‹ Chambre à part, comédie en trois actesChapitre 47 sur 119 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANDRE

Il y a belle lurette que nous n'avons plus rien à nous dire.

NIGOLETTE.

Toute réconciliation me parait impossible... Nous en sommes au point

ANDRÉ, tenant sa joue.

Au poing est le mot!

NIGOLETTE.

Au point où Ton ne peut se supporter.

Qu'avez-vous à me reprocher?

NIGOLETTE.

Tout. Je ne reprendrai pas mes griefs; comme homme, vous êtes quelconque ; mais comme mari vous êtes purement haïssable.

ANDRÉ

Je ne séparerai pas la femme de l'épouse : toutes les deux me semblent odieuses.

NIGOLETTE.

Vous n'êtes pas joli...

ANDRÉ

Hé, là ! n'en éloignez pas les autres.

NIGOLETTE.

Vous n'avez ni cœur, ni intelligence ; par contre, vous possédez le plus sale caractère qui soit

ANDRÉ

Bref, je dégoûte les poules ?

NIGOLETTE.

Tout me déplaît en vous : votre manière d'être, votre voix, et jusqu'à votre façon de rire.

ANDRÉ

Hélas ! Je ris rarement, depuis mon mariage.

Oh! Ce ricanement, je ne peux plus l'entendre! Vous avez une manière de me fixer avec vos yeux goguenards, de friser les narines en découvrant les dents, et de grogner dans votre nez, comme ça ! « Han! Han » c'est exaspérant... Avec ça, vous êtes toujours d'une humeur!

ANDRÉ

Parlons un peu de la vôtre. Nous ne pouvons pas garder une bonne ; la dernière est partie en me disant : « Je m'en vais, je ne peux pas voir torturer un homme comme ça! » Je suis la risée de mes camarades; savez- vous comment ils m'ont surnommé : Le mari-martyr !

NIGOLETTE.

Quelque chose de propre, vos camarades.

ANDRÉ

Vous les avez tous écartés. Ah ! il est coquet mon intérieur I

NIGOLETTE.

Peu vous importe ! Vous n'y êtes jamais I

ANDRÉ

Parce que vous n'avez pas su m'y retenir. Encore si j'avais des compensations! Mais vous ne m'êtes plus rien depuis longtemps!

NIGOLETTE.

Depuis quatre mois !

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