CHAPITRE X
Cham s'installe rue Vintiniille. — Un canard en chambre. — Cham et la Société protectrice des animaux. — L'appartement de la rue Nollet. — Cham dans son jardin. — La journée de Cham. — Les exercices gymnastiques, — Un client précieux pour les pharmaciens. — Cham à son pupitre. — La gravure sur bois et la gravure par le procédé.
— Le graveur Gilbert. — Les légendes de Cham. — Les dîners de Cham. — Ses amis. — Les plaisanteries de Cham.
— Un lièvre trop faisandé. — Les inconvénients des courants d'air. — Soirées musicales. — Une fête dans le jardin. — Cham et son ami le général Hanrion.
Après la mort du comte de Noé, Cham" quitta la rue du Bac pour s'établir dans un quartier plus rapproché de ses travaux^ et s'installa rue Vintimille^ 24, dans un appartement s'ouvrant sur le même palier que celui de Charles Lecocq. Ce voisinage permettait à Cham d'offrir à ses amis — et le nombre s'en augmentait de jour en jour — de petites fêtes musicales et même dansantes.
C'est dans cet appartement de la rue Vintimille que le spirituel caricaturiste se livra à un premier essai d'élevage en chambre. Sa cuisinière avait fait Tacquisition d'un fort beau canard. Cham décida qu'il aurait la vie sauve, ct^ ne pouvant lui offrir une mare pour ses ablutions^ il lui faisait prendre des bains dans sa cuvette.
Ce volatile aquatique se prit d'affection pour un si bon maître et le suivait partout. Cham causait avec lui comme avec un camarade, et lui donnait de sages conseils. Enfin^ comme il n'est guère possible de transformer longtemps un appartement en une basse-cour, Cham dut se séparer de son canard. Mais il voulut du moins assurer son sortj et il s'entendit avec son marchand de laitj qui, moyennant une petite redevance,, consentit à prendre comme pensionnaire à la campagne le protégé de l'artiste. Ce dernier allait le voir de temps en tempSj et lorsqu'il mourut de sa belle mort, Cham se rendit chez le marchand de
lait pour s'assurer que son trépas était naturel, et qu'il n'avait pas été mis à la broche.
Comment s'étonner après ce trait que le comte de Noé ait été proclamé lauréat de la Société protectrice des animaux? On sait, du reste, qu'il était un membre militant de cette Société, et rien n'était plus amusant que de lui entendre raconter ses querelles avec les cochers qui maltraitaient leurs chevaux.
Cependant, Cham n'avait pas renoncé au désir de posséder un véritable poulailler et d'entendre le chant de ses propres coqs. Il chercha donc un appartement avec jardin, et trouva la réalisation de son rcve, rue NoUet, n° 5, aux Batignolles, dans une maison possédant un jardin très-vaste pour Paris. Il s'y installa à la fin de l'année 1867, et, à partir de ce moment, les nombreux locataires des immeubles environnants dont les fenêtres plongeaient sur le jardin de Cham purent voir le célèbre caricatu-