LA JEUNESSE DE CHAH
Naissance de Cham. — I^ maison de la rue du Faubourg- Saint-Honoté.— Actede naissance de Cham. — Ancienneté de la famille de Noé. — 1^ château de i'isie de Noé. — La philosophie d'un évéque. — Le vicomte de Noé, maire de ■ Bordeaux, et le maréchal de Richelieu. —La canne de Toussai nl-Louverture. — Le comte de Noé, père de Cham, prend du service dans l'armée de l'Inde. — Son mariage avec miss Halliday. — Les frères et sceurs de Cham. — Le marquis Frank de Noé, chef actuel de la famille. — La sixur Madeleine. — La comtesse Maïie-Anne de Noé, dame de l'Ordre royal Thérèse de Bavière. — Les parents de Cham s'installent rue de l'Université. — Les excentricités du nègre Tombey. — L'enfance de Cham. — Sa gouvernante anglaise. — Sa passion précoce pour le dessin. — Cham à la pension Gros. — Il est envoyé à Bouiogne-sur-Mer. — Son premier professeur de dessin. — Cham chez le médecin. ~ I-a pension de Reusse. — Cham prépare son examen à l'École polytechnique. — Un examinateur caricaturé. — Cham au ministère des finances. — Un secrétaire général qui n'aime pas tes plaisanteries. — Cham renonce à la carrière bureaucratique. -~ II veut acre
Parmi les biographes qui ont consacré ■des études à Cham, principalement à l'occa-
sion de sa mort, les uns le font naître en Angleterre, les autres au château de l'Isle de Noé, près de Mirande (Gers)j quelquesuns même à Colombo, capitale de l'île de Ceylan. C'est une triple erreur. Cham est Parisien par la naissance comme par le talent. Il est né, à deux pas du boulevard et de la rue Royale, dans la maison portant le n" 19 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, ■ presque à l'angle de la rue Boissy-d'Anglas.
Cette maison, devant laquelle ont passé bien souvent les amis de Cham sans se douter que là était né le célèbre caricaturiste, est bien connue du monde élégant, car le' rez-de-chaussée est occupé par M. Houbigant-Chardin, parfumeur.
D'après la décoration et l'ornementation 'des magasins, réunis par un vestibule qui occupe l'entrée de l'immeuble, on pourrait supposer que la maison est de construction très-moderncj mais il suffit d'examiner la façade avec ses hautes fenêtres, garnies de balcons ouvragés, avec son style architec-
tural, pour reconnaître que c'est là un hôtel du dix-huitième siècle, comme les financiers et les fermiers généraux de la Régence aimaient à s'en faire construire dans les environs de ce fameux hôtel d'Évreux, aujourd'hui le palais de l'ÉIysée, qui fijt habité par la marquise de Pompadour et vendu plus tard au célèbre financier Beaujon.
C'est aussi un financier qui fit construire l'hôtel où devait naître Cham, le célèbre Écossais Law, le grand agioteur de la rue Quincampoix. Plus tard, le premier étage fut loué par l'archichancelier Cambacérès pour y installer sa bibliothèque.
En 1817, l'hôtel devint la propriété de M. Chardin, parfumeur, et appartient encore à ses héritiers.
Les parents de Cham, en revenant de Témigration, s'installèrent provisoirement au premier étage de l'ancien hôtel de Law, et c'est là que, le 26 janvier 1818, à quatre heures du soir, la comtesse de Noé mit au
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inonde un enfant qui fut déclaré à la mairie du premier arrondissement de Paris sous le nom de Amédée-Cfaarles-Henri de Noé.
