FAC-SIMILE
d'une LETTEE de CHAM a m. FÉLIX RIBEYRE
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nomination du jeune journaliste bombardé sous-préfet de Castellane (Basses- Alpes). Aussitôt Cham et les autres collaborateurs du Charivari se concertent pour offrir un dîner d'adieu au nouveau sous-préfet; au dessert^ le fils du comte de Noé^ saisissant son spirituel crayon, retrace par avance la scène de la réception du nouveau souspréfet à son entrée dans Castellane. Une bergère des Basses-Alpes ^ montée sur un mouton pour atteindre le chef élevé d'Albéric Second, déposait sur son front une couronne de roses.
Depuis lors, Tintimité entre Cham et Albéric Second ne fit que grandir, et c'est à ce dernier que nous dûmes la bonne fortune d'être présenté à Cham^ et de nouer avec le célèbre caricaturiste des relafions affectueuses et cordiales que nous n'oublierons jamais, et que la mort seule pouvait briser.
Cependant les événements se précipitaient. Comme il était facile de le prévoir, les déclamations furibondes des clubs avaient porté leurs fruits^ et les journées de Juin vinrent justifier les appréhensions des hommes d'ordre. Il fallut combattre Témeute , descendre dans la rue. Cham publia à cette occasion, dans le Charivari , quatre dessins d'un genre absolument différent de celui qui lui était habituel, et représentant diverses scènes de la guerre civile. Un de ces bois montrait les Sœurs de Saint-Vincent de Paul soignant les blesséSj aussi bien les insurgés que les soldats. Par une coïncidence assez curieuse, Cham devait donner, vingt-trois ans plus tard, un pendant à ces dessins sérieux et émouvants, car on peut voir dans l'Univers
illustré du 24 juin et du i" juillet 1871 plusieurs dessins retraçant divers épisodes de la Commune^ reproduits par le crayon de Cham d'une façon pittoresque et dramatique.
Pour compléter le coup d'œil jeté sur l'œuvre de Cham pendant la révolution de 1848^ il nous reste à parler de l'ouvrage si curieux publié sous le titre de V Assemblée nationale comique, et dans lequel le talent de Cham^ comme caricaturiste et même comme dessinateur, s'atîirme d'une façon éclatante. Voici comment ce volume ^ aujourd'hui si recherché , vit le jour.
Auguste LireuXj en quittant la direction de rOdéon, qui avait été désastreuse au point de vue financier, reprit sa plume de journaliste et entra au Charivari, où il fut chargé des comptes rendus de la Chambre. Après le 24 février^ ses articles sur les séances de la Constituante obtinrent un grand succès^ et un éditeur intelligent, M. Michel Lévy, eut l'idée de les réunir
en volume^ et d'ajouter au côté humoristique du texte des illustrations satiriques de Cham. Le caricaturiste du Charivari, absolument libre dans l'expression de sa verve comique, s'acquitta de sa tâche de la façon la plus remarquable.
Il composa j avec les portraits des principaux acteurs de la comédie républicaine, une galerie étourdissante de verve et d'humour, dans laquelle la physionomie caractéristique du personnage prenait sous le crayon du caricaturiste un relief extraordinaire. Thiers, Emile de Girardin, Lamennais, Proudhon, Jules Favre, Victor Hugo, Pierre Leroux, Lamartine, Crémieux, Considérant, Armand Marrast, Cavaignac, Félix Pyat, Marie, Flocon et tant d'autres, ont été moulés dans un type qui est resté présent à la mémoire de tous. Aussi le succès du livre fut immense, et l'édition promptement épuisée.
Dans la pensée des auteurs et de l'éditeur, V Assemblée nationale comique devait
avoir une suite ou plutôt un complément dans un volume qui aurait retracé l'histoire de l'Assemblée législative. La raison qui empêcha ce second volume de paraître est assez curieuse.
Le D' Véron^ directeur du Constitutionnel, constamment pris à parti et caricaturé par le Charivari, cherchait l'occasion de se venger et de jouer un mauvais tour à la feuille satirique. Comme les comptes rendus parlementaires d'Auguste Lireux étaient très-remarques, le D' Véron ne trouva rien de mieux que d'enlever à la feuille de la rue du Croissant ce précieux collaborateur 3 et il y parvint en lui offrant le feuilleton dramatique du Constitutionnel, poste envié , occupé à cette époque par Hippolyte Rolle. C'est ainsi que Lireux quitta le Charivari pour le Constitutionnel, et ne put donner une suite à l'ouvrage fait en collaboration avec Cham, et qui suffi- ' rait seul à le classer au premier rang des caricaturistes modernes.
Une autre publication moins connue fut un recueil satirique lancé par l'administration du Charipari, pendant la révolution de 1848, pour profiter de la vogue extraordinaire qui s'attachait aux dessins de Cham. Ce recueil, auquel le Punch de Londres servit pour ainsi dire de parrain, avait pour titre : Punch à Paris. Il était entièrement illustré par Cham, c'est-à-dire qu'il ne manquait ni d'originalité, ni d'esprit^ néanmoins, il disparut après quelques mois d'existence.