d. Al GUIS, V
L'OBSERVATlCUli ET LE MORALISTE 135
ces lignes : « Vivre est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c'est un palliatif; la mort est le remède' » ? Et ailleurs : « C'est une belle allégorie, dans la Bible, que cet arbre de la Science du Bien et du Mal qui produit la mort. Cet emblème ne veut-il pas dire que lorsqu'on a pénétré le fond des choses, la perte des illusions amène la mort de l'àme, c'est-à-dire un désintéressement complet sur tout ce qui touche et occupe les autres hommes"? » Ou encore : « L'espérance n'est qu'un charlatan qui nous trompe sans cesse, Et, pour moi, le bonheur n'a commencé que lorsque jel'ai eu perdue. Je mettrais volontiers sur la porte du paradis le vers que Dante a mis sur celle de l'enfer :
Lasciate ogni speranza, voi cli' entrate ^. »
Comme on l'a remarqué, Schopenhauer a pu s'emparer de quelques-unes de ces idées et construire « sur elles tout un système de découragement et de désespérance universelle ». Mais ces pensées désolées n'expriment point une doctrine ; ce sont des plaintes ou des cris de révolte. On surferait Chamfort, si l'on s'avisait de prétendre qu'il fut pessimiste autrement que par accident ou plutôt par accès. Quelle apparence que le nihilisme intellectuel ait pu, avant l'heure où l'enseignèrent les docteurs d'outre-Rhin, gagner l'esprit d'un Français cultivé par l'éducation classique !
l.Fd. AuGUis, I, 362.