‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 17 sur 38 · LE MARQ.UIS D'HERVEY DE SAINT-DENYS · texte numérisé non relu

LE MARQ.UIS D'HERVEY DE SAINT-DENYS

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SA VIE ET SON ŒUVRE. iS5

idée du Serpent à plumes venait de son parentj le marquis d'Hervey de Saint-Denys ', et qu'il désirait qu'il fût un des signataires de la pièce.

Gille répondit : « Mon cher ami, admettez tous les collaborateurs que vous voudrez ! Moij je ne connais que vous, et, quant aux noms qui doivent figurer sur l'affiche, le vôtre seul suffit pour attirer tout Paris. »

Cham s'éloigna un peu fâché, et, sur un mot vif de son collaborateur, il se rapprocha en disant :

« Vous n'avez pas mesuré toute la portée de ce mot !

— Si », répliqua Gille, et il ajouta, moitié

I Le marquis d'Hervey de Saint-Denys, dont il est question ici, est le parent et l'ancien camarade d'enfance de Cham. Ancien éli:ve de l'École des langues orientales vivantes, il s'est fait connaître par des travaux remarquables d'ethnographie, et principalement des études sur la littérature et l'histoire de la Chine, qui lui oncouvert les portes de l'Institut. On sait que sa femme, la marquise d'Hervey de Saint- Denys, cullive la peinture avec succès, et plusieurs de ses œuvres qu'elle signe : Louise Dubreau, notammeni le portrait du comte de Beust, ont été fort remarquées aui Expositions des beaux-arts. Cham avait fait de son parent une caricature fort amusante, comme on en jugera par la reproduction très* exacte que nous donnons.

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sérieux, moitié gai : — Vous êtes un grand serin.

Cham. — D'abord, je ne suis pas un serin, etj si j'en étais un, vousenseriezunautre.

pH. GiLLE. — Au fond, soyez donc franc!

Cham. — Je ne suis pas franc? Alors vous doutez de mon honneur !

Ph. Gille. — Parfaitement.

Cham. — Vous ne répéteriez pas cela devant des témoins?

pH. Gille. — Vous allez bien voir, si vous trouvez deux témoins, comme je vais en trouver deux autres.

Un quart d'heure après, les quatre témoins étaient réunis dans le cabinet de la direction des Bouffes.

A cette époque, l'administration du théâtre du passage Choiseul était installée sur un des côtés de la scène, et les cabinets séparés par des cloisons légères en planches mal jointes ressemblaient assez aux cabines des bains froids où l'on entend tout ce qui se dit à côté de vous.

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Minuit sonne. Les témoins étaient toujours en conférence. Gille, après s'être promené un certain temps sur le trottoir de la rue Monsigny, rentre au théâtre et va s'asseoir dans un des cabinets. 11 entendait les témoins qui hésitaient entre le pistolet ou l'épée. L'un disait : — Cham a de grandes jambes; un autre faisait observer que le pistolet était une arme bien dangereuse.

A ce moment, une personne poussa la porte du cabinet occupé par Gille et se baissa pour entrer. C'était Cham. En reconnaissant son adversaire, il veut se retirer et se dispose à fermer la porte.

Philippe Gille lui dit froidement : — Vous pouvez bien entrer.

Cham (sur le même ton). — Mille fois obligé !

Cependant l'heure s'avançait. Cham se lève, disant :

— Je trouve qu'il est déplorable que nous entendions ainsi régler les conditions de notre égorgement. Moi, je sors.

GiLLE. — Vous le pouvez.

Cham. — Je le sais bien.

Gham quitte donc le cabinet, et Gille en fait autant. Ils descendent, et, comme la grille du théâtre ouvrant sur le passage Choiseul n'était pas fermée, ils se promènent dans le passage peu éclairé, comme deux ombres, sans se voir, silencieusement, l'un à côté de l'autre.

Cham rompit le premier le silence et dit ; — Ils sont cruels!

Gille. — Je les trouve féroces.

Cham reprend : — Vous savez que tout cela est bête comme une oie. Vous n'avez pas compris ce que j'ai voulu vous dire.

Là-dessus la discussion recommence et devient très-vive; mais tout à coup Cham recule, ouvre les bras, Gille en fait autant, et ils s'embrassent cordialement.

Dans leur joie de se retrouver bons amis comme auparavant, its partent bras dessus, bras dessous, et arrivent rue Vîntimille, devant la maison où habitait Cham.

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« Diable! dit Gillcj et nos témoins!

— Laissons -les tranquilles, répondit Cham. Ils auront d'autres duels à se mettre sous la dent. » Et les deux collaborateurs continuent leur promenade, qu'ils prolongent pendant une partie de la nuit, en dressant le plan d'une nouvelle opérette dont Delibes devait écrire la musique, et qui ne fut jamais faite. Le lendemain, ils se retrouvèrent au théâtre avec les témoins, qui se montrèrent un peu froids.

Tel fut le dénoûment absolument original de la querelle qui faillit conduire sur le terrain deux hommes d'esprit si bien faits pour se comprendre et s'estimer. Ajoutons que le Serpent à plumes obtint un grand succès au théâtre des Bouffes. La pièce fut jouée également au cercle des Mirlitons, avec des couplets plus vifs que ceux autorisés par la censure. Mademoiselle Silly se montra fort piquante dans le rôle de madame Van Croquesec.

Comme on le pense bien, Tincident tra-

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