‹ Chaleur et froid: six leçons faites devant un jeune auditoire pendant lesChapitre 7 sur 7 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Réflexion f réfraction et absorption de la chaleur rayonnante. — La chaleur du soleil. — Rayons visibles et invisibles. — Séparation des rayons de lumière et des rayons de chaleur.

Dans notre dernière séance je me suis efforcé de vous expliquer la loi suivant laquelle la chaleur rayonnante se réfléchit. Dans ce but, je me suis servi de termes que, peutêtre, vous avez peine à vous rappeler. Je vous -ai dit que l'angle de réflexion est égal à l'angle d'incidence; de sorte que, si vous supposez que la surface de cette table (fig. 27, p. 103), cd soit la surface réfléchissante, qu'un rayon de lumière ea rencontre cette surface au point a, et que cette tige rectiligne ab soit perpendiculaire à la même surface, le rayon est réfléchi suivant une direction a/, qui s'écarte de la perpendiculaire vers la droite, exactement autant que ea s'en écarte vers la gauche. C'est ce qu'on exprime en disant que l'angle de réflexion h est égal à l'angle d'incidence g.

Maintenant j'appelle votre attention, pour un moment, sur la réflexion de la lumière ou de la chaleur rayonnante, non plus, comme d'abord, par des plans ou surfaces planes, mais par des surfaces courbes. J'ai ici une surface de cette nature , un grand miroir appelé miroir concave; c'est une portion

de sphère, une calotte sphérique, comme détachée par Im instrument tranchant. Concevons qu'un faisceau de rayons lumineux tombé d'aplomb sur ce miroir; comme tout est symétrique par rapport à Taxe du miroir, que partout, sur sa surface, les grands cercles dont les plans passent par Taxe ont la même inclinaison, les rayons seront réfléchis tous dans des directions telles, qu'ils iront converger en un même point. Je tiens à vous faire voir que les rayons de lumière, ainsi réfléchis par un miroir concave, se réunissent en effet en un point qu'on nomme foyer. Je fais donc arriver d'aplomb sur le miroir un faisceau de lumière électriq'ue. Vous ne pouvez pas voir la lumière elle-même, mais seulement les corps quelle éclaire. Dans cette salle, comme ailleurs, surtout au sein des grandes villes, telles que Londres, l'air contient une quantité considérable de poussière et de corps flottants, et les rayons 'éclairent ceux de ces corps qui se trouvent sur leur passage; ces traces lumineuses vous permettront de suivre la marche des rayons réfléchis et de les voir se réunir au foyer. Vous constatez qu'il eft est ainsi, effectivement; le cône lumineux est très-visible. Si j'en avais le temps, je vous démontrerais que ce fait est une conséquence nécessaire de la loi ci-dessus énoncée, de l'égalité entre les angles d'incidence et de réflexion.

J'ai à vous prouver maintenant que les rayons de chaleur ne sont pas réfléchis autrement que les rayons de lumière. Dans ce but , j'emploierai, non pas un simple miroir, mais deux miroirs appelés miroirs conjugués, et suspendus l'un au-dessus de l'autre. J'emprunte une belle lumière électrique à une pile de 50 éléments, et je place cette source de vive lumière au foyer de ce miroir ; les rayons seront réfléchis verticalement de bas en haut ; ils seront en outre parallèles entre eux, et composeront une sorte de cylindre