Voici, du reste, la copie exacte de son acte de naissance, que nous avons pris soin de faire relever au bureau de Tétat civil du département de la Seine :
u Ce aujourd'hui, vingt-sept janvier mil huit Il cent dix-huit, à onze heures du malin, par-de- « vant nous Frédéric- Pierre Lecordier, maire du a premier arrondissement de Paris, écuyer, otRcier a de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, est coma paru M. le comte Louis Pantaléon, Judes-Amédée a de Noé, pair de France, âgé de quarante-quatre « ans, demeurant Faubourg-Saint-Honoré, n* 19, « lequel nousa présenté un enfant du sese masculin a qu'il nous a déclaré £tre né de lui et de madame « Françoise-Caroline Halliday, son épouse, au do- « micile susdit, le Jour d'hier, à quatre heures du H soir, auquel enfant il a été donné les prénoms tfc « Amédée-Charles-Henri ; ladite déclaration feite « en présence de Louis-Charles- Pi erre Labay, « comte de Viella, lieutenant général des arm^ du Roi, chevalier des Ordres de Saint-Louis et de u Saint-Jean de Jérusalem et de Malte, âgé de « soixante-dix ans, demeurant rue Cassette, n* 35, a et de M. Louis-Henry de Labay, chevalier 4e « Viella, capitaine des vaisseaux du Roi, chevalier
« des mêmes Ordres que ci-dessus, âgé de cinquante- « quatre ans, demeurant hôtel des Colonies, rue a Saint-Dominique, et madame Elisabeth- Hen- « riette-Marie de Noé-Cazenave , demeurant rue n du Faubourg-Saint- Honoré, n' 19, tante pater- « nelle de l'enfant, et ont le père dudît enfant et les «témoins signé avec nous, après lecture faite. « (Signé:) Le comte de Noé, pair de France; comte u de Viella, lieutenant général ; chevalier de Viella, a Noé-Cazenave et Lecordier. »
Ce document fixe d'une manière authentique non-seulement le lieu, mais encore la date de la naissance de Cham^ que la plupart des biographes font naître en 1819, au lieu de 1818.
Le baptême du nouveau-né eut lieu, !e lendemain de sa naissance, à Téglise de TA^omption, rue Saint-Honoré, d'où dépendait la paroisse du faubourg 5aint-Honoré avant la constructipn de l'église de la Madeleine. Le parrain fut Louis-Gharles- Pierre de Labay, comte de Viella, lieutenant général des armées du Roi, et la marraine, madame Elisabeth -Marie de Noé- Cazenave, qui avaient déjà signé comme
témoins la déclaration de naissance à la mairie '.
Abandonnons pour quelques instants le fils du comte de Noé aux caresses de ses parents et aux soins de sa gouvernante anglaise, l'excellente Maria Scutton, pour nous occuper de son origine et des principaux membres de sa famille.
La terre de Noé se trouve en plein pays
' Voiâ l'acie de baptême relevé sur les registres de l'église de TAssomption, actuellement déposés à l'église de la Made< leine : n L'an mit huit cent dix-huit, le mardi vingt-sept <E janvier, a été baptisé Amédée-Charlea-Henri, né d'hier, tils u de M. le comte Louis-Pantaléon-Judea-Amédée de Noé, pair « de France, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint- « Louis, et dame Françoise-Caroline Hailiday, son épouse, « demeurant rue du Faubourg-Saint- Honoré, n* ig. Le par- « rain a été M. Louis-Charles-Pierre de Labay, comte de « Viella, lieutenant général des armées du Roi, demeurant a rue Cassette, n° 35 ; la marraine, dame Élisabeih-Hen- « riette-Marie de Noé-CaTenave, demeurant faubourg Saintn Honoré, n" 19. Ont signé avec nous prêtre : Noé-Cazenave, a le comte de Viella, lieutenant général ; le comte de Noé, « pair de France; Batigier, prêtre, w
du soleil, aux portes de Toulouse. La famille qui en a pris le nom, et qui est issue des comtes de Toulouse, en était en possession dès le onzième siècle.
Au commencement du seizième siècle, la terre de Noé a passé dans une autre famille du pays, par suite de ce fait que !e chef de la famille deNoé n'alaisséqu'une fille pour héritière, tandis que le frère puîné s'établissait à l'île de Noé actuelle, près de Mirande (Gers), dont il étaitdevenu propriétaire par sa femme. Cette terre s'appelait alors l'Isle d'Arbeissan', et changea son nom en celui de l'Isle de Noé, au moment même où son seigneur devenait chef de la famille de Noé, par suite de l'extinction de la branche aînée. Quant au château, il fut réédifié en rySô, sous Louis XV, par le comte Pantaléon de Noé, l'arri ère-grand -père de Cham, qui avait épousé sa nièce, mademoiselle de Noé. C'est pour cela que sur le château actuel, l'écusson losange qui constitue les
' Dans le pays, on prononce d'Arbéchan.
armes des Noé se trouve en double. Ajoutons que la terre de Noé était une des quatre baronnies de l'Armagnac.
