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L'orgueil nobiliaire restait inentamé ; parfois il prend une forme ridiculement transcendante, 'i Une forte preuve de l'existence de Dieu, selon Dorilas, c'est l'existence de l'homme, de l'homme par excellence, dans le sens le moins susceptible d'équivoque, dans le sens le plus exact, et, par conséquent, un peu circonscrit; en un mot, de l'homme de qualité. C'est le chef-d'œuvre de la Providence, ou plutôt le seul ouvrage immédiatde ses mains'.» Croira-t-on que Dorilas est une caricature imaginée par Chamfort? On se trompera. Qu'on se rappelle en effet le mot de la maréchale de La Meilleraye. On parlait devant elle de la mort du chevalier de Savoie, qui avait été fort débauché, et l'oa exprimait des craintes pour son salut éternel. Elle écouta quelque temps, puis, avec un air de conviction et d'assurance : a Pour moi, dit-elle, je suis persuadée qu'à un homme de cette naissance Dieu y regarde à deux fois avant de le damner ». Si elles avaient été restreintes à l'ordre supra-naturel, ces prétentions n'auraient paru que plaisantes ; mais elles étaient aussi pesantes, parce qu'elles se marquaient et avaient leurs effets dans la vie politique et sociale. Au gré des patriciens, c'est à eux seuls que le gouvernement appartient ; ils souflrent sans doute qu'un étranger à leur caste arrive parfois aux afïaires publiques, mais à la condition qu'il fera leurs afïaires à eux. Joli de Fleury, contrôleur des finances en 1781, n'exprimait point une opinion personnelle, mais le sentiment de la noblesse tout entière quand il
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l'observateur et le moraliste 159
disait : << Il n'y a que depuis ces derniers temps que j'entends parler du peuple dans les conversalions où il s'agit du gouvernement. C'est un fruit de la philosophie nouvelle. Est-ce qu'on ignore que le tiers n'est qu'adventice dans la constitution ? » — « Cela veut dire, ajoute Chamfort, que vingt-trois millions neuf cent mille hommes ne sont qu'un hasard et qu'un accessoire dans la totalité de vingt-quatre millions d'hommes '. » Et c'est en effet ce que pensent les nobles, exactement. Ils croient à la lettre qu'ils peuvent seuls diriger la France ; et cela se marque par l'indifférence absolue qu'ils témoignent à tout homme de mérite qui n'est point des leurs. « Il y a une profonde insensibilité aux vertus, qui surprend et scandalise beaucoup plus que le vice. Ceux que la bassesse publique appelle grands seigneurs ou grands paraissent, pour la plupart, doués de cette insensibilité odieuse ^ » Ils croient aussi qu'ils doivent conduire le pays, à l'exclusion de tous autres ; et ils en viennent non pas seulement à être indifférents, mais hostiles à quiconque semble se désigner par son talent, par son caractère, par son travail pour occuper une situation élevée. S'ils ont besoin d'hommes de cette sorte, ils ne manquent pas l'occasion de peser sur eux de tout leur poids, de tâcher de les déprimer et de les ravaler. « Les favoris, les hommes en place mettent quelquefois de l'intérêt à s'attacher des hommes de