les parties découvertes sont toutes parsemées de boursouflures. Là où les feuilles d'or existaient, elles ont emfcèché l'absorption de la chaleur et l'altération de la peinture, effet de cette absorption.
Fig. 25.
Voici une feuille de papier enduite sur une de ses faces d'iodure de mercure, substance qui se décolore sous l'action de la chaleur. Sur' l'autre face sont dessinés certains dessins, formés par l'application sur le papier d'une couche mince de métal. Je place ce papier horizontalement, i'iodure de mercure en-dessous, et je tiens au-dessus- de la face supérieure une spatule fortement chauffée , qui rayonnera de la chaleur vers cette surface. Partout où le papier est protégé par la mince couche de métal, les rayons de chaleur seront repoussés ; mais là où le papier est resté à découvert, la chaleur sera absorbée ; elle pénétrera jusqu'à I'iodure de mercure de l'autre face , et détruira sa couleur. Vous ^rrez que de cette manière nous obtiendrons sur la face inférieure "du papier une reproduction parfaite des dessins de la face supérieure : la couleur rouge de I'iodure de mercure se se^a conservée sous les parties que recouvre le métal, pa*ce cpie la surface métallique renvoie la chaleur, comme le futëaieùt
les feuilles d'or dans l'expérience précédente. (L'expérience a été faite, et elle a pleinement réussi.)
Le rayonnement de la chaleur suit les mêmes lois que le rayonnement de la lumière ; les rayons de chaleur se réfléchissent de la même manière que les rayons lumineux; nous le démontrerons sans peine à l'aide de notre belle pile thermo-électrique. Mais je ferai d'abord une expérience qui
Fig. 26.
gravera dans vos esprits la loi de la réflexion de la lumière , elle est très-simple , et j'espère que vous la trouverez concluante. Mon préparateur, conformément âmes instructions, place devant vous un miroir G G (fig. 26). Je dirige sur ce miroir un rayon de lumière de notre lampe électrique. Ce rayon, rencontrant le miroir au point a (fig. 27) , sera renvoyé dans une certaine direction. Quelle est cette direction? Elle est telle que le rayon réfléchi fa fasse à gauche avec la ligne ai perpendiculaire au miroir le même angle que fait à droite avec cette perpendiculaire le rayon direct a e. L'angle
compris entre le rayon direct ea et la perpendiculaire se nomme l'angle d'incidence, et il est indiqué par la lettre g dans la figure ; l'angle h compris entre le rayon réfléchi et
Fig. 27.
la perpendiculaire est Yangle de réflexion ; la loi commune à la lumière et à la chaleur est que Yangle de réflexion h est égal à Vangle d'incidence q. Si ce que je tous dis est exact, yous trouverez que le rayon réfléchi s'écarte autant de la perpendiculaire , vers la droite , que le rayon direct vers la gauche. J'ai maintenant à prouver qu'il en est de même à l'égard des rayons de chaleur, et je me bornerai à le démontrer par une expérience assez grossière. Je prends cette plaque d'étain, qui réfléchit la chaleur, et je la tiens de telle sorte que la chaleur rayonnante reçue et réfléchie par elle, suivant la loi énoncée, aille tomber sur la face de la pile. Je ne doute pas que cette chaleur réfléchie échauffe la pile, et que , par conséquent , l'aiguille marche en venant vers moi. Yous le voyez , la chaleur rayonnante suit dans sa réflexion la même loi que la lumière.
