‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 136 sur 201 · Sd. AUGuis, L · texte numérisé non relu

Sd. AUGuis, L

l'observateur et le MOIiALISTE 187

aussi son premier soin fut-il de se mettre en garde contre tous les pièges de la vie sociale, et il jugea qu'il n'y avait point de meilleur moyen pour les éviter que de renoncer à tous les objets que le monde offre à nos passions, comme des appâts, pournous attirer et nous retenir. Point d'amour ; car « l'amour est un commerce orageux, qui finit toujours par une banqueroute, et c'est la personne à qui l'on fait banqueroute qui est déshonorée ' ». Point d'amis : car « la plupart des liaisons de société, la camaraderie, etc., tout cela est à lamitiéce que le sigisbéisme est à l'amour », et si, par la plus rare des aventures, nous rencontrons « des amis qui nous aiment », à l'ordinaire, nous n'avons affaire qu'à des amis qui ne se soucient pas de nous ou à des amis qui nous haïssent. La fortune, presque en toute rencontre, est plus onéreuse que profitable, et semblable à ces « femmes riches et dépensières, qui ruinent les maisons où elles ont apporté une riche dot - » . Nulle passion plus capable de nous leurrer que l'ambition d'acquérir la considération ou d'arriver aux honneurs. Qui donc en eftet en dispose souverainement, sinon les grands? Or « les grands veulent qu'on se dégrade non pour un bienfait, mais pour une espérance ; ils prétendent vous acheter, non pour un lot, mais pour un billet de loterie ' ». Quant à la gloire, <i ce que les poètes, les orateurs, même quelques philosophes nous disent sur l'amour de la gloire, on nous le disait

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