droit, pourvu toutefois que le miroir qui les réfléchit soit bien horizontal. Maintenant, observez ce qui se passe. Les rayons de lumière tombent d'abord sur le miroir inférieur; ils sont renvoyés verticalement, et forment un cylindre lumineux ; ce cylindre rencontre le miroir supérieur, qui leur fait subir une nouvelle réflexion, et les fait converger de nouveau en un certain point, c'est-à-dire à son foyer. Comme tous les volets sont fermés, l'obscurité de là salle iait ressortir d'une manière très - distincte ces diverses phases de la marche des rayons, par les traces lumineuses que produisent les poussières et les autres corps flottants dans l'air. Si je plaçais la source de lumière électrique au foyer du miroir supérieur, ce serait au foyer du miroir inférieur que viendraient se réunir les rayons deux fois réfléchis. Remplaçons actuellement la lumière par la chaleur. Je prends, à cet effet, un ballon plein d'eau bouillante et je le place au foyer du miroir supérieur, de manière qu'il y reste suspendu. Qu'en résulte- t-il? Les rayons de chaleur qui émanent de cette eau et qui vont frapper la surface du miroir supérieur, sont réfléchis vers le miroir inférieur; celui-ci, à son tour, les renvoie et les concentre à son foyer. Vous ne pouvez pas les suivre des yeux comme les rayons de lumière, mais j'espère bien que notre belle pile thermoélectrique nous fournira les moyens d'y suppléer et de constater que les choses se passent réellement ainsi . Je place donc la pile au foyer du miroir inférieur, la face tournée, non en haut, du côté de l'eau chaude, mais en bas. Vous voyez que, à l'instant même, l'aiguille accuse une élévation de température, causée par la chaleur que le miroir a réfléchie et concentrée en son foyer. Tournons la face de la pile vers la région froide de la salle pour lui faire perdre la chaleur qu'elle a reçue, et substituons à la boule d'eau chaude un corps tout à fait différent, non plus chaud, mais froid ;

— in —

c'est-à-dire, que je place au foyer du miroir supérieur un mélange réfrigérant et que j'opère avec la pile électrique, comme je l'ai fait lorsqu'il s'agissait de la boule d'eau. Vous voyez que l'aiguille marche dans la direction du froid ; elle arrive, sur le cadran, au point extrême de refroidissement. Comment interpréterons-nous ce résultat? Je parierais que plusieurs de mes jeunes auditeurs en ont déjà tiré cette conclusion : qu'il y a des rayons de froid comme il y a des rayons de chaleur ; que ces rayons froids sotit partis du mélange réfrigérant comme les rayons de chaleur partaient de la houle d'eau chaude. Telle n'est pas, cependant, la vérité. Dans le cas actuel, où nous plaçons à l'un des foyers un mélange réfrigérant, le corps chaud est la pilé thermo-électrique placée à l'autre foyer. La pile est, en effet, un corps chaud, relativement au réfrigérant ; elle rayonne de la chaleur vers le miroir inférieur. Cette chaleur/ ^envoyée vers le miroir supérieur, est réfléchie par celui-ci vers le corps froid, lequel l'absorbe tout entière et pourrait encore en absorber beaucoup d'autre. La pile doit donc perdre sans cesse de nouvelle chaleur, et ainsi s'explique le refroidissement indiqué par l'aiguille.

Enfin, je vais placer au foyer du miroir un corps qui sera chauffé jusqu'au rouge éclatant; c'est une boule de cuivre soumise, en ce moment, au feu d'un fourneau, dans le laboratoire voisin. Cette boule de cuivre, à l'état d'incandes* cence, sera substituée au mélange réfrigérant, et nous aviserons quelque moyen de constater son rayonnement. Pour cette expérience, il ne ma convient pas d'employer la pile thermo-électrique; mais j'ai ici du papier noir,» et, s'il est placé au foyer inférieur, peut-être s'échauffera-t-il assez pour donner de la fumée. Je procède à l'expérience. La boule de cuivre n'est pas assez chaude pour que le papier donne le moindre signe de combustion ; cependant, je sens

avec la main que la chaleur, au second foyer, est très-forte; ma main ne pourrait la supporter longtemps. Hier, dans la même expérience, le papier fumait abondamment. Si je mets au même foyer, pour un instant, la face de la pile thermo-électrique, le mouvement subit de l'aiguille met immédiatement en évidence la concentration de chaleur produite en ce poinfpar la double réflexion des rayons.

