‹ Chalon-sur-Saône pittoresque et démoliChapitre 71 sur 89 · LE PORT GUILLOT · texte numérisé non relu

LE PORT GUILLOT

cette maison pour achever de ruiner ce que les Liégeois et les autres troupes ont laissé. . . . Vous y trouverez mes coffres tous vides ou réduits en cendres, les planchers abattus, les portes enfoncées, les chanlis mis en pièces. ... à ces malheurs joignez les tailles excessives, les tributs que les prévôts affamés exigent injustement sous prétexte de guerre, les vexations des commis du sel, vous aurez la plus véritable image de notre misère ! »

Louis, heureux d'apprendre des vérités cachées, et touché des paroles de cette femme, la rassura et lui dit : « Bonne femme, si nous nous logeons dans votre maison, ce ne sera pas pour y causer du dommage; si vous avez souffert, il faut en accuser les malheurs du temps et la nécessité des affaires. » Reconnaissant le roi elle se jette à ses pieds pour lui demander pardon de sa hardiesse. Le roi la fait relever, lui donne dix pièces d'or et commande à Cugico, secrétaire du duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne, d'avertir son maître de dédommager la bonne vieille de ses pertes. Il dit ensuite aux seigneurs de la cour que l'entretien de cette villageoise lui avait appris bien des choses qu'il n'eût jamais sues sa?is ses emportements.

Le gouverneur, après le départ du prince, fit compter cent écus au propriétaire et à la fermière du port '. Vraie ou poétisée, cette histoire a de la couleur et mérite de ne pas tomber dans l'oubli. Il y a peu d'années on voyait encore un plafond à poutres fleurdelisées et une cheminée décorée du médaillon de Louis XIII en souvenir du séjour du roi dans cette maison.

Le port Guillot était la dernière étape des hâleurs de la Saône entre Lyon et Chalon. Il y avait grand mouvement de gens et de chevaux, des écuries très vastes recevaient fréquemment jusqu'à quatre-vingts colliers. Aujourd'hui le plus grand calme et le silence complet des champs ont remplacé les cris des mariniers et le hennissement des équipages.

i. (Orbandale, t. I, p. 734).

Page 1