SCÈNE VIII NIGOLETTE, puis ANDRÉ, puis MONTRACHET
NIGOLLETTE, seule.
Baronne La Chambotte ! Ça sonne bien! Oh! puis baronne ou non! Il est temps que je sois la femme de quelqu'un?
ANDRÉ, entrant.
Là, j'ai prévenu DesviRnoUes... Ohl que c'est bon! Je respire mieux !
NIGOLETTE.
Je peux enfin vous regarder sans avoir envie de vous griffer!
ANDRÉ
Joie! Jour de joie!... Sans indiscrétion, qu'est-ce que vous allez faire de votre liberté?
NIGOLETTE.
Mais ce que vous ferez probablement de la vôtre... Je l'enchaînerai ailleurs.
ANDRÉ
Oh ! moi je resterai garçon. '
NIGOLETTE.
C'est ce que vous ferez de mieux! car avec votre humeur maussade...
Je suis maussade avec vous... C'est de votre faute...
NIGOLETTE.
Vous n'avez pas su vous faire aimer! Si vous aviez essayé, vous auriez peut-être pu faire quelque chose de moi... je ne suis pas trop bête... j'ai l'esprit très ouvert... il aurait suffi de quelques leçons données à propos.
ANDRÉ
Je n'avais pas la vocation...
NIGOLETTE, lui tendant la main.
Bah!... n'épiloguons pas... et quittons-nous bons amis!
ANDRÉ, la serrant.
Soit... Bons amis. C'est un divorce d'inclination...
MONTRAGHET, arrivant une dépêche à la main.
A la bonne heure! vous êtes bien ensemble!...
NIGOLETTE.
On ne peut mieux !
ai;tf. DKrXIE.ME 77'
ANDRÉ
Ahl papa, quelle belle invention que le divorce 1
MONTRAGHET,, bondissant.
Le divorce? Quel divorce?
Le nôtre... on a prévenu Desvignolles. Il nous bâclera ça en douceur.
MONTRACHET.
Ça y est, ils sont fous!
NIGOLETTE.
Ah! mon cher père... Il n'y plus à y revenir.
MONTRAGHET.
Malheureux! Et votre tante! Votre tante Monbissac, qui a fait le mariage.
ANDRÉ
Ce n'est pas ce qu'elle a fait de mieux !
MONTRAGHET.
Que pensera-t-elle ?
ANDRÉ
Oh ! sur le moment^ elle aura de la peine... et puis, elle se fera une raison !
MONTRAGHET.
Vous ne savez donc pas! Elle arrive!
ANDRÉ
Gomment elle arrive?
MONTRAGHET.
Elle sera ici dans un instant, lis cette dépêche!
ANDRÉ, lisant.
(( Serai ce soir. Griquebeuf; passerai deux heures.
/« CHAMBRK A PART
Prévenez pas les enfants; veux les surprendre. Tendresses, Laure de Monbissac » Eh bien ! Elle choisit ses occasions, la tante I
MONTRAGHET.
Cette pauvre femme se réjouit de vous embrasser et elle va tomber dans un intérieur ravagé! Mes enfants, y pensez-vous?
ANDRÉ
Que veux-tu, je n'y puis rien !
NIGOLETTE.
Ni moi non plus I
MONTRAGHET.
Il y va de votre fortune, la tante n'admet pas le divorce, elle vous déshéritera tous les deux !
NIGOLETTE.
Eh bien, elle me déshéritera.
ANDRÉ
Et moi aussi!
MONTRAGHET, désespéré.
Alors, c'est ma ruine que vous voulez !
NIGOLENTE.
Gomment votre ruine?
MONTRAGHET.
Eh oui ! je suis en train de réorganiser mon usine de conserves... je fais du cochon avec du thon mariné.
ANDRÉ
C'est bon ça?
MONTRAGHET.
C'est pour le gouvernement ! une fortune ! Il me