‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 21 sur 38 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les deuils de Chara. — La sceur Madeleine, — La sialue d'Étei. — La maladie de la sceur de Cham. — La date du 6 octobre i836. — La mère de Cham. — La prédiction d'une diseuse de bonne aventure. — La galerie de tableaux du comte de Noé. — Une toile de Largilliëre au château de FerriÈre. — L'accident arrivé au père de Cham. — Une risite à l'hôtel de la rue du Bac. — Mort du comte de Noé.

Dans une période de six ans — de i852 à i858 — Cham éprouva les plus grandes douleurs de sa vie, car il perdit successivement les trois êtres auxquels il était le plus attaché ; sa sœur Madeleine^ sa mère et le comte de Noé^ son père. Ces deuils avaient affecté profondément le cœur si sensible de Cham, et l'on peut dire qu'il ne s'en est jamais consolé. Sa correspondance, que nous avons entre les mains, évoque à chacun de ces douloureux anniversaires le souvenir de ses chers morts.

C'est la sœur Madeleine qui la première fut arrachée à son affection. Elle était née en AngleterrCj dans l'île deWightj en 1814.

Venue en France à l'âge de deux ans, elle fit son éducation avec sa sœur Louisa, qui fut plus tard madame Manners. En 1846, elle fut nommée dame de l'Ordre royal de Bavière, ordre qui a été créé par la reine de Bavière pour être décerné aux femmes des ambassadeurs et aux filles nobles. Cet Ordre donne le titre de dame et de comtesse, avec grandes entrées à la cour de Bavière,

Nous avons dit que la sœur aînée de Cham avait pour lui une tendresse presque maternelle. D'une nature très-fine et trèspoétique, excellente musicienne, aimant les arts, elle comprenait les aspirations artistiques de Cham et lui prodiguait dans son enfance les soins que réclamait sa santé. .

La sœur de Cham se distinguait par le charme de sa physionomie et les lignes délicates de son visage. Aussi, comme elle était très-liée avec mademoiselle Pugens,

qui avait épousé le sculpteur Étex, l'auteur déjà célèbre du groupe de Caïn obtint de la fille du comte de Noé de poser pour la tête de Sainte Geneviève, qui fut si remarquée au Salon de i836. Cette statue^ qui reproduit dans une pose inspirée les traits de la sœur de Cham, se trouve actuellement à la cathédrale de Clamecy, dans ia Nièvre.

Au commencement d'octobre i852j mademoiselle de Noé fut prise d'une fièvre qui l'emporta en quelques jours. Elle mourut le 6 octobre. Cette perte causa à Cham un profond chagrinj et pendant plusieurs mois il lui fut impossible de se remettre au travail. Bien longtemps après, lorsque le nom de sa sœur Madeleine était prononcé devant Chamj on voyait ses yeux se remplir de larmes. C'est que cet impitoyable railleur était doué d'une âme essentiellement aimante et tendre. Son cœur était à la hauteur de son esprit.

La mort de la fille aînée du comte de Noé n'avait pas affecté seulement Cham. Elle avait vivement affligé toute sa famille, et surtout sa mère, qui adorait ses enfants, et dont la santé devint chancelante à partir de ce moment et inspira des inquiétudes.

La comtesse de Noé, issue, comme nous l'avons dit, d'une des plus hautes familles de l'aristocratie d'Angleterre, avait conservé en France les habitudes si réservées et presque rigides des dames anglaises. Elle ne sortait jamais sans son mari. A cinq heures, le comte de Noé quittait la Chambre des pairs et venait chercher la comtesse pour la promenade. Elle avait beaucoup d'esprit et avait été très-belle. Aussi était-elle très-recherchée dans les salons du faubourg Saint- Germain.

Impressionnable et nerveuse comme

beaucoup d'Anglaises, !a comtesse de Noé avait été très-frappée d'une prédiction qui lui avait été faite par une diseuse de bonne aventure. On lui avait annoncé combien d'enfants elle perdrait. Lorsque ce chiffre fut près d'être atteint, elle tremblait à la moindre petite indispositiond'un des enfants, et lorsque le chiffre fut complet, elle dit : a C'est maintenant mon tour ! » On remarqua que lorsqu'elle quitta la chambre où sa fille Madeleine venait de rendre le dernier soupir, elle paraissait avoir vieilli de dix ans.

Pendant l'hiver de iS55, la comtesse de Noé fut atteinte d'une bronchite que son état d'affaiblissement ne permit pas de combattre, et elle mourut le 2 février, succombant plutôt à la douleur causée par la perte de sa fille qu'à la maladie elle-même.

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