‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 5 sur 201 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les registres de la paroisse Saint-Genest, à^Clermont, confiennent le baptistaire suivant, : « Ce sixième avril 1740, a été baptisé Sébastien-Roch Nicolas, né le même jour à midi, fîls légitime de François Nicolas, marchand épicier, et de Thérèse Croisât, son épouse, de cette paroisse.... etc.. » Une copie conforme fut délivrée à Chamfort le 26 juin 1778, et on la retrouve dans les papiers qui ont été inventoriés, après sa mort, « à la requête des citoyens administrateurs nationaux » *. Sans doute, à ce moment de sa vie, il avait eu besoin de ce document, qui tenait alors lieu d'extrait de naissance, et l'avait demandé ou fait demander à Clermont.

l. On trouve aux Archives nationales diverses pièces intéressantes relatives à Chamfort. Elles sont rangées sous les cotes F''468l, 0'671, T1458. Quand nous puiserons à cette source, nous renverrons siipplement aux Archives nationales.

a CHAMFORT

Mais il ne s'en servit pas. — En 1782, devant M' Margantin, « conseiller du roi, notaire au Châtelet de Paris », Cliamfort, « pour suppléer à la remise de son baptistaire, qu'il déclare ne pouvoir recouvrer, a déclaré être né et avoir été baptisé le vingt décembre mil sept cent quarante-deux, à Duport, en Auvergne » '. — Qu'il eût, un moment, égaré ce papier, on peut l'admettre ; mais comment s'expliquer qu'il ait fourni des renseignements si différents de ceux que contient le baptistaire d'avril 1740 I Aurait-il cédé à la tentation de se rajeunir? Cette puérilité ne convient pas à ce que nous savons de son caractère. Songeait-il à dissimuler une origine plébéienne ? Mais il ne se défit jamais de son nom rustique de Nicolas ; en se faisant appeler Cliamfort, il avait simplement suivi la mode répandue parmi les gens de lettres de prendre des noms de guerre, et il ne s'en cachait point. Ne disait-il pas, en raillant La Harpe qui prétendait « avoir des aïeux » :

Eh ! mon ami, baisse les yeux sur moi ;

Ma race est neuve, il est vrai ; mais qu'y faire ?

Dieu ne m'a point accordé, comme à toi,

Près de trente ans pour bien choisir mon père -.

Si Cliamfort ne se servit point du baptistaire qu'on lui avait délivré, s'il ne retint pas les renseignements qui s'y trouvaient, c'est, pensonsnous, qu'il savait que cet acte ne se rapportait point à lui.

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