Examinons maintenant de plus près ces rayons de chaleur; mais, auparavant, permettez-moi de vous dire en quoi consiste cette merveilleuse lumière que nous avons si souvent mise en jeu. Je vais prendre un mince filet de cette lumière et la forcer à se révéler à vous. Dans ce but, abaissons un peu l'écran et fermons les volets, afin que la salle soit complètement obscure. Gomme vous le voyez, notre filet de lumière électrique marque lui-même sa route à travers les corpuscules flottants de l'atmosphère , et, après avoir passé par une lentille, il dessine sur l'écran une jolie bande lumineuse. Cette bande résulte de la superposition de diverses couleurs. En mettant un prisme sur le trajet du rayon lumineux, qui le traversera, je le ferai dévier de sa route, en même temps que je séparerai les uns des autres les divers rayons colorés. Je n'interpose d'abord qu'un seul prisme, qui nous donne, sur l'écran, cet éventail de couleurs si merveilleux et si riche. On ne peut, en réalité, rien imaginer de plus agréable à l'œil et de plus beau; mais je puis étaler plus encore les couleurs, en augmentant la déviation du faisceau lumineux, en le forçant à traverser un second prisme. Voici que, le faisceau a passé à travers les deux prismes et peint, très-étalé sur l'écran, ce qu'on a appelé un spectre lumineux. Ce fut une des grandes découvertes d'Isaac Newton, qui prouva ainsi que la lumière blanche est composée de sept couleurs principales. Je pourrais vous faire voir, si lçs étroites limites de ces leçons le permettaient, qu'eu

réunissant ces mêmes rayons, qu'en les faisant converger de nouveau vers un même point, ou mieux, en les concentrant sur une même bande, on reproduit de la lumière blanche. Je fais allumer le gaz, et vous remarquerez, à cette occasion, combien le spectre perd de sa clarté quand il est éclairé par une lumière étrangère. J'ai besoin de la lumière du gaz pour choisir parmi vous quelque jeune garçon au visage frais et coloré. (Sur l'invitation du professeur, un élève s'avance vers l'écran, et le gaz est éteint.) Vous allez vofr ce que deviendront les joues de ce beau garçon, quand elles seront placées dans les diverses couleurs du spectre. D'abord, dans les rayons rouges, elles resplendissent comme une rose écarlate; mais les voici maintenant dans les rayons jaunes, et la teinte est toute différente de celle d'une rose.

Il est indispensable que je vous dise quelques mots de plus de ce merveilleux spectre. Vous voyez sur l'écran une grande masse de lumière, et vous pensez peut-être que cette lumière est tout ce qui nous vient de l!admirable lampe électrique ; ce serait une erreur. Ces couleurs splendides couvrent un espace considérable, sans doute, et cet espace devient ainsi visible pour nos yeux; mais, en dehors des limites du spectre visible, il est des rayons* qui, sous d'autres rapports, ont une grande importance. Il y en a au-delà du rouge, et la radiation la plus puissante de la lumière électrique ne correspond nullement au spectre visible ; elle est aussi éloignée du rouge extrême d'un côté, que le vert de l'autre. Il en est de même de l'autre extrémité du spectre : il existe au-delà du violet extrême un groupe très-étendu de rayons ; mais les rayons ultra-violets, comme les rayons ultra-rouges, sont impuissants à produire la vision, alors même qu'ils frappent en grand nombre la rétinei Je tiens à vous rendre parfaitement manifeste le prolongement du spectre au-delà de ses limites apparentes, et, dans ce but,