Je voulais encore faire deux ou trois expériences, toujours avec l'aide si efficace de notre pile thermo -électrique. Mais je remarque que l'aiguille ne se meut pas assez librement, bien que la pile pour son compte fasse son devoir. Je me vois donc réduit à vous dire verbalement ce que cette ai-
guille nous aurait dit par ses déplacements si elle avait été mieux disposée. Je voulais faire appel à sa voix pour remplacer la mienne, mais elle est devenue muette. Je tenais à vous montrer expérimentalement que cet agent appelé chaleur rayonnante ne traverse pas avec une égale facilité les diverses espèces de corps. J'aurais d'abord comparé le passage de la chaleur dans le verre avec son passage dans d'autres substances. Voici, d'une part, un morceau de verre brut ; de l'autre , une substance très-belle ; quoique de nature très-commune , elle est plus précieuse pour moi que le diamant, le premier cependant des bijoux. Cette substance est le sel dè'roche. Il laissera les rayons de chaleur passer librement à travers sa substance, tandis que le verre les arrêtera complètement. Les liquides nous offrent des différences analogues. Voici deux liquides, l'un appelé bisulfure de carbone, l'autre bien connu de tous, l'eau. Si je remplissais deux flacons, l'un de bisulfure de carbone, l'autre d'eau, je pourrais constater que le bisulfure de carbone se laisse traverser librement par la chaleur rayonnante, tandis que l'eau ne la transmet pas du tout. L'eau est en effet un des corps les plus opaques que l'on connaisse, relativement à la chaleur, en exceptant toutefois la chaleur lumineuse ou incandescente. C'est un corps parfaitement opaque à tous les rayons calorifiques qui émanent, par exemple, d'un va*A pisin d'eau bouillante, ou de tout autre corps chauffé à va certain degré, ou des joues du jeune physicien qui m'a prêté son agréable concours au début de cette séance. Lors de l'incendie dû théâtre de Sa Majesté , la chaleur venait frapper les vitres des fenêtres d'une salle de club située en face, et comme le verre ne la laissait pas passer, elle échauffa les vitres qui bientôt éclatèrent. Si elles avaient été formées de sel de roche, la chaleur les aurait traversées, et elles seraient demeurées parfaitement froides, quelque itt-
tense qu'eût pu être l'effluve de chaleur rayonnante. Si nous en avons le temps dans notre prochaine séance, je vous montrerai qu'on peut faire bouillir de l'eau avec des rayons de chaleur qui ont traversé du bisulfure de carbone, sans que le bisulfure lui-même soit mis en ébullition, bien qu'il bouille à une température moins élevée que l'eau.
J'ai donc établi que les différents corps, solides ou liquides, sont très-inégalement perméables aux rayons de chaleur. Or, les substances qui absorbent la chaleur, au lieu de lui livrer passage, deviennent chaudes par cette absorption. La glace est un corps extrêmement opaque aux rayons caloriques , et qui laisse passer assez librement les rayons lumineux. Je vais placer un morceau de glace sur le trajet d'un rayon émis par notre lampe électrique, rayon à la fois de lumière et de chaleur. La glace arrêtera la plus grande partie de la chaleur, et cette chaleur arrêtée élèvera sa température. Mais la température de la glace ne peut s'élever au-dessus de 0° cent, sans qu'elle fonde ; la chaleur logée dans la glace aura donc pour effet de la liquéfier. Cette liquéfaction aura lieu à l'intérieur, et je tiens à vous montrer tout ce qu'il y a de beau, d'admirable dans cette substance que vous foulez aux pieds tout l'hiver, sans même soupçonner les merveilles de sa structure intime.
Le rayon de chaleur et de lumière qui pénètre dans la glace la dissèque en quelque sorte, isole les cristaux individuels , et vous voyez combien sont élégantes et variées les formes cristallines dans lesquelles la glace se résout. Ce sont généralement des fleurs composées de six pétales. Pour les rendre distinctes à vos yeux , je suis obligé de les amplifier beaucoup, en projetant sur un écran leur image agrandie. La lampe électrique est placée dans la tribune, afin d'augmçnter sa distance à l'écran, et par conséquent les dimensions des images. Mon préparateur s'est armé d'une
lentiDle, il va maintenant prendre un morceau de glace dont il rendra la surface bien unie en le posant sur un corps chaud, et il le dressera ensuite sur le passage du rayon. La glace prise sur le lac Wenham a été taillée parallèlement à la surface même du lac ou au plan de congélation. (Après quelques instants, l'image des fleurs commence à se dessiner sur l'écran.) De toutes les expériences que j'ai faites, je n'en connais pas de plus délicieuse et de plus brillante que celle-ci. Les fleurs deviennent de plus en plus grandes, vous voyez d'abord poindre les feuilles, puis se former la rosace qui apparaît au centre. Ces taches que vous voyez sont des vides provenant de ce que l'eau occupe moins d'espace que la glace. La glace a plus de volume que l'eau qui a servi à la former ; donc , lorsqu'elle se fond , l'eau ne remplit pas le lieu qu'elle occupait , et il se forme des vides indiqués par ces taches. Voici que l'écran est glorieusement parsemé de fleurs. Chaque particule de glace a pris cette forme charmante. Le spectacle s'est longtemps fait attendre; mais avouez que votre patience est complètement récompensée.