‹ Chalon-sur-Saône pittoresque et démoliChapitre 39 sur 89 · OU DE SAULX · texte numérisé non relu

OU DE SAULX

ne des plus charmantes guérites placées en vedette aux angles des cour- *\ tines de nos vieilles murailles du xvi e siècle.

Ces tourelles servaient aux guetteurs de nuit, et leur disposition en encorbellement permettait aux sentinelles de voir jusqu'au pied des murailles.

Elles avaient nom eschaugaite, puis echaugitette, du vieux mot eschargaiter, qui signifie veiller. Ce mot était employé en ce sens dans les romans du moyen âge : ainsi dans le roman du Renard, on lit :

Sur chascune tour une gaite Fit mettre pour eschargaiter

C'est dans le voisinage de ce bastion que se trouvait le bassin central du canal dit bassin de Gloriette, à l'extrémité duquel on a élevé l'obélisque commémoratif. Ce bassin était destiné à desservir l'intérieur de la ville ; il était bordé du côté sud par une admirable promenade plantée d'arbres séculaires, et sur laquelle se tenait la foire annuelle, dite de la Saint-Jean, qui avait alors une très-grande importance.

En parlant de la navigation de la Saône, j'aurai l'occasion de rappeler que la jonction de la Méditerranée avec l'Océan a préoccupé de tout temps les esprits.

Sous le règne de Néron, le général Lucius Vents ou Vêtus fut le premier qui entreprit de joindre la Saône à la Moselle par un canal, et de faire communiquer la

i. Le nom de Gloriette vient du nom donné à des Pasquiers, qui étaient compris en cet endroit, entre la haute et basse enceinte

OBELISQUE DU CANAL.

mer Méditerranée avec l'Océan, par le Rhône, la Saône, la Moselle et le Rhin. Mais les considérations politiques du temps empêchèrent l'exécution de ce travail.

Après Lucius Verus, on voit s'atteler à cette idée François I", puis Henri IV en 1606, Louis XIII en 161 2. Ce dernier fait étudier un projet de canal de la Saône à la Loire, par l'étang de Long-Pendu. — En 1632 et 1642, le cardinal de Richelieu reprend cette idée, qui reparaît en 1665, puis en 1699, puis en 1718,

en 1727 et en 172g.

Enfin en 1783, les frères de Raguet-Brancion, qui avaient fait à leurs frais des études complètes et des plans, obtiennent du roi Louis XVI des lettres patentes pour son exécution. Un édit du roi, daté de 1783, dit que « voulant assurer aux frères Ch.-Ant. de Raguet-Brancion, mestre de camp, commandant du 5 corps d'étatmajor, et Pierre-Anne-Charles de Raguet-Brancion, capitaine au corps du génie, la récompense qui leur est due, leur accorde une pension annuelle de 3,000 livres, qui sera portée à 10,000 livres pour chacun d'eux (avec réversibilité au survivant) du moment où le canal sera navigable dans tout son cours ».

Plus tard l'exécution de ce projet leur fut retirée, moyennant une forte indemnité, et confiée aux soins de l'ingénieur Emiland-Marie Gauthey, qui, reprenant le plan préparé, en conduisit l'exécution avec le plus grand talent.

Cet admirable travail fut achevé en 1792 et la navigation commença en 1793.

A cette occasion, on fit élever à l'extrémité du bassin central un obélisque et frapper une médaille commémorative *, dont un exemplaire a été placé sous la première pierre de fondation du monument.

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