je vais réduire ses dimensions. Nous l'avions agrandi en plaçant sur son trajet deux prismes liquides, nous ferons usage de prismes de verre ou mieux d'un seul prisme li quide. Le spectre actuel est ainsi produit avec un seul prisme. Nous pourrions, comme sir W. Herschel, lorsqu'il* découvrit pour la première fois les rayons obscurs du soleil, placer un thermomètre dans la région obscure au-delà du rouge; nous constaterions une élévation de température due aux rayons de chaleur de la lumière électrique que le prisme y a étalés. Si, avec ce même thermomètre, nous explorions le spectre depuis le rouge extrême jusqu'au violet extrême, nous verrions le thermomètre descendre de plus en plus ; et en revenant sur nos pas, nous le verrions monter de nouveau en traversant le violet, lé bleu, le vert, le jaune, l'orangé et le rouge qui est là partie la plus chaude du spectre visible. Mais sir W. Herschel ne s'arrêta pas là et fit une grande découverte. Il constata que le thermomètre continuait à monter bien au-delà du rouge. Il représenta les températures des divers points du spectre par des lignes droites, perpendiculaires à une même droite horizontale : la plus faible, celle du violet, par une trèspetite ligne; celles du bleu, du vert, du jaune, etc., par des lignes de plus en plus longues, etc., et montra aux yeux, par une courbe ainsi tracée, la radiation entière du spectre solaire. Nous avons aujourd'hui des méthodes beaucoup plus sûres. Avec le secours de la lampe électrique et de la pile thermo-électrique, dont nous plaçons successivement la face au sein des diverses couleurs,, nous atteignons le même but avec plus de précision. Toute la radiation de la portion visible du spectre est représentée par la petite surface colorée que vous voyez sur cette planche; mais, au-delà du rouge, la grande hauteur des lignes, cette sorte de pic très-élevé annonce un prodigieux accroissement de chaleur.

La partie invisible du spectre est égale à près de huit fois sa partie visible; c'est-à-dire qu'un huitième seulement des rayons émis par la lumière électrique est apte à produire la vision ; tout le reste sont des rayons de chaleur, et non plus de lumière.

11 faut encore que nous examinions le prolongement du spectre vers l'extrémité «opposée, c'est-à-dire au-delà du violet ; et, dans ce but, j'emploierai un prisme de flint glass, au lieu du prisme en bisulfure de carbone. Je placé le prisme de flint exactement comme dans le premier cas. Lès couleurs étalées ne sont plus aussi brillantes, mais le verre est ici préférable au sulfure de carbone, parce qu'il est plus transparent pour les rayons de la nature de ceux que nous voulons étudier. Veici une substance appelée sulfate de quinine, et un écran de papier blanc qui a été imbibé de cette substance avant la leçon. M. le professeur Stokes a trouvé que ce sulfate de quinine a le pouvoir extraordinaire de rendre visibles les rayons invisibles situés au-delà du violet. Voyez, en effet, cette jolie bande colorée devenue visible, au-delà du violet, sur l'écran préparé avec le sulfate de quinine, et qui redevient invisible quand on reçoit le spectre sur un autre écran. Si je prends le liquide lui-même, et' que j'en répande un peu sur une feuille de papier, il rendra visibles les rayons invisibles. J'ai sous lamainun aulre moyen de modifier la couleur des rayons, et de rendre visibles les rayons invisibles ou presque invisibles. Voici une feuille de papier sur laquelle ont été tracés avec le liquide les mots Bonne année. Tant qji'elle est exposée à la lumière ordinaire, on n'y aperçoit rien; mais, si on la recouvre d'un verre violet, les lettres apparaissent magnifiquement. •

C'est assez parler des rayons situés les uns au-delà du rouge, les autres aa-delà du violet, et qui sont impropres à exciter la vision. On les nomme rayons invisibles. Avant d'aller

