‹ Chalon-sur-Saône pittoresque et démoliChapitre 63 sur 89 · LES LAITIÈRES · texte numérisé non relu

LES LAITIÈRES

ncore un type qui s'en va! encore un morceau de charmante couleur locale qui s'efface, grâce au perfectionnement des voies de communication.

Il y a peu d'années, toutes les laitières, sans exception, arrivaient dès l'aube, à la file, et portant sur la tête la tepeune pleine de lait ou le panier chargé de la crème et du fromage de la ferme. Aujourd'hui quelques anciennes seulement sont restées fidèles à la mode d'autrefois; mais le nombre en est petit et diminue de jour en jour.

En les voyant défiler portant fièrement leur fardeau sur la tête on se rappelait involontairement les belles Béarnaises à la cruche, illustrées par Roqueplan, ou les Cervarolles d'Hébert, ou bien les porteuses d'oranges de Sorrente, ou bien encore les fières Génoises des quais de Marseille. Qui n'a vu et admiré la souplesse et la grâce avec lesquelles ces robustes filles portent à quatre un grand piano sur leur tête ? On rêve, en les voyant, aux canéphores du Pandrosion d'Athènes, et l'on trouve en elles le type du beau dans la grâce 'et dans la force.

Tristement aujourd'hui nos laitières traînent derrière elles une petite voiture suspendue, chargée des provisions de l'aller et des commissions du retour. Elles conservent encore cependant l'usage d'un instrument de tradition romaine et que je tiens à signaler. C'est le simpulum antique dont elles se servent pour puiser dans

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la tepeune* le lait qu'elles vendent au chanveau (à peu près le demi-litre, o fr. 10 en hiver, o fr. 07 1/2 en été). Combien je regrette aussi de voir abandonner cet élégant et confortable capot de couleur lilas, ample et capitonné, que remplace aujourd'hui, sans la même grâce, l'ajustement de la dernière mode.

1. Le mot de tepeune doit venir de tupin, nom vulgaire d'un pot de terre du temps de Charles VIII et Louis XII. Je lis en effet dans le Dictionnaire des rues et places de Lyon, par M. Bréghot du Lut (Lyon, 1838 p. 46) : « Le nom de la rue Tupin lui est venu de ce que le jeu des Tupiniers y a eu lieu à diverses reprises, surtout sous Charles VIII et Louis XII. Les écuyers et valets suspendaient à une corde, au travers de la rue, un pot de terre vulgairement appelé tupin. On le remplissait d'eau, etc. »

Les noms de toupin et toupine se conservent encore dans le langage familier de la Provence, pour signifier : toupin, un petit pot de terre, et toupine, un assez grand vase de terre à deux anses.

Dans le Glossaire de l'ancienne Bresse châhnnaise , par M. J. Guillemin ; Mém. Soc. arch., t. IV, p. 192, tepeune ou teupin, pot; du vieux mot tupin.... Voy. aussi Rabelais, 1. I, ch. iv.

UNE TEPEUNE

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