‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 196 sur 201 · LETTRE DE CHAMFORT ANNONÇANT SADEMISSION DE BIBLIOTUECATRE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CHAMFORT ANNONÇANT SADEMISSION DE BIBLIOTUECATRE

4" Région.

Département de Paris.

Section Lepelletier.

Le 9 septembre, l'an 2 de la République une et indivisible.

Citoyen (?)

J'ai toujours pensé qu'un fonctionnaire public devait ne pouvoir être atteint par le soupçon, par la calomnie. Jusqu'à ce moment ils m'avaient épargné. Mais Us m'ont frappé enfin. J'ai repoussé leurs coups et voici les armes avec lesquelles je les ai combattus elles combats encore. Je joins ici ma réplique à mes calomniateurs. Veuillez, citoyen, y jetler les yeux.

Après avoir fait pour ma justification que je rendrai publique, ce que me dicte le sentiment de mon innocence, il ne me reste qu'à donner ma démission de la place de Bibliotécaire de la Bibliotèque nationale, emploi qui, seul, j'ose le dire, a provoqué ces calomnies auxquelles, en d'autres tems, il m'eût certainement suffi d'opposer mes écrits, ma conduite et ma vie entière.

CnAMFORT.

P. -S. — Je viens de faire passer au ministre de l'intérieur ma démission de la place de bibliotécaire.

LETTRE DU MINISTRE DE L'iNTEHIELR A CUAMFORT POUR LUI ACCU- SER RÉCliPTlON DE SA DÉMISSION DE BIBLIOTHÉCAIRE.

3' Division.

Paris, le 30" jour du I" moi?, l'an 2" de la République une et indivisible.

LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR AU CITOYEN CHAMFORT.

J'ai reçu, citoyen, votre démission de bibliothécaire de la Bibliothèque nationale, je l'accepte et vais incessamment pourvoir à votre remplacement. Vos lumières et vos ta-

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lents reconnus ont des droits à mes regrets, et j'aurais sincèrement désiré que d'autres circonstances eusscntpormis que vos rclrilinns avec l'administration qui m'est confiée eussent été plus durables.

Paré.

EXTRAITS nu PROCKS-VEnnAL riL' SUICIDE DE CUAMFORT.

Procès-v erbal du citoyen Ghamfnrt, à la Bibliothèque nationale. Dépaiteuient du Paris, 4" Région.

Section Le Pelletier.

Le vingt quatrième Brumaire, l'an deuxième de la République françaiseune et indivisible, Nous, Jean-Antoine Delorme, commissaire de police de la section Lepelletier, ci-devant 1792, requis, nous nous sommes transportés avec François-Hilaire Barré, faisant par intérim les fonctions de secrétaire-greffier, rue Neuve, des Petite-Champs, en une maison numérotée 18 — occupée par l'administration de la Bibliothèque nationale, où étant monté au premier étage dans un appartement occupé par le citoyen Chamfort, y avons trouvé et est comparu par devant nous le citoyen Louis Le Gourcheux, dit Rouard, gendarme près les tribunaux du département de Paris, demeurant ordinairement rue Jean de l'Eglise, section des Arcis, n"> 13, et de présent, dans la maison, où nous sommes, depuis deux mois et demie {sic) auprès des citoyens Desaunay, Barthélémy neveu et Chamfort, pour la garde de leur personne, en vertu d'un ordre du Comité de si'ireté générale de la Convention en date du quatre septembre présente année, vieux style, le dit ordre a nous présenté signé Vaubertrand ;

Lequel a dit qu'averti par son brigadier qu'il fallait reconduire les dits susnommés en une maison d'arrêt, il en avait donné avis aux dits citoyens sur la fin de leur dîner ; que le nommé Chamfort s'était levé et retiré de la table sans apparence d'aucun projet, était entré dans un cabinet où il s'était coupé la gorge avec un rasoir ; qu'après cette opération il était passé de ce cabinet dans

un autre, où il s'était enfermé ; que Ton a eu connaissance de cet événement parles traces de sang sur la pièce de communication de l'un à l'autre cabinet, et a déclaré ne savoir signer. Ainsi signé Boulouche, Barré et Delorme.

Sur quoi nous commissaire sus dit et soussigné avant de procéder à l'audition de la déclaration du dit Chamfort que nous avons vu baigné dans son sang, avons ordonné que les médecins, chirurgiens et gens de l'art fussent invités de suite à se rendre sur les lieux, pour lui donner tous les secours nécessaires. Ainsi signé Boulouche, Barré et Delorme.

Et de suite nous avons demandé au dit Chamfort ses noms, surnoms, âge, lieu de naissance et profession, lequel a dit se nommer Sébastien Roch Chamfort, Agé de cinquante et un ans, natif de Clermonl en Auvergne, ci-devant bibliothéquaire national et demeurant dans la maison où nous sommes.