plus loin, je suis bien aise d'expérimenter devant vous avec ces diverses poudres. M. le professeur Stokes a nommé fluorescence l'action qui rend visible le sulfate de quinine. Ce phénomène de la fluorescence est connu depuis longtemps des physiciens, mais sous une autre forme : la phosphorescence. On avait observé que certaines substances ont la propriété d'absorber, de boire pour ainsi dire la lumière, et de la restituer ou de l'émettre de nouveau graduellement. M. Edmond Becquerel a rendu son nom célèbre par ses belles recherches sur ce sujet ; c'est lui-même qui a fait le choix des poudres dont je vais me servir ; il les a données à sir Charles Wheatstone, qui a eu l'obligeance de m'en céder une partie. Je vais vous montrer que, si ces poudres sont exposées pendant quelques instants à la lumière de notre lampe électrique, et qu'on éteigne ensuite la lampe, elles continueront à être lumineuses ; elles émettront. lentement la lumière dont elles se seront, en quelque sorte, imprégnées. [Les poudres sont exposées à la lumière électrique, et ensuite la lumière est éteinte.] Vous voyez que ces poudres sont devenues lumineuses [par elles-mêmes ; elles éipettent une belle lumière. Voici l'image d'un papillon, formée avec ces poudres;- elle est peinte sur verre; cette image toutefois n'est pas visible; vos yeux n'aperçoivent rien à la surface du verre* Mais, si je présente le verre aux rayons du soleil ou de la lumière électrique, et que les poudres en subissent l'action pendant quelques minutes, vous # verrez apparaître l'image, formée par l'émission des rayons dont les poudres se seront pénétrées pendant la durée de leur exposition. [On procède à l'expérience, et le résultat est celui que le professeur avait annoncé.] Ce beau papillon atteste l'efficacité des poudres fluorescentes choisies par M. Edmond Becquerel.

J'ai eu l'occasion de vous dire une fois ou deux dans ces

îeçons qu'aucun corps dans la nature n'est absolument froid. Tous les corps sont plus ou moins chauds. Là glace ellemême est un corps chaud, comparée à l'acide carbonique solide. La glace en réalité pourrait faire bouillir un mélange d'acide carbonique et d'éther, car elle est très-chaude relativement à ce mélange. Tous les corps sont chauds, et tous émettent des rayons de chaleur. Voici, devant la table, un fil de platiné sembjable à celui sur lequel nous avons - déjà opéré. En ce moment, ce fil de platine émet des rayons de chaleur d'une nature parfaitement définie. Si je le mets dans le circuit de notre pile, nous referons notre ancienne expérience. Vous voyez le fil chauffé au rouge ; il émet des rayons de chaleur, et aussi, jusqu'à un certain degré, des rayons de lumière. Avant le passage du courant électrique, le fil émet des rayons de chaleur incapables de produire la sensation de la vision. Quand nous élevons la température du fil, «n y faisant passer le courant électrique, que deviennent les rayons de chaleur qu'il émettait précédemment à l'état invisible? Ils persistent encore, et deviennent même bien plus intenses, mais ils sont toujours obscurs ; nous ajoutons la radiation lumineuse du fil rougi, à la radiation obscure qui en émanait avant qu'il devînt incandescent. Si nous raccourcissons graduellement le fil, comme dans une expérience que nous avons faite au commencement de ces leçons, nous le voyons devenir de plus en plus brillant, sans que les rayons qu'il émettait avant qu'il fût porté à la chaleur rouge cessent d'être mêlés à la radiation visible. Ils continuent d'exister, mais rendus incomparablement plus intenses ; de sorte que les rayons qui émanaient du fil avant qu'il devînt incandescent existent maintenant, aussi bien que les rayons visibles, avec une intensité mille fois plus grande que ceile qu'ils possédaient d'abord. Ils sont encore obscurs, et ils n'ont pas le pouvoir d'exciter la vision; néanmoins ils sont

là avec leur intensité première, devenue mille fois plus grande. Je vais maintenant essayer de séparer devant vous ces rayons lumineux des rayons obscurs, et je tâcherai d'opérer sur les rayons obscurs de manière à vous faire voir quelques-uns des effets qu'ils peuvent produire. Je pense que vous comprendrez tous comment cela peut se faire. Prenons ce petit miroir concave; plaçons-le derrière la lampe électrique. Nous aurons de cette manière* une image des pointes de charbon de la lampe, image que je vais projeter sur l'écran. Voici, en effet, projetée sur l'écran, l'image des pointes de charbon, d'où émane la lumière électrique. En prenant un second miroir concave, et faisant par son moyen converger de nouveau les rayons, je réussirai à vous donner une image plus grande, qui sera peut-être mieux vue. Voici cette image agrandie, mais renversée, des peintes de charbon. Vous voyez là une quantité considérable de lumière. Mon préparateur va maintenant remplir un vase d'un liquide opaque à la lumière. Notre solution opaque sera formée de bisulfure de carbone, liquide parfaitement transparent, dans lequel nous ferons dissoudre une substance appelée iode, bien connue des chimistes et de beaucoup d'autres personnes. Le bisulfure de carbone dissout l'iode avec une grande facilité, en donnant naissance à ce liquide de couleur foncée, si prodigieusement opaque qu'il intercepte la lumière du soleil en plein midi. Chose étonnante ! cette substance singulière, qui a la propriété d'intercepter entièrement les rayons lumineux et visibles qui font naître les couleurs étalées sur l'écran, se laisse traverser par tous les rayons de chaleur. .Ce liquide est opaque pour la lumière, mais parfaitement transparent pour la chaleur rayonnante'. Mon préparateur va placer une lentille devant la lampe électrique , pour nous procurer ce beau faisceau convergent ou cône de lumière, qui, traçant