Ce châteaUj construit sur les plans de rarchitecte Racine, occupe une partie de l'ancien château Mevê sur la Baïse. Cette rivière se divisait en deux branches et formait autrefois une île d'où venait le nom du village. Aujourd'hui, par suite de nouveaux travaux, c'est une presqu'île, et les deux Baïse, la grande et la petite, vont se jeter dans la Garonne à Nérac.
Le château est placé à l'entrée du bourg, et sa façade s'étend sur une vaste prairie bordée d'un bout à l'autre par la rivière.
Le marquis Jacques-Roger de Noéj qui le fit construire, mourut le i" janvier 1800. Pendant la Révolution, il dut s'éloigner, et le château fut habité par la comtesse de Noé, sa belle-fille, à laquelle il en avait fait don en la mariant. La Révolution ne put s'emparer du château appartenant à la comtesse, qui n'avait pas suivi son mari dans
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l'exil. NéanmoinSj il fut pillé en partie. C'est là que naquit, en 1777, le père de Cham, et c'est là qu'étaient nés aussi ses deux oncles, officiers supérieurs, qui périrent sur le champ de bataille, l'un en Espagne, l'autre à Leipzig.
Comme le grand-père de Cham était connu sous le nom de comte de Noé, à la mort de son frère, qui était en même temps son beau-père, il s'abstint de prendre le titre de marquis, auquel il avait droit, et fut imité en cela par son fils, le père de Cham, qui, héritant de la pairie créée sous le nom de comte de Noéj garda aussi ce titre jusqu'à sa mort, mais fit reprendre à son fils aîné, le frère de Cbam, le titre de marquis, qu'il porte encore aujourd'hui, titre créé par Henri IV en faveur de Roger de Noé, qui avait été un de ses plus fidèles partisans.
L'arrière-grand-père de Cham était le fils de mademoiselle de Colbert Saint-Marc, dont un magnifique portrait peint par Vanloo se trouve dans le grand salon du
château de l'Isle de Noé. Cet ancêtre de Cham servait dans les armées du Roi et épousa mademoiselle de la Jonquière, fille du gouverneur du Canada.
Son frère entra dans les Ordres et devint évêque de Lescar. C'était un très-savant helléniste et un hébraïsant distingué. 11 protégeait les lettres et avait surtout une grande amitié pour l'abbé Delille^ dont il favorisa l'entrée à l'Académie. C'est lui qui, faisant allusion à son protégé, le traducteur poétique des GêorgiqueSy auquel on reprochait d'être trop jeune pour être admis au nombre des quarante, répondait : « Comment, trop jeune ! Mais il est du siècle d'Auguste. » Mgr de Noé faisait d'Homère et des classiques sa lecture préférée, et un jour qu'il lisait Sénèque, quelqu'un lui ayant Élit remarquer que ce n'est pas ainsi qu'il arriverait à un archevêché :
— Si l'on ne me nomme pas, répondit-il, en montrant le livre du grand philosophe, il m'en consolera.
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Mgr de Noé ne devint point archevéquCj mais il fut nommé cardinal; malheureusement il était à son lit de mort au moment où le chapeau lui fut apporté.
Un autre frère fut maire de Bordeaux^ et son nom est inscrit au frontispice du Grand- Théâtre de Bordeaux, qui fut construit sous son administration. C'est lui qui eut un procès célèbre avec le maréchal de Richelieu, gouverneur de la Guienne; et c'est sur un ordre du Roi lui-même que le procès fut arrêté. Néanmoins, le vicomte de Noé avait cru prudent de se retirer en Espagne.
Un autre ancêtre de Cham, lieutenant de vaisseau, fut envoyé à Saint-Domingue. Il fut reçu chez le baron de Bréda, l'un des plus riches planteurs de Saint-Domingue, et épousa une de ses filles, Anna-Élisabeth.
Sa sœur, Adrienne - Elisabeth Persina, épousa, vers lemême temps, le comte d'Héricourt de Vahncourt, aussi lieutenant du Roi à Saint-Domingue, mort capitaine de vaisseau à quarante-deux ans, qu'on nom-
mait avant son mariage le chevalier d'Héricourt, et qui était le neveu de Valincourt, à qui Boileau a adressé sa satire sur l'honneur ' .
