‹ ChamChapitre 7 sur 33 · en A M · texte numérisé non relu

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Néanmoins^ on peut dire qu'il ne s'est jamais occupé de peinture sérieusement^ et qu'il n'a jamais abordé les difficultés de la couleur. Tout en travaillant, il se livrait à des réflexions piquantes^ sans se départir de cette allure calme et froide qui s'alliait chez lui à beaucoup de distinction.

Cham conserva toute sa vie une grande affection pour Adolphe Yvon, chez lequel il trouvait un goût égal au sien pour les sujets militaires; et^ dans certains cas^ il venait lui demander des conseils.

Un jour^ c'était à l'époque de la guerre de ChinCj Cham vint trouver l'auteur de la Prise de la tour Malakoff, en lui disant qu'il avait l'intention de représenter l'entrée des Français à Pékin. Yvon s'empressa de lui donner quelques idées^ et aussitôt Cham^ prenant un crayon, dessine^ avec la rapidité sténographique qui le caractérisait^ un régiment pénétrant, tambours en tête, dans la capitale du Céleste Empire. Il présente l'esquisse à son camarade, qui le com-

plimentCj tout en lui faisant remarquer qu'il a oublié le tambour-major.

— C'est vrai, répond Cham, et le voilà qui se met en train de réparer son oubli. Malheureusement, il ne restait plus de place sur le papier ; les tambours battant la charge arrivaient j presque jusqu'à la marge de la feuille.

Que fait notre caricaturiste? Il esquisse un tambour-major d'une taille colossale, mais plié en deux, et il écrit au-dessous du dessin :

« Ce tambour-major ayant passé, pour « aller en Chine, six semaines dans l'entre- « pont d'un navire, a pris un faux pli et n"a « jamais pu se redresser. »

Voilà l'esprit de Cham pris sur le vif.

N'oublions pas d'ajouter qu'outre le portrait de Cham placé par son camarade Yvon dans sa magnifique toile de la bataille de~ Solférino, il a fait du célèbre caricaturiste un autre portrait d une touche large et saisissante qu'on conserve précieusement au

château de l'Isle de Noé. C'est ce portrait, le meilleur qui existe du célèbre caricaturiste, que le burin d'un artiste de talent, M. Le Rat, a reproduit pour figurer en tète de notre volume.

Mais l'activité de Cham pour le travail,, après sa sortie de Tatelier de Paul Delaroche, ne Pempéchait pas de rechercher les distractions de son âge. Il allait assez souvent, à l'exemple de Gavarni, au bal de TOpéra, avec son camarade d'atelier Vibert, et là^ il se faisait remarquer par ses reparties d'une verve étourdissante.

Souvent aussi Cham réunissait ses amis et leur otîrait des rafraîchissements qu'il ne manquait jamais de leur déclarer détestables. Il y avait là le marquis d'Hervey de Saint-Denys, dont la sœur a épouséj ainsi que nous Tavons dit, le frère aîné de

Cham; le marquis Frank de Noé, Adolphe Yvon^ Vibert, Eugène Lami^ qui lui donna plus tard d'excellentes leçons d'aquarelle; Adolphe Huart^ qui devint rédacteur en chef du Charivari ; le comte de Blou, le comte Grimaldi, officier sarde, aquarelliste distingué, qui avait une prédilection pour les scènes militaires; le comte de Rivadavia, attaché à l'ambassade d'Espagne (depuis marquis de Camarasa). N'oublions pas, en tète de ses meilleurs amis, le marquis de Villeneuve-Trans, joyeux et aimable compagnon, d'un esprit charmant, que Cham affectionnait particulièrement. Le marquis de Trans était attaché d'ambassade au moment où s'ouvrit la campagne de Crimée.

Le jeune diplomate donna sa démission et partit comme simple soldat. Il se distingua à plusieurs reprises sous les murs de Sébastopol, et venait d'être nommé maréchal des logis, lorsqu'il fut tué par un éclat d'obus. Gustave Nadaud, le chansonnier populaire, faisait aussi partie du groupe

des habitués du petit entre-sol habité par Cham, et où, entre autres meubles, se trouvait un mauvais piano qui, ne pouvant rendre aucun service comme instrument de musique, avait été transformé en secrétaire où Ton serrait Targent. Un des artistes de la bande joyeuse ayant voulu un soir ouvrir le piano pour y exécuter quelques brillantes variations, toute la fortune de Cham — quelques pièces de cent sous — roula sur le parquet.

Un des grands amusements de Cham était d'offrir à ses amis une séance de lanterne magique. Il dessinait lui-même les sujets coloriés, dont il donnait l'explication avec la verve qui lui était particulière. Comme on le pense bien, ces scènes abracadabrantes imaginées par Cham n'auraient jamais pu obtenir l'approbation de la censure. Aussi Ton s'abstenait de lui soumettre le 5ce;z^r/o.

C'est ainsi que Cham aimait à passer ses soirées avec un groupe de bons camarades artistes ou amis des arts qu'il charmait par

son esprit spirituel et affectueux, sa verve intarissable et prime-sautière. Le comte de Noé, très-recherché dans les salons, voulait toujours conduire son fils Amédée aux fêtes du Luxembourg j mais Cham faisait la sourde oreille et préférait la société de ses amis. Il ne devait point, par la suite, montrer plus de goût pour les grandes réunions mondaines.

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