son passage à travers la poussière de la salle, ira tomber sur la pile thermo-électrique ; de plus, il mettra, quand je le lui dirai, le vase contenant le liquide opaque sur le trajet de la lumière électrique. Il interceptera ainsi toute lumière; mais le point où la pile est placée restera très-chaud. (On met alors en place le vase et la pile.) Vous voyez que toute la lumière est supprimée ; mais vous remarquez que l'aiguille marche aussitôt; ce qui prouve que, quoique la lumière soit interceptée, les rayons de chaleur ont passé.

Je' vais essayer de rendre plus évidents pour vous ces rayons de chaleur. Pour cela, j'installe dans cette boîte une lampe électrique semblable à celle dont je viens de me servir, et, derrière le foyer lumineux, un miroir argenté. Ce miroir réfléchira les rayons de lumière de la lampe électrique, et les fera sortir par l'ouverture que vous voyez en avant. Cette ouverture est fermée par une plaque de sel gemme. Le sel gemme est extrêmement transparent pour les rayons de chaleur et aussi pour les rayons de lumière; et c'est pour cela que je me sers de cette substance. Nous produisons de nouveau le faisceau convergent de lumière électrique, et vous revoyez dans l'espace le cône brillant de ses rayons. Mon préparateur va dresser sur son passage la solution opaque. La voilà qui intercepte toute la lumière, de sorte que vous ne voyez rien. Mais je vais placer ce morceau de platine de l'autre côté du liquide opaque, et regardez ce qui arrive : le platine est porté à la chaleur rouge, dans une atmosphère tout à fait obscure. Si, au lieu de platine, je prends du papier sec, et que je le tienne au foyer des rayons obscurs, vous voyez que je puis allumer ce papier. (Le papier prend feu ) Cette ignition est produite par les rayons invisibles de chaleur qui émanent de la lampe électrique. Je prends maintenant un morceau épais de métal, et je le place au foyer des rayons de la chaleur obscure : vous voyez

qu'il fond par la chaleur rayonnante, et qu'il tombe à l'état liquide. Je vais maintenant brûler un morceau de zinc. Yoilà le zinc qui brûle, en effet, dans un lieu où régnait une obscurité complète. L'air au sein duquel le zinc brûle n'est point du tout échauffé. Rien ne serait plus aisé que d'allumer un cigare de cette manière dans une parfaite obscurité. En voici un, vous voyez qu'il prend feu instantanément dans un endroit où il n'y a absolument aucune lumière. Vous pourriez placer votre œil au point où le platine a été porté à la chaleur rouge, sans y rien voir. En effet, j'ai approché avec précaution mon œil de ce foyer obscur et brûlant, j 'ai fait tomber ses rayons sur ma rétine, sans voir de lumière et sans sentir dé chaleur. La rétine était parfaitement insensible à ces raytms si puissants. Quelquefois nous obtenons la combustion du magnésium par ces rayons; voici, en effet, que ce beau métal s'est enflammé dans un endroit où l'œil ne voyait aucune lumière, au sein des ténèbres les plus profondes. Je pourrais mettre Londres en feu avec ce3 rayons obscurs. Voici un vase de verre contenant du gaz oxygène ; j'y plonge un morceau de charbon; je place maintenant ce charbon, toujours plongé dans le gaz, au foyer des rayons de chaleur, et vous voyez qu'allumé par les rayons obscurs, il brûle dans l'oxygène avec un vif éclat.

