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Œuvres du comte Roederer. tome IV

SES SUCCÈS A l'académie ET AU THÉÂTRE o9

manier librement la prose ; et l'on s'aperçoit bien que sa langue est déjà aiguë, si elle n'est pas tranchante encore. Notez aussi que la morale de sa pièce, c'est celle de la fable de La Fontaine: le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre et le Fils d'un roi: morale révolutionnaire, puisqu'elle découvre la vanité des arts et des institutions de notre civilisation. Chamfort sans doute ne songeait pas alors à ébranler les fondements de la société: rien d'amer, ni de violent dans ses railleries. Il n'en est pas moins vrai que, si les traits qu'il lance ne vibrent pas encore et n'ont point de vigueur, au moins ontils trouvé leur cible ; et l'on comprend qu'en 1793 il ait parlé du Marchand de Smyrne comiue d'un de ses titres révolutionnaires '.

Nous devons, au moins en passant, signaler un recueil d'anecdotes publié en 1771 chez Delalain sous le titre de Bibliothèque de société. Ce recueil, achevé par d'Hérissant, avait été entrepris par Chamfort. Il n'y faut voir assurément qu'un travail de librairie. On n'y trouve que de la compilation, et non de l'observation ; car les ana qui composent ce livre (4 vol. petit in-12) se rapportent au règne de Louis XIV, à la Régence, et non pas à l'époque contemporaine. Mais ne se peut-il pas que ce travail ait donné à Chamfort l'idée de noter les anecdotes qu'il tenait de première main ? N'est-ce pas l'origine de ces petits papiers sur lesquels plus tard il a écrit sa vie, et la vie de son temps ? A ce titre nous ne pouvions omettre d'en parler.

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