‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 21 sur 201 · Correspondance de Gruu, VI · texte numérisé non relu

Correspondance de Gruu, VI

ces devant toi ; tu les retrouveras en repassant ». De même ses bonnes fortunes aisées lui firent perdre toute prudence. Très épris du plaisir, il s'y livra avec la fougue de son tempérament et de son âge ; et, durant ces années où, comme il dit, a on se sert de son estomac pour s'amuser et de sa personne pour tuer le temps » -, il usa et abusa de sa santé. 11 linit par la compromettre, ou plutôt par la perdre pour toujours. Tombé gravement malade, « ses nerfs, dit Ginguené, restèrent affectés et des humeurs acres se jetèrent sur ses yeux ». \ cette heure il éprouva vraiment une extrême détresse. Les quelques louis de son prix académique, les 524 livres qu'il avait retirées des représentations de la Jeune Indienne, la maigre rétribution qu'il louchait au Journal Encyclopédique, s^ns, doute aussi quelques largesses du duc de La Vallière, lui avaient permis de vivre au jour le jonr ; mais, la maladie arrivée, que devenir ? Heureusement Saurin et sa femme lui vinrent en aide ; son rétablissement fut lent et incomplet ; mais enfin, après quelques mois, fout travail ne lui était plus interdit. Le bon abbé de La Roche, un ami desSaurin, aurait voulu le préserver à tout jamais contre le retour d'heures si pénibles. Il s'entremit pour lui, et, si Chamfort y eût consenti, il eût pu devenir le gouverneur de deux jeunes Anglais, qu'il aurait eu pour mission de guider dans un voyage en Italie ; le voyage achevé, il eût reçu une rétribution de 40,000 livres. Mais l'argent ne le tentait pas ;

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