JEd. Auguis, II
l'observateur et le moraliste
loi
Comme l’orgueil est, pour un roi de France, un vice attaché à son état, l’incapacité en est aussi une conséquence presque inévitable. Dès longtemps le roi s’est entouré ou a été entouré d’un culte compliqué, aux rites multiples, qui se nomme l’étiquette et qui lui enlève le temps de penser et d’agir. « Allons, Darget (disait Frédéric II à son valet de chambre), divertis-moi; conte-moi l’étiquette du roi de France ; commence par son lever. — Alors Darget entre dans tout le détail de ce qui se fait, dénombre les officiers, valets de chambre, leurs
fonctions, etc — Le roi en éclatant de rire : Ah !
grand Dieu ! si j’étais roi de France, je ferais un autre roi, pour faire ces choses-là à ma place ‘. » D’où il suit que ce tout-puissant, très ignorant, très inhabile, et, en même temps, esclave de cette étiquette, n’est souvent qu’un pur automate. « Du temps de M. deMachault, on présenta au roi le projet d’une cour plénière, telle qu’on a voulu l’exécuter depuis. Tout fut réglé entre le roi, madame de Pompadour et les ministres. On dicta au roi les réponses qu’il ferait au premier président, tout fut expliqué dans un mémoire dans lequel on disait : Ici le roi prendra un air sévère ; ici le front du roi s’adoucira; ici le roi fera tel geste, etc. — Le mémoire existe 1 2. »
De princes ainsi formés ou plutôt déformés, comment attendre qu’ils mènent un grand peuple ? Ils pourront commander sans doute, mais non diriger. Us feront des coups d’autorité, mais non pas des