Cham/ortiana, V
seulement des protecteurs, mais aussi des amis : c'était Delille, son compatriote, peu connu encore, mais déjà goûté de ceux qui le connaissaient ; c'était Sélis, un jeune prolesseur de rhétorique,plein d'esprit et de bonnes lettres ; c'était Saurin.déjà vieux, mais bienveillant, aimable, vivant heureux et souriant près de sa charmante femme ; c'était encore Thomas et Ducis dont Chamfort admirait la fraternelle amitié ; tous hommes d'un caractère estimable, de mœurs simples, et qui, quelle que fût leur doctrine morale, vécurent avec dignité, en stoïciens pratiques. Nul doute que ces relations n'aient été profitables à Chamfort ; elles furent sa sauvegarde aux heures delà jeunesse; grâce à elles, au milieu même de ses dissipations, il sut toujours défendre son honnêteté et sa générosité natives. Jeune, beau, spirituel, il fut en efiet, après son succès de la .A'W7/e Indienne, très fêté et très recherché dans le monde des théâtres ; son prix académique lui avait ouvert aussi les salons ; et, à ce moment, les salons n'étaient pas beaucoup plus sévères que les coulisses. Chamfort, d'ailleurs, l'a déclaré : il ne songea pas à vaincre ses passions ; avec elles il ne sut faire rien autre que les détruire.... en les satisfaisant. Autant qu'homme du siècle, il eut ce qu'on a appelé depuis une éducation sentimentale. Si l'on en croit les Actes des Apôtres, M"° Guimard fut une des premières femmes qu'il aima: « .M"' Guimard, dit le malin journal, qui imagine des confidences de Chamfort, était ' alors une des plus agréables danseuses de la nation ; je me fis une des