Le fameux Toussaint-Louverture était employé comme nègre sur l'habitation Bréda, où il était né. Il eut beaucoup à se louer de M. de Noé, et dans la suite se montra très-reconnaissant. On conserve encore au château de l'Isle de Noé la canne de Toussaint-Louverture. Du reste, le comte de Noé passait, parmi les noirSj pour un maître si bienveillant et si humain, qu'ils disaient entre eux :
— Heureux comme un nègre à Bréda.
C'est à Saint-Domingue, sur cette habitation Bréda, plus tard appelée l'habitation
' Oui, rhonneur, Valincourt, est chéri dans le monde. (Satire II'.)
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de Noé, et l'une des plus considérables de la colonie ', que naquit, en 1 73 1 j le grand-père de Cham, le comte Pantaléon de Noé. Revenu en FrancCj il entra dans l'armée et débuta par le grade de lieutenant dans le régiment de Dauphiné. Il fit avec honneur la guerre de Sept ans et devint maréchal de camp en 1780. Il émigra en 1792.
Le comte Pantaléon de Noé avait deux filSj dont l'uUj Louis-Pantaléon-Judes-Amédée de Noé, né en 1777, au château de risle de Noé, fut le père de Cham. Au moment où éclata la Révolution, il faisait ses classes au collège d'Harcourt, à Paris. Il voulait continuer ses études, et ce fut à contre-cœur qu'il quitta la France pour suivre un des amis de son père chargé de le conduire en Angleterre. Il avait alors quatorze ans.
Arrivé en Angleterre, ïl fut placé au col-
' Lesdeuxautresgrands propriétaires de Saint-Domingue, à celte époque, étaient M. de Laborde et M. le marquis de Galitet.
lége de Stoneyhurst, dirigé par les Jésuites, qui ne tardèrent pas à reconnaître dans le fils du comte de Noé une grande aptitude pour le dessin et Tétude des langues. Aussi le père de Gham fit des progrès rapides. Il parlait couramment le français, l'anglais, l'allemand et l'indoustani. Le moment venu de choisir une carrière, il prit du service dans l'armée de l'Inde et obtint une lieulenance dans le lo' régiment de ligne, commandé pour aller combattre Tippoo-Saïb.
En 1804, le comte de Noé revint à Londres pour se marier avec mïss Françoise- Caroline Halliday, qui appartenait à l'une des grandes familles de l'Angleterre. 11 retourna dans rinde avec sa jeune femme et eut un fils nommé Louis, qui ne vécut que quelques mois. La comtesse de Noé mit ensuite au monde deux jumeaux, Frank- ThomaSj marquis de Noé, chef actuel de la famille, et William de Noé.
Le marquis Frank de Noé, le seul survivant des fils du comte de Noé, a hérité des
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goûts artistiques de son père. Il habite le château de l'isle de Noé, où il s'occupe d'art et de sciences. Il a été décoré de la Légion d'honneur pour d'importants travaux scientifiques. En i83i, il a épousé mademoiselle d'Hervey de Saint-Denys, sœur du marquis d'Hervey de Saint-Denys, le savant membre de l'Institut. Le marquis et la marquise de Noé avaient pour Cham une grande affection^ et son souvenir se retrouve à chaque instant dans le vaste château de risle de Noé, rempli de ses portraits et de ses dessins, dont plusieurs sont inédits. Le frère aîné de Cham a eu sept fils, dont cinq sont morts. Parmi ceux dont il a eu à pleurer la perte se trouvait le comte Roger de Noé, secrétaire d'ambassade et chevalier de la Légion d'honneur, dont les qualités de cœur égalaient le mérite personnel, et le vicomte Samuel de Noé, jeune officier de marine de grand avenir, sorti de l'école à seize ans pour aller dans les tranchées de Sébastopol. Il acheva de s'initier au métier
de la mer, dans la première campagne de Chine, sous les ordres de l'amiral Rigault de Genouilly. A vingt-quatre ans, il était lieutenant de vaisseau et chevalier de la Légion d'honneur. Il voulut suivre le contreamiral Fleuriot de l'Angle dans son commandement des côtes occidentales de l'Afrique, et mourut au Gabon. Les deux fils qui restent au marquis de Noé, le comte Francis de Noé et le vicomte Marc de Noé, ont tous les deux appartenu à l'armée.