Je vais encore faire une ou deux expériences du même genre. Pour cela, je reprends le miroir dont je viens de me servir, et j e l'installe en arrière du foyer lumineux d'une autre chambre obscure placée à l'extrémité de la table. Le miroir . réfléchira, et enverra le long de la table un faisceau de lumière. Au lieu de diriger ce faisceau du côté de l'auditoire, ce qui vous incommoderait, je vais le recevoir sur un second miroir, et le réfléchir comme était réfléchi, dans une des expériences sur la lumière, le rayon reçu par le miroir du plafond.

Plusieurs d'entre vous peuvent voir la réflexion intense qui se produit ici : voilà un foyer qui vous brûlerait terriblement les doigts si vous les y mettiez. Je suis sûr que nous pourrions y allumer du papier. Vous voyez, en effet, que le papier s'y allume instantanément ; et cet embrasement est produit, non par les rayons lumineux, mais seulement par les rayons obscurs.' Cependant l'air en contact avec le foyer de chaleur ne s'échauffe pas ; c'est seulement lorsqu'on place au foyer un corps solide, que la chaleur est produite. Nous pouvons brûler du zinc ici , comme je l'ai fait dans les rayons obscurs. Vous voyez qu'il prend feu, et s'enflamme presque comme un morceau de papier. Voici un petit vase qui contient de l'eau; je le place au foyer des rayons, et, en même temps, je dresse en avant un second vase d'eau, que la lumière devra traverser avant 4'arriver au premier. Ce second vase interceptera les rayons obscurs qui donnent de la chaleur, quoiqu'il n'arrête pas sensiblement les rayons de lumière. Le foyer des rayons tombe actuellement sur le premier vase d'eau, sans qu'il se produise* aucun effet sur elle. Je vais maintenant retirer le second vase d'eau, que traverse le faisceau avant d'arriver au premier; je laisserai ainsi passer les rayons de chaleur, et" vous verrez que l'eau du vase placé au foyer des rayons commencera aussitôt à bouillir. Dans quelques instants, cette eau sera dans un état de violente ébullition. La voilà qui déjà bout. Cette action est due, non aux rayons de lumière, mais uniquement aux rayons obscurs et invisibles de chaleur dont je vous ai parlé.

Dans ces expériencesj'aisurtoutenvuedevous faire bien comprendre ce fait : que nous devons toutes nos rivières, tous nos glaciers et toutes nos neiges, entièrement ou presque entièrement, à ces rayons obscurs. Les rayons lumineux ou brillants du soleil tombent sur l'océan des. tropiques et y pénètrent à de grandes profondeurs, sans être à

peine absorbée; mais les rayons non lumineux sont absorbés très-près de sa surface. C'est par l'absorption de ces rayons obscurs que l'eau a été mise en ébullition dans la dernière expérience. Ces rayons obscurs du soleil, qui frappent l'océan des tropiques et sont aussitôt absorbés, élèvent la température de la surface de l'océan, et c'est ainsi qu'est produite toute l'humidité ou toute la vapeur que l'air chaud emporte avec lui dans l'espace.

Et maintenant, je le dis à regret, nous sommes arrivé à la fin de notre tâche. Je vous ai fait l'aveu, en commençant, que j'aurais beaucoup désiré confier à un autre le soin de donner ces leçons, parce que j'étais tellement occupé que je craignais ne pas les faire aussi bien que j'aurais voulu. Aujourd'hui, je suis heureux de les avoir entreprises; car elles m'ont procuré l'agrément de vous revoir de temps en temps. Vous avez suppléé, par votre attention, au défaut de préparation du professeur ; je vous en remercie cordialement et vous souhaite de tout mon cœur une heureuse nouvelle année.

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