A lui demandé par qui il avait été blessé, a dit par luimême ;(iu'ayant été renl'ermé dans une maison de force, il avait juré en en sortant de n'y plus rentrer, et qu'ayant été prévenu ce jourd'huy qu'il devait être reconduit dans une maison de force, il avait voulu se tenir parole, et était en conséquence entré dans son cabinet où il avait deux pistolets chargés, il les a tirés contre lui, et que, s'étant manqué, il s'était armé de son rasoir avec lequel il avait voulu se couper la gorge jusqu'à ce que mort s'ensuivît ; et n'ayant pas tout à fait réussi dans son dessein, il s'était porté des coups de rasoir sur les cuisses, les jambes et partout où il espérait se couper les veines, n'ayant rien de

plus en horreur que d'aller pourrir en prison et de

satisfaire aux besoins de la nature en présence et en commun avec trente personnes, protestant au surplus de son innocence et de son patriotisme, ainsi qu'il sera prouvé par l'événement : ajoutant qu'il se soustraira toujours autant qu'il sera en son pouvoir par une mort volontaire aux horreurs et au dégoût des prisons quelconques qui ne sont pas faites pour retenir plus de vingt-quatre heures des hommes libres, et voulant qu'il soit déclaré qu'il a assisté au présent procès-verbal et qu'il a lui-même dicté sa présente déclaration, et a signé avec nous le citoyen Boulouche, sergent de la force armée de la dite section, y

demeurant, rue de Marivaux, par qui nous avons été requis, et aussi du citoyen Verger, chirurgien par nous invité.

Ainsi signé : Ciiamfort, BouLOUcnE, Vergeîi, Barhk et Delorme .

Suivent les dépositions de la femme Judilh Thierry, de la femme Lafauche, qui servait Chamforl, de Lafauche, appelé ])ar sa femme, quand elle a vu du sanp;, sur les circonstances du suicide

Comparaissent ensuite les chirurgiens Pierre Brasdor, Charles Beauduin, Marie François Verger, Alexandre-Pierre Brasdor fils

« Lesquels nous ont fait le rapport suivant, disant qu'il*» ont observé à la jambe gauche quatre plaies transversales du côté interne dont la supérieure plus profonde que les autres, à la cuisse du même côté une plaie superficielle, occupant la partie inférieure et interne ; deux petites plaies transversales à la partie inférieure et externe de la cuisse droite, quatre autres longitudinales et superficielles au côte interne et à la partie postérieure et moyenne de la jambe du même côté. Ces plaies ne peuvent pas être regardées comme graves. Mais ils en ont remarqué une à la partie antérieure du col qui a été faite par plusieurs coups de rasoir. Sa direction est traversalle (sic], elle divise la peau, le muscle peaucier et pénètre dans la môme direction plus profondément et même jusqu'à la partie supérieure du larynx, de manière que cette partie est ii découvert, la division delapeau étant inégale et à plusieurs lambeaux. Postérieurement ayant été déterminés à examiner si la balle des pistolets (qu'on n'a pu retrouver) n'aurait point pénétré dans le nez auquel nous avons remarqué du gonflement, nous avons découvert fracture à la cloison et l'espèce de délabrement que nous avons trouvé aux os fait juger qu'il esl possible que la balle dont nous venons de parler se soit nichée dans une partie qu'il nous est impossible de désigner, de manière que le pronostic ne peut être que très douteux et même fâcheux,

et attendu l'état décrit cy-dessus et le danger du mouvement dans une pareille situation, ils ont déclaré que le blessé ne pouvait être transporté dans un autre lieu sans courir le risque d'une hémorragie peut-être mortelle et ont signé, etc. »

Sur ce, le commissaire déclare que Chamfort restera sous la garde du citoyen gendarmeLeCourcheux, auquel il adjoint deux volontaires de la force armée de la section Le Pelletier,

a pour le surveiller , attendu la manifestation de ses dispositions attentatoires sur sa vie. »... « Et disons qu'expédition du présent sera faite le plus promptement possible et envoyée au Comité de sûreté générale pour être par les représentants du peuple composant ledit Comité statué ce qu'ils croiront convenable. »

{Suivent les signatures.)

A. Editions contempobaises.

■'1. Epilrc (Tun père à son fils. Paris, Regnard, IICA, in-S». ' 2. La Jeune Indienne, Paris, 1761, ia-8". 3. L'Homme de lettres, Discours philosophique en vers, Paris, 1766, iu-8".

^ 4. De la grandeur de l'homme, Ode, Paris, 1767, in-8». ^ 5. Discours qui a remporté le prix à l'Académie de Marseille sur cette question : Combien, etc. Paris, Duchesue, 1768, in-8".

' 6. Eloi/e de Molière, Paris, 1769. in-S".

7. Le marchand de Smyrne , Paris, Delalain, 1770, in-8°. ' 8. Bibl. de société contenant des mélanges intéressants de littérature et de morale, des anecdotes, etc. (ouvrage laissé imparfait par Cliamfort et fini par Th. Hérissant), Paris, Delalain, 1771, 4 vol. petit in-12. 9. Eloge de La Fontaine, Paris, Uuault, 1774. 10. Recueil de l'Académie des Belles -Lettres, Sciences et Arts de

Marseille, pour 1771, Marseille, Antoine Favet. 1774. H. Dictionnaire d'anecdotes dramatiques, cic, Paris, veuve Duchesne, 1776, ;i vol. in-8".

.11. Dictionnaire dramatique, etc , Paris, Laconibe, 1776, .t vol. in-8°

12. Mustapha et Zéangir, Paris, veuve Ducliesne, 1778, in-8".

13 Discours de réception à l'Académie française, avec les réponses, Paris, Demonvillo, in-4",s. d.

14. Considérations sur l'Ordre de Cincinnatus, Londvei, i ■ iohnson, 1785, in-8°.

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