L'autre fils du comte de Noé, né dans l'Inde, le comte William de Noé, après avoir été page du roi Charles X, entra dans l'armée et devînt commandant du i" régiment de hussards. Amateur distingué comme son père et son irère jumeau, U possédait un certain talent de dessinateur, qui, du reste, est très-répandu dans la famille Cham.
Plusieurs autres enfents naquirent du mariage du comte de Noé avec miss Halliday. Ce fut d'abord une fille, Louisa-Jeanne
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de Noé, qui épousa^ en 1834, le capitaine Russel Manners^ de la marine anglaise, mort, en 1870, amiral. Elle-même est décédée en 1875, laissant trois enfants, dont l'un, Stepney Manners, est ingénieur à Londres.
Puis vint un fils, Louis-Robert-Jean de Noé, qui fut page de Charles X et servit avec une grande bravoure en Grimée et en Afrique. C'est lui qui eutj dans la campagne de Crimée, le commandement des terribles Bachi-Bouzoucks, dont il a écrit l'histoire d'une façon si pittoresque.
Il a donné, en outre, de nombreux articles militaires à lai?ei'we des Deux Mondes, et a publié une histoire du siège de Gaëte.
Il est mort en i865, lieutenant-colone! du 4' hussards. Sa fille, la comtesse Héléna de Noé, portait à son oncle Cham la plus vive affection.
Signalons encore comme ayant précédé la naissance de Cham, celle de sa sœur Madeleine-Marie- Anne de Noé, qui avait
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pour le futur artiste une tendresse presque maternelle, tendresse qui ne s'adressait pas à un ingrat. Cham, en effet, adorait sa sœur, et, pour ne citer qu'un détail, c'est en souvenir de Madeleine, qui avait eu deux chiens dont Tun s'appelait Bijou et l'autre Jocko, que Cham avait baptisé successivement de ces noms ses deux inséparables compagnons devenus historiques. On ne s'attendait certainement pas à retrouver ici les parrains de défunt Bijou et de Jocko, qui a survécu à son maître. Nous aurons, du reste, bien d'autres occasions de montrer quel rôle considérable le cœur a joué dans la vie du célèbre caricaturiste.
La sœur Madeleine était dame del'Ordre royal Thérèse de Bavière, qui ne peut être conféré qu'aux filles nobles. Lorsqu'elle mourut des suites d'une fièvre, Cham fiit tellement affecté de sa perte qu'il resta plusieurs semaines sans pouvoir travailler.
Si nous comptons un autre enfant du comte de Noé, mort à deux ans, nous arri-
vons au huitième, qui fut celui dont nous esquissons la 'vie. Un neuvième enfant naquit dans cette famille bénie du ciel. Ce fut une fille, Marie- Anne-Charlotte de Noé, qui a succédé à sa sœur Madeleine dans son titre de dame de TOrdre royal Thérèse de Bavière. Avec le marquis Frank de Noé, ce sont les deux seuls survivants des enfanta de Tancien pair de France.
La famille de Cham ne tarda pas à quitter le faubourg Saint-Honoré pour s'installer au faubourg Saint-Germain, rue de l'Université, n* 5. Le comte de Noé se trouvait ainsi entre le palais du Luxembourg, où l'appelait son mandat de pair de France, et le palais des Tuileries, où il occupait le poste de gentilhomme de la chambre du Roi.
Nous avons dit qu'en revenant de l'Inde,.
la comtesse de Noé avait ramené une femme de chambre anglaise qui est restée jusqu'à sa mort dans la famille et a élevé les nombreux enfants sans avoir jamais appris un seul mot de français et sans avoir modifié le costume original de sa jeunesse. La famille de Noé avait également ramené de l'Inde un nègre nommé Tombeyj ce qui signifie en indoustani père, dont les allures excentriques, égales à son dévouementj amusaient beaucoup le jeune Amédée. Lorsque le comte de Noé fit l'acquisition de Tombey à Ceyian, celui-ci refusa toute nourriture pendant plusieurs jours. Il se figurait naïvement qu'on voulait l'engraisser pour le manger ensuite. Au retour de l'Inde, lorsqu'on fut arrivé au cap de Bonne-Espérance, la neige fit son apparition. Tombey, qui n'avait jamais vu de neige, croyait que c'était du sucre, et en recueillait le plus possible pour l'avaler. Ajoutons quele péché mignon de ce fidèle serviteur était la vanité. Il se croyait d'une beauté idéale, et il avait fait